| Ecrit par Shinji, 07-11-2007 12:50 |
Texhnolyze La plupart des séries animées ne sont pas difficiles à aborder, puisqu'il s'agit avant tout de divertissement. Mais certains artistes s'acharnent à transcender cette notion pour offrir à un public plus exigeant des histoires complexes, matières à de nombreuses réflexions. Ceux derrière Texhnolyze sont de cette trempe. Série animée en 22 épisodes qui a vu le jour au sein du studio Madhouse et a été diffusée au Japon en 2003, elle a aussi la particularité d'être une nouvelle collaboration entre Chiaki Konaka (scénario) et Yoshitoshi Abe (design), dont le Serial Experiments Lain est resté dans les mémoires. Ichise est boxeur dans la cité souterraine de Lux. Mais un gang met un terme à sa carrière en lui coupant un bras et une jambe. Laissé pour mort, sa détermination à survivre attire l'attention d'Ohnishi, le boss de l'Organo à la tête de yakuzas qui contrôlent la ville. De plus, il va bénéficier de la technologie cybernétique "Texhnolyze" réservée à l'élite pour remplacer ses membres amputés, suite aux expérimentations sur son corps d'une scientifique en marge de la même organisation. Pendant ce temps, Yoshii, un curieux visiteur venu de la surface, rencontre Ren, une jeune fille silencieuse qui possède des dons de voyance. Le parti-pris de départ est risqué ; en effet, après un générique rythmé par le très bon titre techno "Guardian Angel" de Juno Reactor, une certaine dose de patience est nécessaire pour passer les impressions de lenteur et d'abstraction que dégagent les premiers épisodes (les dialogues n'interviennent par exemple qu'après 10 minutes). Mais on comprend par la suite que la ville, présentée dans ses moindres recoins comme un personnage à part entière, est réprésentative de l'atmosphère de torpeur qui imprègne la série à ce moment : une société rongée, des personnages errants, des membres artificiels. Tout cela va changer, car Lux va bientôt plonger dans le chaos. Le feu est en effet mis à la poudrière, et les gangsters et hommes d'affaires - on ne fait pas trop la distinction - qui dirigaient la ville dans l'ombre se lancent alors dans une guerre sans merci à grands coups de complots, d'exécutions, de réglements de compte... Ce futur a bien des airs que Le Parrain ne renierait pas, mais suffisamment d'éléments inexpliqués empêchent l'histoire de se limiter à une simple guerre des gangs, les pièces du puzzle s'assemblant peu à peu. Dans cet univers cyberpunk désabusé, Ichise, qui ne survivait dans les bas-fonds que pour se battre - ou se battait pour survivre -, va toucher le fond, vagabondant l'air hagard et partant à l'occasion dans des accès de rage incontrôlée contre lui-même et ceux qui l'ont anéanti, pour ensuite apprendre à maîtriser ses nouvelles extensions corporelles, et en même temps s'ouvrir aux émotions et aux autres. Un design bien éloigné de l'atmosphère d'Ailes grises, pas de personnage sympathique avec qui s'identifier, une violence froide et sale, un véritable festival de bruits d'ambiance : Lain était sombre, mais les limites ont été repoussées pour Texhnolyze. C'est pas très joyeux tout ça - doux euphémisme -, mais de telles séries, qui vont à l'encontre des clichés dont l'animation est affublée (il faut dire qu'elle n'est pas aidée avec ce qu'on voit le plus souvent débarquer), présentent un tel concentré de perfectionnisme qu'elles ont tout pour attirer, et pourquoi pas satisfaire, les cinéphiles. Note : Texhnolyze est disponible en DVD chez Dybex en 2 volumes.
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