Je ne reviendrais pas en détails sur les péripéties du projet Grindhouse (je vous renvoie pour cela à notre section "News" dans laquelle vous retrouverez les diffèrentes étapes du cas Grindhouse...) car la donne a changé, il faut désormais parler de Death Proof et même mieux: de Boulevard de la Mort (essayez de trouver des interviews de Tarantino dire "Boulevarrre de le Meurt", c'est un régal). Il fallait donc être à Cannes, pour la 60ème édition, pour avoir la chance de découvrir avant tous le monde, Death Proof, nouveau film de Quentin Tarantino dans sa version longue (1h55) soit vingt-cinq minutes de plus que la version américaine (segment 2 de Grindhouse). Au palmarès, aucun prix pour Tarantino. Pas de surprise, il faut remonter à Old Boy pour voir un film de genre gagner quelque chose (Grand prix du jury présidé par... Tarantino!) ou à l'édition de 1994 pour voir un film de genre remporté la Palme d'or: et c'était Pulp Fiction of course! Le film est sorti depuis le 6 juin... et, forcément, je ne peux que vous le recommander chaudement. Avec Death Proof, Tarantino clôture sa trilogie sur les femmes. Que dis-je, sur les super-femmes. Il boucle sa trilogie sur les amazones castratristes, sur les femmes bafouées, violées, battues mais qui toujours se relèvent telles des Coffy en puissance, prêtes à aller se venger auprès du mac pervers ou du zinzin du coin. Jackie Brown était manipulée par Ordell Robbie, les douanes l'utilisaient. Elle les baisera tous. Beatrix Kiddo a été trahi par les siens, ses frères d'armes et de coeur. Elle les exterminera un par un. Après Jackie Brown et Kill Bill, Death Proof permet à Tarantino d'explorer une troisième fois sa féminité. On a toujours dit que Tarantino aurait voulu être un gangster black tant les "nigga" étaient omniprésents dans les dialogues de ses films. Spike Lee s'en offusquait même à la sortie de Jackie Brown. On était bien loin du compte: Tarantino a toujours voulu être une WonderWoman avec un canon scié... et de jolies pieds. En matière de cadrage de pieds féminins, on frise le fétichisme difficile à cacher. Tarantino filme des femmes modernes qui n'ont pas peur de s'affirmer. Les chiennes de garde crieront au scandale, au mini-short abusif et autres. Si la féminité est si mise en avant, c'est pour mieux souligner la facilité de la proie et le contraste sexuel qui survient dans la seconde partie du film lorsque les femelles terrorisées deviennent les chasseurs farouches. On est toujours ébahi devant les rôles de femmes d'Almodovar ou devant les grandes figures féminines d'Hitchcock. Tarantino vient de rentrer dans le cercle: de Mia Wallace jusqu'à Jungle Julia, il leur rend hommage de la plus belle des façons, situant les femmes au coeur de film de genre pourtant très masculin voir macho. Encore un code dynamité par QT. Avec Death Proof, Tarantino s'est posé de nouveaux challenges malgré la volonté de départ de réaliser un film un peu plus facile à gérer qu'une oeuvre mastoque à la Kill Bill. Il a décidé de fusionner le slasher (des pucelles poursuivies par un psychopathe pour résumer en gros...) et le film B sur les poursuites automobiles (type Duel et autres). Stuntman Mike est donc un psychopathe au volant d'une voiture parrée à toutes les cascades et 100% à l'épreuve de la mort... du moment que l'on est assis à la place du chauffeur. Les amateurs de références seront ravis d'apprendre que la plaque de la voiture de Kurt Russell dans le film est la même que celle de Steve McQueen dans Bullit. On peut reprocher à Tarantino de ne pas se renouveler, pire de ne pas se fouler. Mais il faut voir Death Proof comme une douce récré que s'est offert Quentin avec son pote Robert Rodriguez après des projets respectifs assez supersize (Sin City et sa postproduction de folie pour l'un et le marathon Kill Bill pour l'autre). Dans Death Proof, on baigne encore une fois dans l'ultra-référencé et dans le clin d'oeil. Mais au passage, Tarantino réunit le meilleur Kurt Russell depuis New-York 1997, les nanas les plus dingos depuis la première saison de Sex and the city et les cascades automobiles les plus barges depuis... depuis quand déja? Le projet Grindhouse a été mal reçu et très mal compris outre-Atlantique: trop long (plus de 3 heures), trop cinéphile (pourquoi l'image saute? ah bon, c'est fait exprès...). On a même du avoir recours aux tracts pour expliquer aux spectateurs qu'il y avait deux films et qu'il ne fallait pas se barrer pendant le générique du premier segment. Ce nouveau format a permis à Tarantino de remonter son film sans la contrainte de temps due au format Grindhouse, c'est donc une oeuvre director's cut qui nous parvient. Tarantino est toujours aussi bavard, en bien comme en mal (ses fans comme ses détracteurs encensent ou crachent sur ce point). Death Proof est l'oeuvre d'un cinéaste comme on en fait plus trop. L'oeuvre de quelqu'un qui respire le cinéma, qui le vit à fond. On attend dès lors les projets suivants avec l'impatience d'une vierge aux jambes écartées (un peu barbare la métaphore, je le conçois mais qu'est-ce que vous voulez... on est quand même en train de parler du type qui a écrit "Ce type, c'est Charles Bronson dans la Grande Evasion... Il baise pas, il creuse des tunnels!"...). Tarantino, lors de sa tournée cannoise, a reparlé d'Inglorious Bastards, son projet sur la deuxième GM façon Dirty Dozen. Il a parlé d'un film de kung-fu tout en mandarin comme il l'avait déja évoqué en pleine promo Kill Bill (il est probable qu'il s'agisse d'un remake du film Shaw Brothers Come drink with me connu chez nous comme L'hirondelle d'or). Et il a abordé le thème du western spaghetti, son genre favori. Tarantino a déja des idées plein la tête: il veut raconter l'histoire d'une poignée d'esclaves noirs qui s'échappent. Et enfin, QT laisse une porte ouverte à une suite de Death Proof, comme il l'avait déja fait en parlant de Vega Brothers, crossover entre Reservoir Dogs et Pulp Fiction, et de Kill Bill Volume 3. Tarantino porte ses scripts si longtemps qu'il a du mal à se débarasser de ses personnages et il a toujours l'envie de les retrouver. Comme ce bon vieux Earl McGraw, texas ranger dont le caméo est récurrent tout au long de sa filmo!