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No Country For Old Men
Ecrit par Seth Gecko, 30-01-2008 23:28


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No Country For Old Men
Par Joel et Ethan Coen

Tout d'abord, comme il est de coutume dans mes dernières critiques cinématographiques, faisons le point sur la traduction française du titre. On a eu droit ces derniers mois aux Infiltrés en lieu et place de The Departed, à Boulevard de la Mort pour Death Proof et voilà que nous arrive, lorsque l'on croyait que le pire était passé, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme quand la v.o disait No country for old men. Ah lala, qu'il est bon de rire. En même temps, ça fait longtemps que les ravages de la traduction franco-anglaise guettaient les frères Coen: O'brother, where art thou? avait sobrement été intitulé O'brother et non pas Hé frérot, où c'est que t'en es, doudou didonc? Donc ne soyons pas médisants. Et vive l'exception culturelle à la française et le Québec libre!

No country for old men arrive dans la filmographie des Coen bros après une liste incroyable de chefs d'oeuvre comme seul Scorsese a pu les entasser ces vingt dernières années. Les Coen ont en effet pondu Barton Fink, Sang pour sang, Arizona Junior, Fargo, The Big Lebowski, O'Brother, Miller's Crossing et The Barber entre 1985 et 2008. Une tuerie.
Depuis Fargo, les frangins avaient opté, ou du moins s'étaient orienté, vers la comédie légère (Incroyable Cruauté), avec un zeste d'ironie (Ladykillers), ou frôlant le délire et la comédie musicale (O'Brother, The Big Lebowski).

Avec No country for old men, ils reviennent au film noir comme la nuit. Toujours en optant pour des séquences pince-rires précédant des massacres abjectes, toujours en faisant ricaner le spectateur devant la folie et l'aliénation, les Coen se font les réalisateurs maîtres du fil du rasoir. Comme dans Fargo, le quotidien arrièré et poussiereux d'un petit coin pommé du fin fond de l'Amérique profonde se voit submergé par les pulsions des hommes. Par la folie des hommes, leur soif de sang et leur avidité. Cette fois-ci, pas de musique, ou presque pas: No country for old men est un immense crépuscule pour son trio d'acteurs: un crépuscule pour la carrière de shériff de Tommy Lee Jones, eastwoodien, un vieil homme qui donne son nom au titre, un vieil homme qui a vu le monde changé devant ses yeux. Il a connu son métier de shériff façon old school, arpentant les plaines à cheval comme l'avait déjà fait père et grand-père. Il a dans les veines un héritage passé qui le submerge et a conditionné toute sa vie. Sauf que là, rattrappé par les années, il devient trop vieux pour ses conneries.

Llewelyn (Josh Brolin), acteur en train de devenir très grand, est lui aussi à un carrefour important de sa vie. Lors d'une partie de chasse, une grande opportunité va se présenter à lui. Il va devoir faire des choix et chacun d'entre eux aura des graves conséquences sur sa vie et celle des siens. Le chasseur est en passe de devenir la proie. Car un troisième homme vient complèter le dangereux triangle tissé par les Coen. Anton Chigurh est un nettoyeur par le fond. Un fléau. Un psychopathe comme on en a rarement croisé au cinéma. Il est sobre, efficace, décalé. Javier Bardem montre encore une fois l'étendu incommensurable de son talent. Un rôle qui l'a porté vers le Golden Globe du meilleur second rôle et qui lui vaut une nomination, et peut-être un prix, aux Oscars. Chigurh est un abcès qui sera difficile à crever pour Llewelyn. Les cadavres s'entassent et le noeud se resserre autour du cou du chasseur chassé.

Le shériff Bell (Tommy Lee Jones) et son adjoint Wendell (Garret Dillahunt), vu dans un double rôle d'anthologie dans Deadwood) fonctionnent comme un écho de Marge Gunderson (Frances McDormand) et de son mari dans Fargo. Marge vivait dans un petit nid douillet, à l'abri du froid du Minnesota, heureuse et enceinte. Elle couvait son bébé et son mari, stressé par un concours de création de timbres. Petite scène de vie enrobée du miel un peu crétin des Coen. Bell et Wendell sont les deux personnages qui rappellent le plus ces naifs un peu bêtas si chers aux Coen. On sourit à chacune de leurs joutes verbales. Ces joutes sont d'ailleurs de petites bulles d'air au milieu des exactions de Chigurh. Mais on ricane aussi devant les crimes froids de Chigurh, comme pour exorciser le mal. Pour se soulager. C'est là tout le grand art des Coen, comme je l'ai déja dit: le fil du rasoir, l'art et la manière de mélanger les genres et les tonalités.

Encore une belle galerie de portraits dressée par les frères Coen: au trio s'ajoute Woody Harrelson, tristement rare ces derniers temps dans un rôle de chasseur de tête sûr de lui. Les Coen font se chasser et se croiser tout ce petit monde dans des plaines semi-désertiques ou dans des villes frontalières. A chaque film, les frangins font du Coen mais en profitent également pour ouvrir deux ou trois nouvelles portes. Les Coen ont ouvert cette fois-ci la porte du western. Et on annonce déja un projet ultra-violent avec pour cadre le grand ouest américain. Avant cela doit sortir Burn After Reading, avec Georges Clooney, Brad Pitt et Frances McDormand, film sur un agent de la CIA qui perd la disquette contenant ses mémoires... et, forcément, des révélations sulfureuses. La sortie du film est imminente car No country for old men est déjà un "vieux" film dont la sortie a été repoussé en partie à cause de sa participation cannoise et du rôle qu'il est ammené à tenir à la prochaine cérémonie des Oscars.




Tags : Joel Coen, Ethan Coen
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