Prendre du recul. Voilà l'avertissement que je peux donner aux spectateurs qui seront tentés par le nouveau film d'Olivier Marchal : MR73. Un flic marseillais à la criminelle descend aux Enfers. En fait, les Enfers, il les arpente depuis longtemps, mais il ne s'y résout pas. Le boulot l'a rongé, petit à petit. D'horreurs des scènes de crimes en drames familiaux personnels, Schneider est alcoolique, abimé, essoré par la vie. Une affaire l'a particulièrement marqué dans ses débuts de poulet : une série de meurtres, viols et actes de barbarie. Un accident de la vie lui a dérobé sa petite fille et laissé sa femme dans un état végétatif. Et il doit continuer à avancer avec ça sur le dos, parce que la vie ne se décide pas à le lâcher, lui. Une existence comme une malédiction, un éternel chemin de croix, soulagée ou aggravée par le whisky. Et le destin l'enfonce encore, lorsque un nouveau tueur en série commet d'inhumaines exactions. 2 victimes, puis 3, puis 4, puis 5... Schneider est mis en touche. Il a tellement bu un soir qu'il a pointé de son arme un chauffeur de bus, afin de détourner la direction du véhicule vers chez lui. On le couvre, mais on lui retire l'affaire. Seulement, c'est un homme désespéré. Et on n'arrête pas un homme qui ne croit plus en rien.
Daniel Auteuil, avec une gueule de déchet, puant l'alcool, dégueulasse, pas rasé, est d'une crédibilité éblouissante. Son jeu, encore une fois, embarque l'histoire qu'on ne peut rêver (ou cauchemarder) plus sombre. L'acteur est immense de réalisme, tuant d'émotion. Il fait mal tant on souffre avec son personnage. Il n'en rajoute pas, il n'en manque pas. Sa justesse est un don au service d'un scénario noir d'âme. A travers cette histoire Olivier Marchal se replonge dans un fait divers qu'il a vécu lorsqu'il faisait partie de la maison. La démence du tueur et la tragédie des victimes ont eu raison de sa sensibilité à l'époque. Il est encore aujourd'hui hanté par ces images terribles, la part la plus obscure de l'homme. Le réalisateur nous livre là le poids que son esprit a bien du mal à évacuer. La fin du film, sa montée étouffante, est un choc psychologique éprouvant. D'une intensité rare, MR 73, du nom du fameux révolver (Manufacture du Rhin - 1973), est une claque terrible. La mise en scène est léchée, la pression empathique est totale. On ressort de la salle en titubant, hagard, profondément secoué par la force des évènements relatés. D'autant qu'ils sont tirés d'une histoire vraie... Et c'est sans doute ça le plus difficile à dépasser. La monstruosité humaine confrontée à la plus belle des sensibilités. L'absence de conscience contre une fragilité si destructrice, le paradoxe de notre espèce.