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Black Swan
Écrit par Seth Gecko - 01-03-2011

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Black Swan

J'ai vu cette semaine le True Grit des Coen Bros. J'aurais bien fait une chronique sur eux mais vous savez tout le bien que j'en pense avant même de me lire. C'est un peu comme mon point de vue sur Tarantino (ça buzze d'ailleurs en ce moment entre César d'Honneur et hypothétique Vrai western spaghetti!): dithyrambique et cousu de fil blanc. Et comme je me suis fait rare par ici (oh, tu est là toi? Comme tu as changé! Merci de passer nous voir entre deux consultations d'horaires de bukkakes à venir sur www.retire-ta-langue-je-vais-péter.fr!)...

La nuit dernière, Le Discours d'un roi a raflé les principaux oscars (big three: meilleurs film, réa et acteur). Je ne l'ai pas encore vu - j'y compte bien - mais il a intérêt d'être à la hauteur parce que True Grit, c'était du lourd et là, je sors à chaud de la projection de Black Swan, je suis dans mon lit et j'écris cet article dans mon Moleskine avec un crayon offert par une municipalité picarde, vestige d'errances passées (renforçons encore davantage l'aspect baroudeur).

Black Swan donc. Grosse claque. Film atmosphérique, oppressant, éprouvant physiquement (pas besoin de 3D à la con... ou alors, goût fromage), très maîtrisé, une mise en scène géniale avec une caméra qui colle à la chaire d'acteurs à fleur de peau (et qui ont parfois la chaire de canard). Aronofsky joue avec les bruits: les respirations, les échos dans un film déjà très marqué par une musique enivrante et signe son film le plus lynchien (il devient quoi lui d'ailleurs?) puisqu'il faut sans cesse étiqueter et référencer. Portman (récompensée ce tantôt aussi - à juste titre) est magnifique. Pure puis borderline puis barge dans un rôle assez indescriptible au final: viscéral, torturé. Un spectre fragile mais au combien dangereux qui nous renvoie au Nicholson de Shining. Rongée par ce qu'elle désire et ce qu'elle crée. Vampirisée presque. Black Swan est un ovni, déjà, en terme de pitch: une danseuse prépare le Lac des Cygnes, s'ensuit prépa chaotique et conflits d'anorexiques en tutus. Au final, on se retrouve avec un thriller organique, flippant et malsain, version féminine de la schizophrénie de Tyler Durden et son Fight Club. Aronofsky verse dans le beau et sombre fantastique à la japonaise: des éclairs de fureur terrifiants mais très esthétiques car chorégraphiés au poil de plume. On est très loin des effets faciles et outranciers (mais patience! Scream 4 sort bientôt!)

Requiem for a dream était un film coup de poing, que je classe dans le haut du panier catégorie opéra prima (mon top 3 puisqu'il faut toujours classer: Tesis d'Amenabar, Reservoir Dogs d'un mec dont j'ai zappé le nom et Boogie Nights de PT Anderson: des premiers films boomerangs, un coup dans les dents puis BOOM un autre derrière la tête, double effet kiss cool :) ). Devenu culte un peu à tort à mon goût, porté par une génération de teenagers en Converse (on leur pardonne, c'est de ma génération dont il s'agit: le glas des 30 ans en 2011? Clique sur "J'aime"). Quand Telerama finit dans les chiottes, forcément, les gosses mettent la main dessus. Culte car dérangeant et violent. Le cycle courant. D'Orange mécanique à C'est arrivé près de... The Fountain, au risque de surprendre par un avis trop argumenté, m'a bien fait chier. Et pis c'est tout. Y'a des trucs comme ça. Vous savez, lorsque tout le monde bouge la tête en écoutant ce super nouveau single de ce super nouveau groupe trop hype. Et vous, y'a rien à faire, vous préférez la face B. J'ai un problème similaire avec les films de Miyazaki. Je trouve ça sympa puis je finis par bailler. The Wrestler par contre. BOOM! Pour moi, la fin de la première décennie de ce second millénaire (tu suis?) a été marquée par 4 putains de chefs d'œuvre: No country for old men, There will be blood, Inglourious Basterds et The Wrestler (4 noms non traduits, merci mon Dieu... dernier fou rire en date, le nouvel Adam Sandler Just go with it aka Le Mytho). The Wrestler, un catcheur cardiaque qui remonte quand même sur le ring parce que c'est dans la vraie vie qu'il en prend plein la gueule. Bouleversant. Rourke dans un rôle gigantesque. Pendant Black Swan, paradoxalement, j'ai pas arrêté de penser à Randy "The Ram" et je me suis amusé à envisager le second film comme un écho du premier. Comme si Black Swan était The Wrestler Volume 2. Aronofsky filme la danse comme le catch. Portman dérouille autant que Rourke. Les os craquent, la chaire se fissure. Les deux ne sont que des avatars modernes des gladiateurs. On nous dévoile les enfers du décor (maître Capello) de la société du spectacle. Portman est un cygne en gestation. Rourke est au stade du chant du cygne. La seule connexion avec la réalité réside au fragile lien filial mère/fille et père/fille. Lorsque le fil est coupé, les deux narrations basculent. Aronofsky choisit des thèmes en apparence physique - sportif ou artistique - pour mieux nous entraîner aux frontières de l'âme, du mental et du cœur. Black Swan est un conte noir et blanc, un film qui fait jaillir la lumière (plan final) du cœur des ténèbres. Oui, un conte. Disney nous a fait oublier la noirceur des contes largement portés sur les incestes, homicides, viols et autres joyeusetés. Black Swan a cette ambivalence: beau mais tragique, vierge et (homo)sexuel, immaculé et baigné par le sang.

Et pour finir, un petit blind test:

"... moi, je veux mourir sur scène et sous les projecteurs..."
A. Randy
B. Nina
C. Dalida
D. Khadafi

Bien à vous

 
Nine
Écrit par Seth Gecko - 05-03-2010

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Nine

Nine est un hymne à la joie, au cinéma, à l'amour, à la vie, à la création, à l'envie d'aimer, au besoin d'être aimé. Les coeurs et les raisons se tiraillent, s'entremêlent, se débattent. Nine est un pur moment de cinéma, du cinéma de paillettes, de stars, d'icônes. On sent le parfum des fonds de teint, le Chanel Numéro 5 et les cheveux laqués. Il n'y a qu'à Hollywood que l'on peut voir ce genre de spectacle, cette démesure, ces clichés touchants sur l'héritage italien, sur les studios, sur l'Age d'Or aujourd'hui révolu.

Rob Marshall, après avoir dépoussiéré le genre avec son formidable Chicago, est brillant, notamment dans la mise en scène des moments de comédie musicale. Les chansons sont exquises et les acteurs survoltés comme dans un feu d'artifice: ils rient, ils pleurent, ils chantent, ils dansent. C'est une transe incroyable qui se déroule sous nos yeux. On se retrouve ému, on rit, on sourit, on pleure: des sensations brutes, premières, natures. Parce que c'est ça, putain, le cinéma! Et on commence à l'oublier. S'il n'est pas trop tard, arrêtez de nous donnez de la 3D et du carton-pâte. Retournez aux sources, amis créateurs, à l'essence des choses: donnez-nous du music-hall, du western, du péplum, de la cape et de l'épée! On pétille, on éclate, on s'envole!

Et cette ribambelle d'acteurs... Cruz... AMAZING!! A damner tous les curés de la Terre. Cotillard, étincelante, première actrice française depuis BB à pouvoir prétendre à une quelconque légitimité sur sol US... et Daniel Day-Lewis... Fucking Daniel Day-Lewis... Ce mec a la plus grosse paire de couilles du monde, c'est un dieu, une fusée inter-galactique, le meilleur du moment, le meilleur de sa génération et, à mes yeux, le meilleur en activité. Le meilleur tout court. Ce type me scie, me troue le cul,me... mettez ce que vous voulez dans mes phrases. Il est génial, énorme, éblouissant, je l'adore. Daniel Day, je t'aime (même si tu as été marié avec Adjani;.. p'tain mais qu'est-ce qui t'as pris, mec??). Daniel Day-Lewis a ce corps si particulier, cette carcasse un brin voutée, les muscles saillants et élastiques à la Iggy Pop. Quel charisme, mes amis!

Apollinaire disait "Il est grand temps de rallumer les étoiles". Nine and crew viennent de le faire de la plus belle des manières.

 
Shutter Island
Écrit par Seth Gecko - 01-03-2010

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Shutter Island

J'ai largement évoqué mon amour pour Marty Scorsese dans de précédents articles tant la mise en scène du bonhomme, les sujets qu'il aborde ou les acteurs dont il s'entoure me frappe avec la légèreté d'un Shinkansen qu'on se prendrait en pleine gueule. Je reprends une formule datant de The Departed: depuis la mort de Kubrick, Scorsese est le seul à régner sans partage au sommet de la pyramide, assis sur une filmographie nerveuse, vibrante, intelligente, spirituelle, osée, provocante, barrée, référencée.

Son Shutter Island ne déroge pas à la règle. Il s'agit bien du nouveau chef d'œuvre du maître qui s'aventurait ici, pourtant, en terres inconnues: le thriller sur le fil du rasoir, naviguant entre film noir et film fantastico-psycho-surnaturel. Le Philip Marlowe de Raymond Chandler chez Lynch ou Amenabar. On sort de Shutter Island avec les tripes un peu retournées, tant Scorsese s'évertue pendant 2h15 à nous enfermer dans son univers claustrophobe, aux confins de la folie humaine.

Shutter Island, c'est d'abord un roman phare - jeu de mots référence au final... - écrit par Dennis Lehane, auteur de Mystic River et de Gone, baby, gone, déjà portés à l'écran par Eastwood et Affleck. Un roman qui nous conduit au cœur d'une île sur laquelle se trouve un asile de haute sécurité pour fous dangereux, un Alcatraz de la démence. Deux marshalls se rendent sur les lieux car une pensionnaire a disparu dans des circonstances étranges et inexplicables. Les deux marshalls vont se confronter à une administration troublante et énigmatique et leur enquête va peu à peu les conduire aux frontières du soutenable.

Leonardo Di Caprio, encore une fois chez Scorsese... je suis le premier à l'avouer, ça commençait sérieusement à me gaver, étant un brin nostalgique des neiges d'antan, des flocons uniques que sont Robert De Niro, Joe Pesci ou Harvey Keitel. Pourtant, il faut le reconnaître Di Carpaccio trouve ici le rôle le plus intense de toute sa carrière. Un rôle physique et habité. Scorsese l'aime et ça se sent dans la mise en scène. Il lui accorde de longs gros plans, au plus près du regard, pour accentuer la descente aux enfers, palpable dans ces deux billes bleues.

Scorsese s'offre par ailleurs des effets de miroir avec son œuvre: Shutter Island est située au large de Boston, là où se situait l'action de The Departed, on pense très souvent aux Nerfs à vif et à The Aviator, les deux films essentiels dans lesquels Scorsese abordait déjà la folie et la façon qu'elle a de ronger les hommes, comme une lèpre psychologique... et puis il y a ce pyromane: je ne sais pas si c'est voulu ou pas, mais j'ai instantanément pensé à Travis Bickle, le Taxi Driver incarné par Robert De Niro... tiens, encore un rôle de fou furieux. Scorsese serait-il le Goya du Septième Art, attiré, presque de façon malsaine, par les blessures de l'âme?

 
Invictus
Écrit par Seth Gecko - 30-01-2010

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Invictus

Après Gran Torino, l'Échange, Million Dollar Baby, Mystic River ou son diptyque Pacifique, cet Invictus ressemble à un coup pour rien pour Eastwood. Un petit coup de mou à 80 piges, c'est normal après tout. On en sort surtout déçu par le manque d'audace, par l'académisme du produit fini, fignolé à souhait pour les Oscars avec bande-son omniprésente, happy-end grossier au ralenti et poncifs du genre film de sport. A ce titre, le dernier quart d'heure tient du quasi insoutenable. On a l'impression de voir le sempiternel film de football américain avec les bons gros vieux ralentis sur les joueurs, l'entraîneur, la foule qui regarde cette balle qui lentement, très lentement passe entre les perches. Cerise sur le gâteau: les bruits étouffés des hommes transformés en bête au cœur de la mêlée (A-lors... que... re-voi-là... la ... sous-pré-fette...)

Jusqu'à ce raté final, Eastwood respectait la cahier des charges, sans génie mais avec savoir-faire. Freeman est excellent, Damon aussi. La carte postale décolorée de l'Afrique du Sud post-Apartheid fonctionne à plein tube malgré quelques clichés. A vrai dire, Eastwood s'égare au beau milieu de ses deux histoires: celle des Springboks et celle de Mandela, ne racontant ni l'une ni l'autre. Il s'y égare par manque de parti pris, par manque d'enjeu et les aspects les plus intéressants sont omis ou à peine abordés. On entrevoit à peine la vie familiale chaotique de Mandela. Le personnage nous est offert de façon bien lisse alors que les failles sous la cuirasse l'auraient rendu grandiose.

Eastwood se contente de présenter la victoire des Boks comme une grande victoire nationale sans aborder, comme pour Mandela, l'envers du décor: une demi-finale usurpée avec un arbitrage plus que douteux et une finale contre une douzaine de All Blacks victimes d'une intoxication alimentaire plus que suspecte la veille du match. La victoire, oui, mais à quel prix?

 
Agora
Écrit par Seth Gecko - 30-01-2010

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Agora

Synopsis: IVème siècle après Jésus-Christ. L'Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée par la colère des insurgés, la brillante astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l'aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l'amour d'Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d'être affranchi s'il accepte de rejoindre les Chrétiens, de plus en plus puissants...

Après sa trilogie très ancrée dans le registre film de genre (Tesis-Ouvre les yeux-Les Autres), Alejandro Amenabar avait surpris tout le monde en adaptant à l'écran la vie de Ramon Sampedro, handicapé lourd, qui décide de mettre fin courageusement à ses souffrances et à celles des autres. Le film était bouleversant et venait conforter le surnom outre-Pyrénées du jeune prodige: "Petit Spielberg", à savoir un cinéaste capable de vous faire naviguer du rire aux larmes, d'un genre à l'autre comme le grand Steven des Dents de la Mer à La Liste.

La surprise était encore de taille à l'annonce du projet Agora, péplum cérébral et métaphysique avec une femme comme personnage principal. Le genre n'est abordé par nos contemporains que très rarement et, ces dernières années, par uniquement d'énormes machines ambitieuses et au casting blindé de stars (Gladiator, Troie, Alexandre). Si l'on se penche sur les cas européens, il faut bien avouer qu'outre nos tentatives d'adaptation des aventures d'Astérix, il faut remonter au Technicolor pour avoir un vrai film du genre.

Avec Agora, Amenabar donne une leçon aux américains si souvent prompts à tailler dans les scripts des blockbusters pour ne garder que les scènes d'exposition et les batailles. Agora est sans doute le film le plus intelligent qui sortira cette année et sans doute le plus juste. Justesse de l'interprétation, des décors, de la mise en scène. Intelligence du propos, des conflits et de la géopolitique de l'époque, à savoir la cité d'Alexandrie au IVème siècle après la premier grand hippie de notre ère. Amenabar dépeint avec vitalité et brio toute la fureur et l'effervescence d'un monde en plein bouleversement: un Empire romain dont les fondements vacillent, une religion qui émerge et la folie des hommes en ébullition. Les païens, les chrétiens, les juifs et déjà des guerres de religion. Le sujet a toujours été casse-gueule, aujourd'hui plus que jamais, mais Amenabar sait lui donner une dimension avant tout profondément humaine. Il ne tombe ni dans le reportage et ne prend surtout pas son sujet de haut. Il se permet même le luxe de donner une nouvelle dimension à la question religieuse en faisant s'interroger son héroïne philosophe sur la place de l'homme dans l'univers et sur le mouvement des planètes, faisant chanceler encore plus les faibles certitudes des hommes de son époque.

 
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