| Ecrit par Seth Gecko, 08-11-2007 14:04 |
300 5 x 5 = 35, 35 + 4= 39, 39 + 47= ..., j'avais prévu un long calcul pénible pour arriver jusqu'à 300 mais c'est un peu chiant comme introduction même si ça aurait fait rire les plus cons d'entre nous (je n'ai pas la prétention de ne pas en faire partie...). Mais le film de Zack Snyder mérite qu'on rentre directement au coeur de la bataille, sans fioriture ni poils de cul qui dépassent. Alors faisons le maillot à tous les artifices un peu cabotins d'une chronique de cinéma quelque peu rigolote: 300 est un film avec des couilles bigger than life et il faut en parler avec sérieux. Il est toujours compliqué de vouloir se pencher au-dedans. J'entends par cette citation du grand Bunuel que s'atteler à des adaptations est une entreprise difficile, un exercice contraignant qui nécessite que l'on comprenne, analyse et ressente une démarche ou une sensibilité qui n'est pas, de prime abord, la nôtre. Snyder n'est pas Miller, Miller n'est pas Snyder. Et bien la grande victoire du film, c'est d'adhérer en totale simbiose au comic: plan par plan, mot par mot. Encore plus fort que Sin City car il faut ici manipuler des armées et des scènes d'action continue. Snyder, après m'avoir redonné envie de regarder du film de zombie, réussit le pari de relancer un genre écrasé par le génie de Jackson. Il fallait en effet être fou pour faire charger des éléphants et des êtres emprunts de consanguinité après la trilogie des anneaux. Et pourtant, succès sur tous les points. 300 est un film supersize: plus d'action, plus de violence, plus de sang. Toujours plus. L'excès sur pellicule. Certains diront la forme plus que le fond: branlette! Pourquoi bouder un tel plaisir? Est-ce qu'on voit des films de ce genre tous les 4 matins? Bien sûr que non... Allez, je vous laisse: je retourne courir dans les champs la bite à l'air et la lance à la main! (Seth Gecko) Après plusieurs mois d'attente, de visionnage de bande-annonce, de litres de bave devant mon petit écran d'ordinateur, voilà enfin 300 au cinéma! Ce mélange de péplum et de fantastique, pour ne pas dire de fantasme, réussit le pari de vous embarquer dans le sang et la poussière d'une bataille mythique, celle des Thermopyles en 480 av. J-C. Imaginez une myriade de Perses emmenée par un Roi-Dieu pour anéantir 300 spartiates qui refusent de se soumettre. C'est cette fresque là que nous compte Snyder, inspiré du comics éponyme de Frank Miller et Lynn Varley. Sparte est peuplée de guerriers et de femmes fortes. Dès leur plus jeune âge les garçons sont formés à lutter, livrés à eux mêmes, contre l'extérieur, contre les éléments, contre les faiblesses de l'âme et du corps. Lorsqu'ils reviennent à Sparte, ils sont accueillis en héros, en citoyens spartiates dignes et fiers. Ces hommes construits sur leur force physique et spirituelle sont libres. Léonidas, Roi spartiate, refuse de plier l'échine face l'adversaire perse, qui souhaite l'asservir en promettant en retour richesse et renommée. Mais Léonidas préfère partir en guerre, avec 300 hommes, plutôt que de céder. L'adaptation de 300 par Snyder est un moment d'euphorie épique. Ca sent le sang et la virilité. Les personnages sont forts, bien campés par des acteurs très justes. Les costumes sont ciselés, la musique est puissante et inattendue, mélange de Lisa Gerard et d'indus. L'esthétique générale est une totale réussite de l'application du numérique et des effets spéciaux. Jamais on n'a senti une telle symbiose entre un récit de ce type et les images qu'on nous propose. On touche la perfection. Les grains de peaux sont somptueux, les couleurs sont d'une cohérence impressionnante. L'élan qui se dégage de 300 est profond, stupéfiant. Le combat de Léonidas et la magie qui l'entoure sont ahurissants. Le comics est magnifiquement respecté, le dessin de Miller est suggéré souvent par des contrastes accentués, notamment des traits de visages qui s'éteignent dans l'ombre pour ne laisser apparaître qu'un regard perçant. Les ajouts au script du dessinateur sont justes et humanisent ces héros durs comme le roc. Le rôle de la reine de Sparte, quasi inexistante dans le comics, est décisif. Son caractère politique est des plus intéressants et respectable. Non franchement, n'écoutez pas les mauvaises langues qui crient ça et là que c'est basiquement violent (ces imbéciles n'ont jamais du lire les combats des récits d'Homère). En même temps, il s'agit là d'une guerre. Ceux qui veulent voir des fleurs et des papillons peuvent tout aussi bien décider de regarder les Teletubbies. N'entendez pas non plus ceux qui crieront à la vilaine morale du film, qui prônerait la force au détriment des faibles. Non. Laissez votre coeur s'emballer et vos yeux pleurer sur la beauté de ce film, qui n'a rien à voir avec une quelconque propagande. Non. Ce n'est que pure beauté et inovation! Ne boudez pas votre plaisir pour dénigrer gratuitement et passer pour l'intello de votre groupe d'amis! « Va, étranger, dire à Sparte qu'ici nous gisons, fidèles à ses lois.» Une des plus grosses claques filmiques de l'année! Il va être difficile de faire mieux! (oR.hal) 300 est comme le laissait présager sa bande-annonce une réussite visuelle, pour peu qu'on ne soit pas allergique au bidouillage numérique ; même les ralentis passent bien, c'est dire. L'incohérence historique dont certains ont affublé le film est un faux procès, puisque il n'y a jamais eu d'intention de véracité, bien au contraire. Il s'agit bien d'un récit épique ; ce n'est pas pour rien que, à l'instar de la bande dessinée Slaine, l'histoire est racontée du point de vue d'un barde, et donc déformée, exagérée. Le spectacle est dès lors garanti, car cette astuce scénaristique permet tous les excès au service d'un univers fantastique digne d'un mythe. Le choix de la suresthétisation est valable, la moindre invraisemblance s'annule, puisqu'il s'agit de la vision d'un homme, pris dans la fièvre narrative pour rejoindre l'onirisme. Le problème, c'est que derrière les images léchées se trament des propos plus que discutables. Passe encore la fascination déjà perceptible chez Frank Miller pour le surhomme (perfection physique, volonté imperturbable), qui se traduit à l'écran par de valeureux guerriers bodybuildés qui rigolent à gorge déployée en se tapant sur l'épaule avant de découper à tout va. Après tout, la société spartiate était bien vouée à l'esprit martial, en triant sur le volet et conditionnant pour obtenir une élite virile, et on peut les considérer comme les équivalents de nos super-héros modernes. Mais dans le comics de 1998, Leonidas était plus sobre, subissait le poids de ses responsabilités, et considérait la guerre comme un art noble. Dans le film, ce qui est mis en avant, c'est l'exaltation de soi allant de pair avec la haine de l'ennemi, la solidarité et l'abnégation à la gloire de son pays. C'est que Miller et le réalisateur Zack Snyder ne dissimulent pas leurs convictions ultra-républicaines. Dans cette vision fantasmée d'une antiquité, l'homme héroïque est donc celui qui prouve sa vaillance au combat et son sens du sacrifice... L'histoire de ces frères d'armes est bien racontée dans le but de galvaniser les troupes. Tout rapprochement avec les événements actuels en Irak serait-il une coïncidence ? Après tout, Miller ne considère ces ennemis pas autrement que comme des "barbares d'un siècle reculé"... Il est donc important d'avoir conscience que derrière l'ambiguïté sur laquelle repose l'utilisation de termes comme "hommes libres" ou "démocratie", il y a Sparte qui, pareille aux autres peuples antiques, était aussi une société esclavagiste et cruelle. (Shinji) J'ai vu 300. Je ne connaissais pas l'œuvre de Frank Miller et ne suis donc pas en mesure de juger de la fidélité de l'adaptation bien que j'aie par ailleurs beaucoup apprécié celle de Sin City. Je suis rentré dans cette salle de cinéma sans aucun à priori, bon ou mauvais. Alors qu'ai-je vu? Un film au graphisme irréprochable, d'une esthétique qui m'aura particulièrement séduit. Un grain superbe, des scènes de combat particulièrement efficaces au service d'un scénario certes un peu bateau, mais on ne refera ni l'histoire ni la mythologie n'est-ce pas? J'ai vu des spartiates fiers, des spartiates forts et courageux. Je me suis attaché à des spartiates durs mais qui aiment leurs enfants, des spartiates prêts à tous les sacrifices pour défendre leurs semblables, leur liberté et leurs idéaux. Vous me voyez venir. J'ai éprouvé de la sympathie à l'égard de spartiates arrogants et va-t-en guerre dont les nobles valeurs comptent également l'eugénisme, l'homophobie et occasionnellement la cruauté pure et simple. Il ne s'agit pas ici de remettre en cause un système de valeurs propre à son époque et légitime de fait, mais de poser la question de sa sublimation et de sa résonnance toute particulière dans la conjoncture actuelle. Quitte à passer pour l'intellectuel pénible et moralisateur d'un groupe d'amis, j'estime pouvoir m'interroger sur une façon somme toute assez manichéenne de raconter l'histoire. Je pense disposer du recul suffisant pour replacer les événements dans leur contexte et pour ne prendre la fiction que pour ce qu'elle est réellement, mais j'ai depuis bien longtemps franchi le seuil des douze ans, suffisant pour franchir le seuil du guichet de cinéma. Si je me refuse à bouder le plaisir procuré par une œuvre des plus divertissantes, durant laquelle je n'aurai décidément pas vu le temps passer, j'ai pourtant bien ressenti un malaise s'installer après le visionnage et je ne revendique ici que le droit à la réflexion. (Silent A.)
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