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L'Homme Programmé
Écrit par oR.hal - 24-02-2008
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L'Homme Programmé
de Robert Silverberg

Après vous avoir présenté l'Oreille Interne de ce grand auteur de SF qu'est Robert Silverberg, voici un aperçu de l'Homme Programmé, récemment réédité chez Folio SF. Ce roman est l'histoire d'une invasion. Un homme neuf vient de voir le jour. Je dis neuf, et pas nouveau né, puisqu'il a la trentaine, et il vient de sortir d'un centre de Réhabilitation sous le nom de Paul Macy. Son corps est celui de l'artiste peintre Nathaniel Hamlin, poursuivi pour des viols et autres violences puis condamné à être "effacé". On a donné à Paul une mémoire créée de toutes pièces, des données pour l'équilibrer le plus possible. Des bribes d'expériences, d'enfance. Une ressource qu'il sait factice, mais qui lui permet d'apparaitre quasi normal auprès de ses semblables. A son premier jour de sortie dans sa nouvelle vie, une femme lui tombe dessus. Débraillée, maigre, sale, mais pas déplaisante, elle l'appelle "Nat" et s'accroche littéralement à lui. Macy tente de lui expliquer qu'il ne la connait pas ou plus, elle ne veut rien entendre. Elle a besoin de lui, elle est seule, et ils se sont passionnément aimés, avant le lavage de cerveau. C'est alors que Paul ressent un terrible malaise, un trouble douloureux dans son cortex. Il est sensé éviter scrupuleusement les anciennes connaissances de son hôte afin d'éviter ce genre de choc. Mais cette Lissa ne semble pas vouloir entendre raison. Elle promet de se suicider s'il refuse de la revoir. Même si c'est une torture physique de la voir, il cède au chantage. Et la confrontation avec ce passé soit disant détruit réveille une voix dans sa tête. Celle du peintre dérangé. La société a voulu dissoudre un criminel, mais elle n'a visiblement pas totalement fini le boulot. Imaginez-vous, abritant dans votre cerveau un criminel, d'une sensibilité d'artiste, certes, mais également sadique et vulgaire... Et figurez-vous qu'il veut tenter de reprendre son bien, ce corps sur lequel il peut agir de l'intérieur, brouillant des connexions, tordant les muscles, enserrant le coeur. Paul Macy est devenu un monstre a deux esprits. Il va falloir combattre.

L'Homme Programmé et l'Oreille Interne forment un diptyque complexe, une plongée dans le cerveau humain et ses capacités pas si improbables que ça. Mais la problématique principale est celle de cette "réhabilitation" des criminels. A l'heure où les prisons débordent, l'idée de Silverberg est troublante. D'autant si on considère que bien des inventions de littérature se sont transformées en prédictions réalisées. Se trouver dépossédé de sa chair et devoir l'abandonner à un autre, sans savoir ce qu'il en fera... Une vision horrible! Même insignifiante, notre enveloppe charnelle est un de nos rares et inaliénables biens. Encore combien de temps...?

 
Desolation Jones
Écrit par oR.hal - 20-02-2008

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Desolation Jones
de Warren Ellis et J.H. Williams III 

Les Anges de L.A flottent autour de Michael Jones. Et il les voit comme on verrait des fantômes. Ancien agent du M16, viré parce que bourré à longueur de journée, Jones ne trouve pas de boulot. Tout ce qu'il a pu faire pour gagner un peu d'argent est d'offrir son corps à la science, de son vivant. Il est le premier cobaye à avoir survécu au Desolation Test, création de l'armée britannique composé de torture médicamenteuse et psychologique, en état d'insomnie constant durant une année. Desolation Jones est donc sorti de là ravagé, blindé à toute sorte d'émotions et allergique aux U.V.. A présent détective privé au service d'anciens agents secrets, tous parqués dans la métropole californienne, il est contacté par un certain colonel Nigh. Le vieil homme, perfusé et impotent, lui apprend qu'il sort lui même d'un test qui lui a fait sillonné la planète à la recherche de tous les plaisirs sexuels possibles et imaginables. Si Nigh a besoin de Jones, c'est qu'on lui a volé des vidéos porno très rares, tournées et interprétées par Hitler lui même. Il veut retrouver son bien, ça va sans dire. Mais la mission de ce curieux esthète va amener Jones bien plus loin que prévu, un peu plus loin dans le sordide. Et ça ne lui fait pas peur.

Desolation Jones met en scène des personnages forts et réalistes, dégueulasses autant que puisse l'être l'espèce humaine quand on y regarde de trop près. Le personnage principal, puisqu'on ne peut décemment l'appeler "héros", est froid, mais peut être pas si insensible qu'on pourrait le croire. Il bute sans ambages, mais on lui découvre des sentiments si on y regarde bien. A l'instar de Spider Jerusalem, autre créature de Warren Ellis, Jones a cette aura de désespoir sourd qui semble le rendre invincible et lui octroie un charisme si particulier. Ellis pense-t-il que la perte de tout espoir rend intouchable? C'est le message que l'on sent poindre dans chacun de ses scénarios en tout cas. Pas très joyeux me direz-vous? C'est discutable. Il y a une certaine euphorie dans cet perte d'optimisme. Warren Ellis est un créateur indispensable de caractères remarquables et riches. Quant au dessin, il colle parfaitement. Williams III fait véritablement preuve d'audace dans la composition des planches et le tout est d'une bien belle cohérence. Desolation Jones est donc un incontournable du comics.

 
DMZ
Écrit par Winter - 17-02-2008

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DMZ - Tome I 

Scénario & Couvertures : Brian Wood
Dessin : Ricardo Burchielli
Edition US : Vertigo/DC
Edition VF : Panini Comics

Parfois je me demande comment ils font chez Vertigo. D’accord, il y a des choses moyennes de temps à autres mais globalement, c’est assez impressionnant. Sandman, Swamp Thing, Hellblazer, Transmetropolitan, Y : The Last Man, House Of Secrets, Pride Of Baghdad, Preacher, Fables, Invisibles, 100 Bullets, The Filth …et je ne parle que de ce qui a été traduit en français. N’en jetez plus la cour est pleine. Encore une petite place ? Allez …voici DMZ.

De Brian Wood, je ne connaissais que ses scénarii, assez moyens, sur Generation X, un énième spin-off des X-Men consacré à leur classe biberon. Rien de bien mémorable. Autant dire que je n’attendais rien de particulier de Wood sur ce coup là. Grave erreur (que j’aurais pu anticiper si seulement j’avais lu Chanel Zero mais honte sur moi, ce n’est pas le cas).
Premier choc : la couverture du numéro 1 de la série US. Vue embarquée d’un hélicoptère plongeant sur une cité en proie aux flammes et au chaos, l’œil sous le canon de fusils d’assaut, très Black Hawk Down. Une image forte, toute de blanc, de noir et de dégradé de gris. Seules couleurs : des flammes. Le décor est planté. Bienvenue à Manhattan en pleine Seconde Guerre Civile Américaine. Eparpillé sur tous les fronts du globe, trop occupé à sécuriser les intérêts américains dans le monde, le gouvernement fédéral a négligé la montée en puissance des milices. Quand elles ont lancé leur mouvement d’insurrection contre l’état fédéral, la garde civile a été rapidement dépassée. Le rapatriement des armées en catastrophe n’y a rien changé. Les soldats, las après des années de conflits, ont refusés de se battre contre d’autres américains. La ligne de front s’est stabilisée à Manhattan, décrété zone démilitarisée par les deux camps. Oubliée de tous en réalité. Isolés de tout et tous, les derniers habitants de l’île se reconstruise une société en miniature, tribale et ultra violente, où la survie est littéralement un combat permanent. Chaque camp rêve de prendre ce symbole qu’est Manhattan.
La bien nommée chaîne télé Liberty News décide de dépêcher son journaliste vedette sur place pour rapporter quelles sont les conditions de vie des new-yorkais. Il est accompagné par un photographe stagiaire, fils à papa pistonné, Matthew Roth alias Matty.
A peine leur hélico posé, les choses dégénèrent. L’équipe est prise dans une embuscade, l’hélico abattu. Seul survivant, la bleusaille Matty Roth, coincé dans le no man’s land qu’est devenu New-York. Disposant encore de son matériel, Matty joue son va-tout et décide de poursuivre sa mission. Seul journaliste au milieu de l’enfer, Matty va apprendre et comprendre les dessous du conflit et ce que peut être la vie en temps de guerre. Ses reportages vont être diffusés et vus par ses voisins new-yorkais comme par le reste des USA.
La célébrité subite de Matty ne va pas aller sans lui causer quelques menus ennuis dans tous les camps.
Féroce critique de la politique américaine de cette décennie, DMZ est rien moins qu’une œuvre majeure. La politique-fiction du meilleur tonneau y côtoie une sacrée finesse scénaristique tant les trucs et astuces imaginées par les citoyens de New-York sont crédibles.
Malgré la guerre, cette New-York est une ville où les cultures minoritaires, écolos, gauchistes et libertaires ont éclos bien malgré elles. Autant de tribus qui contrôlent une partie de la ville et reconstituent une société. C’est aussi une cité à redécouvrir, pleine de danger et de merveilles où l’imagination de l’homme pour survivre ne rivalise qu’avec son ingéniosité pour exterminer son prochain.

Ce premier volume regroupe les cinq premiers numéros US soit le story-arc intitulé On The Ground qui pose les bases de l’histoire. Seul petit bémol, la partie graphique de l’italien Riccardo Burchielli qui est assez inégale mais qui a le mérite de bien coller à l’histoire avec ce petit côté crade, qui sied on ne peut mieux à une cité plus proche de Beyrouth désormais.
Succès critique considérable aux USA, DMZ mérite toutes ses louanges et même plus que ça.
Déjà une série culte.

 
Jonathan Strange & Mr Norrell
Écrit par Winter - 07-02-2008
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Jonathan Strange & Mr Norrell
Par Susanna Clarke
Editions Robert Laffont

En abordant cet ouvrage, on est d’abord frappé par son aspect et son poids : un lourd et massif volume aux allures de grimoire, entièrement noir y compris sur les tranches, tous juste éclairé par son titre et un étrange corbeau en vol de couleur blanche et pesant un bon kilo. Un fort bel objet, ma foi.
En y regardant de plus près, on se dit : « Tiens ? De la fantasy chez Laffont ? ». Ah, ben oui, l’éditeur anglais de l’ouvrage n’est autre que Bloomsbury, l’éditeur d’Harry Potter. En plus les critiques anglo-saxonnes sont dithyrambiques, même Gaiman est fan, c’est vous dire !
Trop beau pour être vrai ? Allons-y voir.

En cette belle année 1805, la Grande-Bretagne est au bord de la défaite. Napoléon Bonaparte a conquis l’Europe et la chute d’Albion ne semble plus être qu’une question de temps.
Fort heureusement, un homme se fait fort d’apporter son soutien à l’effort de guerre en restaurant la magie anglaise. Car la magie a disparu d’Angleterre depuis bientôt 300 ans.
Les gentlemen qui se disent aujourd’hui magiciens sont en fait des historiens de la magie, pas des pratiquants. Gilbert Norrell est d’une autre trempe. La magie anglaise doit être restaurée, elle doit recevoir tous les honneurs qu’elle mérite et en attirer une bonne partie sur sa petite personne. Car monsieur Norrell a une vision très spécifique de la magie : réservée aux gentlemen uniquement et seulement pour un noble usage. Jusque là reclus dans son domaine du Yorkshire où il accumulé quasiment tout ce que l’Angleterre compte de livres de magie et de livres sur la magie, Mr Norrell s’en va à Londres offrir ses service au gouvernement de sa majesté. Alors qu’il pense être le seul et unique (et par voie de conséquence le plus grand) magicien d’Angleterre, apparaît le jeune Jonathan Strange, véritable autodidacte de la magie.
Norrell le prend rapidement sous son aile et le duo de magiciens va éblouir le tout-Londres par ses prouesses. Mais les deux hommes ont des vues par trop différentes de ce que doit être la magie anglaise et la rupture semble inévitable.

Ecrit dans un style faussement précieux, Jonathan Strange et Monsieur Norrell est une lecture très agréable mais totalement plombé par une phénoménale tendance au bavardage de Suzanna Clarke. A ce stade, c’est une logorrhée. Disons-le simplement, sur 850 pages il y en a 300 de trop. Avant l’apparition de Strange (vers la page 250), il ne passe pour ainsi dire quasiment rien. Bon d’accord, il se passe des choses et même des cruciales pour l’intrigue mais rien qu’y n’eut pu tenir en moins de, disons, 50 pages. L’auteure détaille très amplement le background, c’est indéniable et fort bien fait. Mais elle se perd dans des digressions certes folklorique mais n’apportant strictement rien à l’histoire. En fait, je suis a peu près certain qu’il y a au bas moins l’équivalent de 20 pages de notes de bas de pages. Parfois ces notes de bas de pages prennent une telle ampleur que le corps de texte principal en est réduit à une note de haut de page. Ca fait sourire au début mais à la 8 ou 9ème fois, ça lasse.
Si le lecteur s’est accroché, son courage est récompensé, parce que ces 300 pages passées, les choses sérieuses commencent et on ne décroche plus. En fait les 300 dernières pages défilent à la vitesse de l’éclair. C’est peu de dire que l’ouvrage est déséquilibré.
Ce qui est fort dommage car l’intrigue est bien menée et la magie franchement rigolote.
Je ne parlerai pas de chef d’œuvre comme le clame la quatrième de couverture (faut bien vendre le bouquin) mais je ne peux que vous conseiller cet ouvrage, si toutefois vous êtes courageux et persévérant.

Le livre existe aussi dans une version blanche nettement moins classieuse mais plus significative par rapport à l’histoire. Mais ça vous le comprendrez dans environ 800 pages.
 
Le Vampire de Ropraz
Écrit par Luphenz - 05-02-2008

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Le Vampire de Ropraz
de Jacques Chessex

Jacques Chessex est un écrivain des plus prolifiques. Né en 1934 en Suisse romande, il publie romans, nouvelles et recueils de poèmes avec une belle régularité depuis les années 50. Il a obtenu en 1973 le prix Goncourt avec l’Ogre.
Son dernier roman en date, le vampire de Ropraz, nous embarque dans un sombre récit de profanations de tombes en série, particulièrement atroces.
Le cadre est un étouffant petit village du Haut- Jorat vaudois esseulé, autant par les mœurs que par les intempéries, et à une époque où les déplacements ne sont pas encore très modernes (le début du XX ième siècle). On se croirait dans le dernier bastion du moyen âge, avec crasse, alcoolisme et incestes en prime.
Si l’histoire est vraie, elle permet à l’auteur de faire le portrait d’une société avide de sang et de se purger d’une culpabilité rampante en l’extériorisant sur le premier venu. Cela met en perspective que si la civilisation évolue, le cœur des sentiments premiers reste identique.
Derrière une certaine misanthropie, se cache un intérêt évident pour la compréhension de la nature humaine, notamment pour ses aspects les plus noires. L’ouvrage révèle plus que jamais « le surgissement de l’être », selon les termes de Chessex.
Les seuls personnages vraiment décrits sont le coupable désigné, le Dr Mahaim qui l’étudie et les trois victimes post mortem. « Anatomie d’une tragédie » aurait pu être un titre de ce roman, qui nous tient en haleine en nous dévoilant les rouages d’un engrenage infernal.
Les autres protagonistes sont à peine esquissés en quelques mots et se rapportent aux différents mouvements et sentiments de masse. On épie son voisin pour éviter de se regarder soi- même, on calomnie, on hait avec ardeur pour saigner ses propres frustrations. Car les crimes commis aussi ignobles soient- ils cachent à peine tous ceux qui resteront silencieux, au creux des masures sordides. J’aurais peut être aimé que les autres personnages soient un peu plus détaillés, pour rendre l’intrigue plus épaisse, mais c’est un choix de se concentrer sur ceux qui sont au cœur des problématiques de la culpabilité et la diffusion de la souffrance, deux pôles de l’œuvre.
Le style de Chessex est âpre et très agréable. Il manie le verbe avec une grande dextérité et il entrecroise habilement le couple eros/thanatos. Si le format fait plus penser à une longue nouvelle qu’à un roman -une bonne centaine de pages-, il s’agit bien des étapes intérieures et extérieures de la maturation d’un monstre tout trouvé. Le passage sur les rêves du « vampire »-chapitre X- est un des meilleurs à ce titre. Pour l’occasion, le narrateur devient le prisonnier…
On peut noter enfin que l’auteur ne s’aventure qu’aux frontières du fantastique, notamment avec les scènes où officie la visiteuse occulte de la prison. Cela renforce une ambiance ambiguë que tous les amateurs de Bram Stoker ou Mary Shelley ne pourront qu’apprécier…

 
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