| Ecrit par Seth Gecko, 28-02-2008 23:32 |
John Rambo Hé oui. N'ayons pas honte d'en parler. Il n'y a pas de honte à avoir d'ailleurs puisque le résultat est d'assez bonne facture. Alors oui, Rambo est un stéréotype entier à lui tout seul: Sly et sa marionnette des Guignols, le genre guéguerre bourrin, le Planet Hollywood, etc. Après, chez nous, on aime bien en rajouter une couche: v'là la voix qu'il se tape en VF le pauv' Stallone. Tout ça entassé contribue à faire de Rambo et de ses suites, quelque chose que l'on range dans l'inconscient collectif entre les films du lundi soir sur M6 et les JCVD. Connerie. Le premier Rambo est mythique et le père de tous les films des années 80-90 du style "seul contre tous". Un style qui englobe tout des Delta Force de Chuck jusqu'aux Die Hard. Stallone a un problème avec son passé. Il semble regretter de plus en plus de ne pas avoir eu assez de Copland dans sa carrière. Il a ce goût d'inachevé dans la bouche, la volonté de montrer qu'il peut faire bien mieux tant devant que derrière la caméra. Il attend le grand rôle que Tarantino lui a promis depuis Jackie Brown (il avait d'ailleurs longtemps été pressenti pour le rôle de taulard joué par Robert de Niro), il est en train de mettre en place son Arlésienne à lui, un film sur Edgar Allan Poe. Il veut montrer de toute urgence que derrière l'action actor de Cobra, Rambo, Rocky, il y aussi un artiste, un auteur. Stallone est, ces dernières années, en mode solde de tout compte. Il a décidé de boucler la boucle de Rocky, pour ne pas laisser la saga sur un Rocky 5 minable. Le sixième de la saga a clôturé le mythe de fort belle manière, laissant des larmes dans les yeux de ceux qui ont grandi en regardant les précédents opus à tour de bras, usant les bandes VHS. Stallone a fait avec Rocky quelque chose que d'autres ont sauvagement raté: un come back étincelant. Que dire des retours foireux de franchises ces dernières années après de plus ou moins longues pauses? Star Wars s'est embourbé dans un univers et une mythologie bien trop foisonnante, McClane a touché le fond de la bouteille et les premières photos et images d'Indiana Jones laissent présager le pire (car oui, quand on a bu le Graal, on est immortel mais très vieux... note pour plus tard: penser à demander à John Williams de ralentir un peu le rythme de la partition, Harrison fait de la tachycardie...). Stallone, fort de son dépoussiérage de l'étalon italien, a appliqué les mêmes recettes à l'autre facette de sa légende, j'ai nommé John Rambo. Rambo aussi est un personnage usé jusqu'à la moelle, fatigué des guerres extérieures et intérieures. Il vit isolé d'un monde qu'il redoute car il en a vu les aspects les plus abjectes. Oui, mais voilà, comme Rocky, Rambo ne peut lutter contre sa nature, contre sa conscience. Il reste tant de choses à accomplir avant de pouvoir, enfin, trouver la paix de l'âme. Rambo voulait ignorer le monde. Mais on ne peut ignorer les enfants torturés et les femmes violées. Ignorer, c'est se voiler la face et devenir, quelque part, complice par son silence et son inaction. Stallone signe un grand film dans sa forme. Il a capté toute la nuance du personnage qu'il a créé et incarné et réalise non pas un film sur la guerre mais un film de guerre, âpre, férocement brutal et bestial, ultra réaliste comme on en a rarement vu sur un écran de cinéma. Je ne me souviens pas avoir vu des scènes de guerre aussi trash depuis Une balle dans la tête de John Woo. On est loin des parodies de Rambo à la Hot Shots dans lesquelles on se moquait joyeusement du concept une balle=13 morts. Cette fois-ci, chaque balle atteint une cible. Et lorsqu'elle l'atteint, âmes sensibles s'abstenir! Les balles perforent les têtes et ressortent après avoir creusé un deuxième trou du cul à leur victime. Dans la jungle birmane, pas de 8 mm, on ne tire qu'avec des cartouches explosives ou du plomb pour rhinocéros. Stallone détruit le mythe qu'il a engendré: la guerre est une chose dégueulasse, pas un spectacle. Vous voulez voir un film de guerre, ok, regardez ça, c'est une boucherie. Exit la branlette post Vietnam, les ridicules "C'est pas ma guerre" et les vilains ennemis communistes. Stallone opte pour la violence la plus crue pour secouer un spectateur qui a désormais banalisé la violence, habitué à décompter les morts en Irak et les abominations aux quatre coins du globe. Il tend à l'extrême pour graver les rétines. Stallone décape un Rambo rouillé et vieux de 20 ans pour en faire un mythe flambant neuf et sentant fraîchement l'opus 2008. Le constat est amer: la folie des hommes accrue, le bateau coule normalement.
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