| Ecrit par Shinji, 07-11-2007 13:00 |
Lady Vengeance Ce n'est pas Lady Vengeance (2005) qui va réconcilier Park Chan-wook avec ses détracteurs, lesquels lui reprochent une esthétique à outrance au service d'une belle coquille vide. En revanche, ceux qui avaient accroché aux premiers opus de son triptyque sur la vengeance retrouveront avec un plaisir non dissimulé sa marque de fabrique (mais ceux qui s'attendent à un Old Boy bis seront déçus) pour cette troisième et dernière histoire. Pour ce faire, après avoir offert la part belle aux affrontements entre hommes, le point de vue est cette fois féminin. C'est celui de Lee Geum-ja, une jeune fille naïve qui devient un personnage public lorsqu'elle passe aux aveux de l'enlèvement et du meurtre d'un petit garçon ; mais si elle a accepté la prison, c'est avant tout pour préserver son bébé, mais aussi préparer méticuleusement sa vengeance pendant ses 13 années d'enfermement. Après un générique d'une beauté sans nom, la première partie du film est consacrée aux flashbacks nécessaires à la bonne compréhension de la vengeance orchestrée par la "Lady Vengeance" incarnée par Lee Young-ae (qui avait un rôle à l'opposé dans J.S.A. du même réalisateur, mais est surtout connue en Corée pour de gentils rôles à la télévision) , qui comme le "old boy" a attendu sa libération de l'univers carcéral pour pouvoir se venger (elle fait aussi écho au personnage emblématique Sasori de la série de films japonais des années 1970 : La Femme Scorpion, Elle s'appelait Scorpion...) . Il ne s'agit pas de simples souvenirs, mais de va-et-vients incessants qui rythment véritablement le récit et représentent bien l'obsession du personnage principal. Car Lee Geum-ja est shizophrène, partagée entre son rôle de prisonnière modèle pour manipuler ses compagnes de cellule comme elle-même l'a été par l'homme qu'elle a aimé, sa position de mère privée de son enfant qu'elle veut retrouver, et sa froide détermination que rien ne peut arrêter. Cela n'est pas sans conséquence sur sa soif de justice, qui se mue en quête de rédemption. L'histoire rebondit alors de plus belle dans une deuxième partie inattendue, quand la croisade personnelle devient justice collective. Dans la salle de classe utilisée comme tribunal (le principal coupable étant professeur) , les parents d'élèves se substitueront à la fois aux jurés et aux bourreaux de celui qui a brisé leur vie, sous l'arbitrage de Lee Geum-ja. Un triste défoulement qui ne changera rien. Lady Vengeance ne cède pas à la surenchère, se révèlant finalement même moins violent que ses deux prédecesseurs. Bon, ce n'est toujours pas super joyeux, mais il y a bel et bien encore un certain sens de l'humour, même s'il vire souvent au noir. Et s'il y a quelque chose d’un peu facile dans le procédé, il est néanmoins savoureux de retrouver Shin Ha-gyun et Song Kang-ho, les anciens ennemis de Sympathy for Mr. Vengeance, en seconds couteaux foireux pour Choi Min-sik, le "old boy" qui se distingue ici dans le rôle du "bad guy" gratiné, tout comme on pourra aussi s'amuser à reconnaître tous les acteurs des films précédents dans leur interprétation ici des autres personnages secondaires. En tout cas, qu'il s'agisse de faire chanter des papas noël absurdes sous la neige ou de filmer le calvaire d'un coupable, Park Chan-wook impose à chaque instant, dans un mélange de sens et de genres, sa virtuosité de composeur d’images. Après, libre à chacun de la juger toc ou précieuse.
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