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Louise-Michel
Écrit par Luphenz - 02-01-2009

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Louise-Michel

Les deux compères de Groland, Benoït Delépine et Gustave Kervern reviennent avec Louise-Michel, leur troisième long métrage. Après le road-movie cinglant Aaltra et le surréaliste Avida, la couleur s’invite pour une fois dans leur film. Ils nous avaient en effet habitués au noir et blanc. Ayant reçu quelques prix, Louise-Michel regroupe une belle pléiade d’amateurs d’univers déjantés. On retrouve ainsi Yolande Moreau (Louise), ex-Deschiens et qui fait une belle percée au cinéma, Albert Dupontel déjà présent dans Avida, Benoît Poelvoorde qui compose un savant fou, mais aussi l’acteur Belge Bouli Lanners, dans le rôle de Michel. Ce dernier a réalisé récemment Eldorado, un road-movie décalé et était déjà au casting des deux premiers films du duo grolandais. Matthieu Kassovitz, Philippe Katerine et le toujours fielleux Francis Kuntz complètent cette brochette de pointures…

L’histoire en deux mots : Louise fait partie des ouvrières d’une usine qui est délocalisée intégralement pendant une nuit, sans avertissement. Les victimes de ce sale coup vont regrouper leurs indemnités de licenciement pour engager un tueur à gage. Il sera chargé de tuer le patron de l’usine. Louise, qui a un passé judiciaire, se propose de dénicher la perle rare. Elle tombe sur un marginal qui lui fait le grand jeu et qui profite de sa faiblesse. S’en suit une poursuite du patron, toujours plus difficile…
Le thème est assez original et est traité de manière outrancière, mais avec une rage tangible, relayé par le personnage de Yolande Moreau. Le film a tous les ingrédients pour une farce réussie à connotation sociale, toutefois il y a quelques trous d’airs et même si j’apprécie l’humour noir (la scène d’introduction est très réussie), je note certaines maladresses. Au final, c’est assez drôle sans être hilarant et j’estime que la maturité des auteurs est encore à venir.

 
Caos Calmo
Écrit par Luphenz - 26-12-2008

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Caos Calmo

Le réalisateur italien Antonello Grimaldi adapte pour le cinéma le best-seller Caos Calmo de Sandro Veronesi. Il est connu pour avoir réalisé dans les années 90 « Rien ne peut nous arrêter et « Il Cielo è sempre più blu ». Il a fait également l’acteur, notamment dans le Caïman de Nanni Moretti en 2006. Ce dernier est d’ailleurs le comédien principal de « Chaos Calme ».

La première scène du film est éloquente sur ce qui va suivre. Alors que Pietro (Nanni Moretti) et son frère jouent sur une plage, deux femmes manquent de se noyer. Ils vont les sauver sans être nullement remerciés. La froideur et l’indifférence. Cette froideur va se retrouver sous une autre forme lorsqu’au retour à la maison, Pietro trouve sa femme morte. Il réagira à peine. Lui et sa fille vont continuer à vivre comme si de rien était. Mais, quelque chose de fondamental va changer. Pietro ne va plus au travail. Dans un contexte de fusion de groupes et alors que sa présence serait appréciée, il va passer ses journées sur un banc, dans un parc, en face de l’école de sa fille. Là, le temps va commencer à se figer. Enfin, pour lui. Car si le nouveau théâtre de son existence demeure assez immobile, la vie n’aura de cesse que lui rendre visite. Sa belle sœur (Valeria Golino), actrice perturbée, qui lui reproche son attitude sans sentiment, ses collègues de travail qui le rejoignent histoire de savoir comment il se positionne. Et même les grandes pontes vont venir le voir alors que son nouveau mode de vie commence à être connu, dans tous les sens du terme. Même le désir viendra jusqu’à lui, dans sa demeure. La scène d’amour (avec Isabella Ferrari) qui s’en suivra s’étire d’ailleurs de manière assez maladroite dans ce film où les silences sont souvent plus parlants que les longs discours. L’interprétation est le gros point fort de ce long métrage. On retrouve Charles Berling, Hippolyte Girardot, Alessandro Gassman, Denis Podalydès et même Roman Polanski, le temps d’une courte scène dans le parc.
Ce film traite avec sensibilité et sans pathos du deuil, sous un angle inédit et faisant réfléchir. Je le recommande.

 
Dead Set
Écrit par Shinji - 22-12-2008

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Dead Set

Depuis quelques années, les morts reviennent de plus en plus souvent sur Terre, preuve qu'il n'y a vraiment plus de place en enfer. La Grande-Bretagne en particulier s'en est pris plein la tronche, elle qui n'a vraiment pas été épargnée ces derniers temps car en première place en ce qui concerne toutes sortes de catastrophes, que ce soit la contamination ("28 Jours plus tard" et ses prolongations) ou la stérilité menant à l'extinction ("Les Fils de l'Homme"). Pour de rire avec "Shaun of the Dead" ou façon sorcière de Blair dans "The Zombie Diaries" - ce dernier ayant été réalisé avec peu de moyens mais avant "Diary of the Dead" ou "REC" (de là à dire qu'il y a eu influence, je n'ose me prononcer, mais bon...) -, les revenants bouffent à toutes les sauces ce qui leur tombe entre les pattes.

Ce coup-ci, ils ont décidé de se faire en plat principal la télé-réalité, avec de la vraie chair à audience dedans (il y a des caméos d'anciens participants de "Big Brother", souvent en macchabés, ce qui ne parlera cependant pas aux spectateurs non britanniques). Et ce qui est d'ailleurs surprenant, c'est que malgré le fait que "Dead Set" ait été diffusé sur E4, là-même où se sont tenues les aventures végétatives en bocal, on ait laissé le scénariste Charlie Brooker en relater les dessous, ce dernier étant connu dans son pays pour ses critiques sarcastiques du monde télévisé. Il ne s'est ainsi pas gêné pour se lâcher par exemple sur le personnage du producteur de l'émission, un peu caricatural mais tel qu'on ne pourrait s'empêcher de l'imaginer. L'élément le plus caustique dans tout ça étant sans doute que c'est un monde factice qui sauve les protagonistes ; dès lors, leur petite bulle de célébrité éphémère éclate encore plus vite dès lors qu'ils réalisent qu'il n'y a plus de public, ou plutôt ce que celui-ci est devenu, et qu'il n'y aura plus de réalité telle qu'ils l'avaient connue avant de s'enfermer, pour le coup définitivement sans le savoir.

Tous les codes du genre sont évidemment là - sans malheureusement éviter les références parfois directes, véritables clins d'oeil aux spectateurs -, même si les courses rapides de cette nouvelle armée de morts feront hurler une fois de plus les puristes de papy Romero (alors que dans le monde du bis, le zombi a sans scrupule gagné en rapidité, et ce depuis des décennies). N'empêche que ce qu'ils ont perdu en authenticité, les cinq épisodes diffusés fin octobre 2008 y ont gagné en efficacité à l'instar de leurs récents pendants cinématographiques, à l'initiative de Danny Boyle puis confirmé par Zack Snyder. C'est que si le grand nombre se suffisait auparavant à lui-même pour représenter une menace tangible par effet de masse, il en est autrement à notre époque où tout va toujours plus vite, la télévision y compris. Et surtout, le sous-texte que l'on retrouve depuis "La Nuit des Morts-Vivants" en 1968 est quant à lui bel et bien présent. En grand connaisseur de la télévision contemporaine, le créateur de la série a ainsi très bien su intégrer l'aspect sociologique : la soif de célébrité, l'utilisation du voyeurisme, les moyens de production... sans oublier de faire peur.

 
Burn After Reading
Écrit par Seth Gecko - 14-12-2008

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Burn After Reading

Les Coen sont de grands schizophrènes. Après un No country for old men sec comme un coup de trique, les voilà avec un Burn After Reading potache, crétin, ahuri. A savoir que les deux films ont été écrits en même temps, les Coen travaillant alternativement un jour sur deux sur l'un et l'autre script. Là, à ce niveau, c'est plus du funambulisme... c'est du jonglage en apesanteur. Burn after reading est à peu près tout le contraire de No country... Bavard vs silencieux, crétin vs intello, démonstratif vs contemplatif, etc, etc, ...
J'imagine le choc et la sensation de vertige de quelqu'un qui découvrirait les Coen pendant une soirée retrospective, genre Blood Simple-Le Grand saut-No country...-Burn after reading. Le grand 8 quand même! Les Coen ont une filmo assez rare, voir unique.

Avec ce BAR, ils mettent un terme à la dite trilogie des idiots (même s'il y aura - forcément - des couillons dans leurs prochains métrages) avec pour dénominateur commun Georges Clooney (sympa pour lui). Cette trilogie, ils l'ont commencé avec O'Brother, l'ont poursuivi avec Intolérable Cruauté. Pendant la séance, je me suis plus senti du côté de Ladykillers. Burn after reading est donc un Coen mineur, sans que ce soit péjoratif. Ils font tourner leur pote Clooney, on retrouve Frances McDormand: c'est un peu la récré quoi!

Mais les Coen ne ratent jamais rien parce que la mise en scène est toujours très soignée: on ne verra jamais des plongées et des scènes d'escalier aussi bien filmées. Les dialogues sont ciselés comme dans un Woody. Une comédie potache et drôle sans être lourdingue.

Et puis, quel bien beau casting, ma foi! Malkovich au bord de la crise de nerfs, cocufié et licencié. Pitt incarne un crétin fan de musique dance avec une improbable coupe de cheveux eighties, façon vedette de sitcom. McDormand a droit aussi à une coupe carré du plus bel effet. Clooney est un Roméo pour quarantenaire las, doublé d'un crétin au système digestif fragile. Tilda Swinton joue la castratrice, la femme aigrie et sans compassion (en même temps, elle fait peur c'te bonne femme!!). Et si je vous dis qu'on jongle entre clubs de gym, CIA, godemiché et cadavre dans le placard, je me demande bien ce que vous faîtes encore là. Burn After Reading est le film de Noël pour grands que vous pouvez voir pendant que les gosses sont devant Niko, Madagascar 2 et j'en passe.

 
Mesrine : L'ennemi public n°1
Écrit par Seth Gecko - 13-12-2008

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Mesrine : L'ennemi public n°1

N'y allons pas par quatre chemins. Mesrine, le diptyque, est l'une des œuvres les plus abouties du cinéma français des 20 dernières années. Richet filme comme un grand, très grand réalisateur, comme un Melville, puis comme un Mann sans oublier les effets empruntés aux clips comme le font si bien les mecs de sa promo, à savoir Kounen et Kassovitz (garde la pêche, Matthieu, je crois toujours en toi). On n'a pas/plu à rougir des mecs d'en face: le diptyque sur Mesrine a tout d'une saga scorsesienne: un acteur possédé (De Niro/Cassell), une figure autobiographique légendaire (Jake De la Motta/Mesrine), des références bibliques (elles sont légions chez Martin/voir la scène finale dans le film de Richet et l'affcihe du film) et j'en passe et des meilleurs.

Une fois n'est pas coutume, on a voulu faire les choses en grand et dépasser le cadre, toujours très limité, du franco-français. Richet réunit dans son film toutes les gueules du moment: parrainé par Depardieu, sorte de transition avec les décennies passées, on voit défiler au côté de Cassell du bien beau monde: Cécile de France, Le Bihan, Almaric, Lanvin, Sagnier. Ne pas avoir honte et cesser de se croire inférieur aux ricains: belle réussite et juste retour des choses puisque toutes les plus belles histoires, des comédies jusqu'aux tragédies, se sont écrites sur le Vieux Continent.

Quid du deuxième verset en particulier. Scène d'ouverture: ici git Mesrine, abattu par la Police. Broussard harangue la foule, la presse. Il pose, comme en pleine représentation. Il parade comme un torero à qui l'on viendrait d'octroyer une oreille ou deux. Puis il se ressaisit et cache le visage du mort et le fait évacuer. Fin triste et méritée pour Mesrine qui fut l'un des premiers du genre à comprendre le poids des mots et le choc des images, donnant sens au leitmotiv de Paris-Match. Broussard aussi a cette même soif de reconnaissance après tant d'années de travail souterrain. Le second opus, malgré un rythme plus saccadé dû à des sauts dans le temps important dans la chronologie de Mesrine - en partie à cause du séjour à la Santé - , vous tient à la gorge et ne vous lâche pas car Mesrine ne tenait pas en place et n'avait de cesse d'agir en permanence. La cavale implique un mouvement perpétuel que le rythme du film traduit très bien et de façon très juste: Cassel passe par toutes les pilosités, on arpente les quartiers de Paris, on circule en voiture, en métro et à moto, on part à Deauville ou dans la Sarthe, on fuit à pied ou à la barque. Vie de tribulations, enfant des balles.

Malgré la récente montée au créneau de Broussard -le vrai Broussard- qui s'offusquait du traitement de Mesrine à l'écran, il faut bien avouer que Richet poursuit la voie empruntée dans le premier opus et ne change pas de ton. Il ne fait pas de son Mesrine un héros ou un martyr. Bien sûr, il le rend attachant par des scènes comiques - et authentiques - à savoir l'accueil, champagne en main, de la police ou la scène de procès pendant laquelle il sort de sa cravate la clé de ses menottes, acheté à un garde. Oui Mesrine devient attachant. En même temps, triste serait le sort d'un film dont le personnage principal serait chiant à mourir... Mesrine devient attachant mais reste un gangster. Un peu comme un Joe Pesci chez Scorsese. Le gag du saut d'eau posé sur la porte mais avec de l'acide à la place de l'eau.

 
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