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Lost Highway
Ecrit par Shinji, 07-11-2007 11:34


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Lost Highway

Après avoir collaboré sur l'adaptation de Sailor & Lula (Wild at Heart, 1990) et sur deux épisodes d'Hotel Room (série TV de 1993), David Lynch et Barry Gifford ont écrit ensemble le scénario de Lost Highway (1997). Tout a commencé avec un roman de l'écrivain intitulé Night People (1993, paru en France sous le titre La Légende de Marble Lesson), non pas à partir de son histoire mais simplement des deux mots qui ont donné son titre au film et qui ont inspiré Lynch. Celui-ci a ensuite laissé aller son imagination, partant d'une idée qui lui était venue au dernier jour de tournage du film Twin Peaks : Fire walk with me (1992) ; il s'agit de la première partie du film, avec le couple et les cassettes vidéo. Le décor planté est celui du film noir, reprenant une multitude d'éléments dont principalement la femme fatale, sexy mais dangereuse, voire mortelle, projetant la peur de l'homme face à une femme forte (avec les symboles qui vont avec : la mante religieuse, la peur de la castration, etc.) ; l'histoire classique de crime passionnel qui s'y déroule devient par la maîtrise de Lynch une représentation très complexe - mais également très intéressante chez le spectateur réceptif - de luttes intérieures.

Fred Madison (Bill Pullman) est un musicien marié à Renée (Patricia Arquette). A eux deux ils forment les ruines d'un couple, se comportant presque comme des étrangers l'un envers l'autre dans leur maison stérile, endroit clos aux allures de forteresse, loin de la représentation traditionnelle d'un chez soi synonyme de bien-être et de sécurité. C'est que l'ambiance est à l'incertitude, à l'anxiété et à la suspicion ; Fred est en effet persuadé que sa femme lui cache quelque chose, qu'elle mène une double vie. Et bientôt son subconscient semble s'immiscer dans la mise en scène : c'est d'abord un visage effrayant qui remplace celui de sa femme, puis "l'homme mystérieux" (Robert Blake, vraiment inquiétant) qui peut se trouver à deux endroits simultanément, preuve à l'appui. Plus la paranoïa de Fred augmente, plus l'histoire vacille, jusqu'à culminer à une révélation traumatisante, puis à un "transfert" de personnage comme tentative de fuir le réel : Fred devient Pete.

Qui est Pete ? Quasiment l'inverse de Fred : d'un adulte qui vit confortablement dans les hauteurs de la ville, on passe à un jeune homme qui travaille dans un garage et habite chez ses parents dans un quartier modeste. Fred perd sa femme, épouse glaciale assassinée à cause d'un autre homme, alors que Pete "vole" une blonde séductrice qui pousse au meurtre. Tout cela ressemble à une seconde chance fantasmée (la phrase de Fred résonne encore : "I like to remember things my own way. (...) How I remember them, not necessarily the way they happened."). Mais des "parasitages" se produisent : c'est tout d'abord un nom (celui de Dick Laurent) qui revient, des situations (un miroir, un morceau de musique), des noms et des lieux (Andy, le Moke's), mais surtout Renee elle-même, sous un autre nom (Alice). Car malgré toutes ces différences, ces deux hommes fonctionnent comme des alter egos, et leurs expériences de trouble de l'identité, de perte de mémoire, de rapports sexuels, et enfin de trahison et de mort deviennent équivalentes. Devenir une autre personne ne constitue pas d'échappatoire ; au contraire, des liens se tissent entre les deux récits jusqu'à n'en faire plus qu'un. Lynch va encore plus loin, en utilisant à merveille la boucle ; en effet, au bout de 2 heures de narration éprouvante, nous revenons à l'endroit et à la situation où a commencé le film.

Comme souvent chez Lynch, il y a de forts contrastes : en grattant un peu, on passe de l'ordinaire à l'extraordinaire, de la surface à la profondeur, de l'Amérique clean à celle névrosée ; même la bande-son alterne. Un canevas typique chez lui est également exposé ici : le constant jeu du double, que ce soit au niveau de la narration ou des personnages (le film semble ainsi vraiment annonciateur de Mulholland Drive sorti en 2001). Film où réel, imaginaire et symbolique sont mélangés, Lost Highway a cette qualité rare qu'il suscite des questionnements sans fin chez ceux qui choisissent de rester à bord du véhicule qui parcourt cette autoroute perdue. Grand "trip" visuel et sonore, le film laisse place à une multitude d'interprétations possibles (crise d'identité, délire de condamné à mort avant son exécution, récit d'univers parallèles...), mais il n'y pas une seule vérité car un foisonnement d'éléments vient tout brouiller. Les idées énoncées dans cet article sont d'ailleurs purement subjectives : à chacun d'obtenir sa version personnelle de ce chef d'oeuvre.

Lost Highway (1997) de David Lynch, 129 mins, MK2 (2005).
Le Purgatoire des Sens : Lost Highway de David Lynch de Guy Astic, collection "Raccords", Rouge profond, 190p., 2004.



Tags : David Lynch
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Commentaires utilisateurs (1) Fil RSS des commentaires
Posté par alain (27-01-2008 09:27)
1. apparemment
apparemment son dernier film n'est pas plus clair. 
 
il faudrait que je revoie le film mais j'en ai gardé un bon souvenir. je ne pense pas qu'il faille analyser les films de Lynch dans le sens "y trouver une logique". Lynch fonctionne autrement et c'est à prendre ou à laisser. 
 
par contre, je me réjouissait que sa série Twin Peaks soient enfin distribuées en DVD et je n'ai pas été plus loins que le premier DVD tellement ça a bien vieilli. passé la première scène d'anthologie où l'inspecteur ???? savoure son café et son gâteau, le reste, bon, bof !

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