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L'âge de la déraison
Écrit par Seth Gecko - 01-09-2008

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L'âge de la déraison

Vous commencez à me connaître: je n'y vais pas avec le dos de la cuillère dans mes chroniques. Quand j'aime: j'adore; quand ça me plaît pas: c'est nul à chier. On va pas s'emmerder avec les étiquettes et les peut-être.
Alors là, ouvrez grand le tiroir chef d'oeuvre. Je vous ai confié il y a peu être en pleine cure d'uchronie. En la matière, Greg Keyes, lui non plus, n'y va pas avec le dos de la cuillère et l'auteur de dynamiter toute l'Histoire du XVIIème siècle européen.

L'âge de déraison, pavé découpé en quatre tomes, est un Tétris de magie, d'alchimie, d'Apocalypse, de têtes couronnées. On y suit Louis XIV mais surtout le binôme Benjamin Franklin, en mode jeune aventurier, et Isaac Newton, en savant mystique et mystérieux. Quelle aventure passionnante! Keyes, en bon alchimiste, réussit le périlleux et savant mélange de l'uchronie, à savoir ne pas verser dans l'érudition gratuite et l'explication de texte historico-historicienne. Keyes, qui s'est fait la plume à l'école de l'héroic-fantasy, arbore ici les sentiers de la SF immergé dans un cadre historique précis tout en gardant la dimension magique et mystique de la fantasy pure. On nage en plein bonheur tellement ce mélange à du gôut et de la saveur au fur et à mesure de la lecture. Lorsque le chaos guette et que les mondes s'effrondent, on a l'impression de lire du Alan Moore. Les gentlemen extraordinaires au siècle d'or français.

Keyes joue sur les vieilles peurs des hommes et ne choisit pas son cadre et ses personnages au hasard: en optant pour des inventeurs, des découvreurs ou des visionnaires, Keyes place l'Homme au coeur d'un système instable qu'il ne maîtrise pas mais qu'il tente de dompter. Telle est la science périlleuse des alchimistes. Lorsque les certitudes s'effrondent, que reste-t'il? Quelle direction prendre? C'est avec un rare plaisir que Keyes vous prendra par la main pour vous dire au creux de l'oreille: n'importe où. Invitation ultime au voyage, l'uchronie de Keyes n'est pas réservée exclusivement aux érudits et amateurs d'Histoire, même s'il va de soi qu'on prend plus de plaisir à lire ce genre de romans avec un certain bagage culturel, nécessaire pour cerner les références, les différences, les clins d'oeil. Donc cet été: achetez un ou deux Que sais-je? puis lecture de L'âge de déraison.

 
Notre-Dame-aux-Écailles
Écrit par Winter - 01-09-2008
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Notre-Dame-aux-Écailles

Mélanie Fazi
Editions Bragelonne

Notre Dame Aux Ecailles est le second recueil de nouvelles de Mélanie Fazi après Serpentine, par ailleurs réédité pour l´occasion par Bragelonne. Ce nouveau volume est partiellement composé d´inédits (6 titres sur douze), le reste ayant été publié dans diverses anthologies
précédemment.
Je vous l´avoue franchement, je n´avais jusqu´ici prêté que peu d´attention à Mélanie Fazi malgré (ou à cause) des critiques dithyrambiques à son endroit. Trop occupé avec les auteurs anglo-saxons sans doute, que voulez-vous ...Et puis les étiquettes par trop accrocheuses ont tendances à me rebuter. La nouvelle princesse du fantastique dixit la quatrième de couverture. Sacrées éditeurs, ils ne savent jamais où s´arrêter. Bien mal m´en a pris car ces nouvelles révèlent un sacré talent de conteuse.
Mélanie Fazi écrit à la troisième personne. Nécessairement, une grande d’elle-même transparaît dans ses personnages narrateurs, le plus souvent féminins. L’immersion du lecteur est d’autant plus grande. On pense parfois à Poppy Brite (Mardi Gras), aux univers enfantins et inquiétants de Gaiman et McKean (En forme de Dragon, Le train de nuit) ou encore à Lovecraft, rien de moins, avec les horrifiques contes que sont Le Nœud Cajun et encore plus le fabuleux Noces d’Ecumes, de très loin mon texte favori dans ce recueil. L’horreur y est palpable, sourde menace qui dévore l’âme, l’esprit et le corps, créature impie issue de quelque profondeur abritant les hordes chtoniennes. Mélanie Fazi alterne avec un bonheur certain la revisitation de thématiques fantastiques classiques avec des idées absolument géniales. Villa Rosalie démontre à son tour le talent de l’auteur qui se plie avec brio à l’exercice, ô combien casse-gueule, de la maison hantée avec un récit attachant et subtil. Même chose avec Langage de la peau où le thème classique de la transformation est abordé avec une grande originalité. Classiques sur le fond mais diablement novateurs dans la forme. Ce qui l’est moins c’est de faire l’amour avec un fleuve comme dans La Danse au bord du Fleuve. Quand au texte éponyme, Notre Dame aux Ecailles, difficile de le résumer sans l’écorner par de grossières comparaisons. Contentons-nous de dire qu’évoquer la maladie n’est jamais un exercice aisé et que l’auteur y parvient avec une pudeur et une sincérité touchante.
Si tout ces textes ne sont pas tous des chefs d´œuvre (La cité travestie, de loin le texte le plus faible du recueil), chacun recèle une atmosphère d´une grande délicatesse, empreinte de féminité, de douceur et de cruauté. En un mot : superbe.

 
Légende
Écrit par Seth Gecko - 07-07-2008

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Légende
David Gemmell

Conan à Fort Alamo. On appelle ça un pitch en fait. Avec ça, on peut résumer l'histoire d'un film, d'un livre ou d'une série tv à un parfait inculte, comme à un connaisseur, comme un ouragan. Légende du sieur Gemmell est donc un hommage tant à Conan dans sa dimension héroique désespérée tendance ultime bataille, chute des empires, jour de gloire et tout et tout. On pense aussi beaucoup à toute cette longue tradition mythico-littéraire-pop du seul contre tous ou du un contre cent: des Thermopyles à Ogami Itto, de Fort Alamo à Bruce Lee, du gouffre de Helm à Luis Aragones. Il y a toujours eu une poignée contre des millions. Et à la fin, une victoire inespérée, un miracle ou une débâcle glorieuse.

Remercions au passage les éditions Bragelonne qui se lancent enfin dans le livre de poche, sous le label Milady. Fini donc de se démettre une épaule en bouquinant des pavés qui font 500 pages. Belle initiative qui met l'eau à la bouche mais le porte-monnaie en berne vue l'ampleur du catalogue à paraître.

Que dire donc de ce Légende à l'aura quasi légendaire (kamoulox) dans le milieu de l'héroic-fantasy. Soyons clair, Gemmell n'invente rien avec son conflit Drenais-Nadirs et son personnage de Druss. On baigne en pleine fantasy à consonnance nordique avec berserks et barbares, haches de bataille et voleurs dans des forêts enneigées. Oui, mais voilà, Gemmell écrit avec une authenticité et une sincérité qui fendent les boucliers des plus résistants d'entre nous.

Druss, Rek et les autres sont pris et décrits par Gemmell à des tournants de leur destin et c'est ce qui fait la vraie force de ce récit: le côté irrémédiable de l'Histoire et de sa mise en avant, qui ébranle les nations et broie les hommes au passage. Légende se lit comme un récit de héros légendaires et mythologiques, comme on lit l'Iliade. Gemmell parle au coeur comme à l'âme en jouant sur la corde du patriotisme, de l'amour, du barroud d'honneur. Gemmell parle avec facilité d'espoir et de lutte. Il ne faut pas voir là un discours simpliste mais plutôt la pureté de l'épuré, de l'épique, du théatral parce que lire doit avant tout être un plaisir qui permet d'ouvrir en grand les portes de l'imaginaire.

 
Dexter in the Dark
Écrit par claypooles - 07-07-2008

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Dexter in the Dark
Jeff Lindsay

Un Mariage?!? Que diable peut-il bien se passer dans la tête de ce pauvre Dexter Morgan ? Le tueur justicier implacable que l’on connaît deviendrait-il humain ? Bien sûr que non voyons, il ne fait qu’améliorer sa couverture, qui tend à se faire parfaite. Comment en effet un spécialiste des tâches de sang de la police scientifique de Miami, fils d’un policier respecté et respectable de la cité floridienne, beau gosse intelligent et drôle, beau-père de deux jeunes enfants et futur jeune marié de surcroît, pourrait-il avoir à se reprocher quoique ce soit ? A plus forte raison si le quoique ce soit en question correspond à une quarantaine de dépeçages en règle perpétrés sur des personnes majoritairement perçues comme au dessus de tout soupçon ! Non vraiment, aucun doute, cette union n’est qu’un moyen supplémentaire (digne d’un espion de la CIA, certes) pour Dexter de passer pour quelqu’un de parfaitement normal.
Ceci dit, évoquer l’apparition éventuelle de traits humains dans l’esprit de ce bon vieux Dex ne paraît plus aussi stupide quand on sait que ce dernier voit son Dark Passenger s’enfuir presque en rampant à la vue de deux corps carbonisés et particulièrement, dans tous les sens du terme, mutilés! Petite séance de rattrapage, le Dark Passenger est à la fois la voix intérieure de Dexter qui le guide dans ses virées meurtrières nocturnes comme dans ses enquêtes ou celles de sa sœur Deborah, ainsi que son instinct de tueur. Dexter utilise souvent la métaphore automobile pour expliquer le lien existant entre lui et ce « guide » : c’est lui qui conduit mais il suit les directives dictées par la voix glaciale de son passager, qui est installé sur la banquette arrière, et lorsqu’il s’agit d’aller trucider du vilain (car à chaque pleine lune Mister Morgan se fait tueur de tueur en série), les rôles s’inversent.

On va donc peut-être enfin en apprendre plus sur ce Dark Passenger si mystérieux, ses origines, son fonctionnement, la forme qu’il prend chez d’autres personnes, notamment Cody, le fils de la compagne de Dex etc. Pour ce dernier point il ne faut pas se plaindre, mais pour le reste hélas, mille fois hélas, toutes les questions soulevées au sujet du sombre passager n’aboutissent qu’à un méli-mélo d’embryons de réponses, se perdant dans une intrigue aussi confuse que l’esprit de ce brave Dexter à présent privé de son résident principal. L’histoire proposée pour ce troisième épisode des aventures écrites de Dexter Morgan est donc malheureusement relativement faiblarde et ne parvient jamais réellement à captiver le lecteur. La suite d’événements donnée à lire ici est on ne peut plus convenue, pour preuve, une des scènes clés est pratiquement un copier/coller d’une autre présente dans Indiana Jones et Le Temple Maudit !
Plus grave encore, la version littéraire du héros de Jeff Lindsay semble se voir peu à peu court-circuitée par son homologue télévisuelle, qui adopte des scénarios complètement différents, ce qui a pour conséquence qu’on ne sait plus quels personnages sont au courant de quoi, quelles infos appartiennent à la série télé et quelles autres aux bouquins… En bref une relecture des deux précédents tomes sera plus ou moins nécessaire, à moins de posséder une excellente mémoire, ainsi qu’un cloisonnement entre son identité de lecteur et celle de téléspectateur (va finir par nous rendre schizo ce personnage !).

Enorme point positif malgré tout, Linday est toujours aussi efficace pour distiller la répartie, la dérision (souvent tournée contre lui-même) et le détachement propres à son personnage, au travers d’une des voix narratives les plus intéressantes et drôles qu’on ait vue en littérature. Le tout pour un résultat décalé, incisif, où l’humour et le ridicule côtoient en permanence l’horreur la plus repoussante.

 
Ilium
Écrit par Seth Gecko - 30-05-2008

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Ilium 

La Guerre de Troie. Encore une fois. Oui mais voilà, quelle fois! Dan Simmons joue avec les mythes de l'Iliade et déploie tout son talent pour redimensionner la Mythologie et l'accorder avec les arcanes de la SF. La Guerre de Troie a bien eu lieu... mais sur Mars.
On croule sous les références, les clins d'oeil, les uchronies, la culture protéiforme. La Guerre de Troie se déroule dans un futur incertain où se mêlent humanoides, hommes et dieux. Homère ouvrait son récit par les vers suivants:

"Chante, ô déesse, le courroux du Péléide Achille,
Courroux fatal qui causa mille maux aux Achéens
Et fit descendre chez Hadès tant d'âmes valeureuses
De héros, dont les corps servirent de pâture aux chiens
Et aux oiseaux sans nombre : ainsi Zeus l'avait-il voulu."

Simmons joue avec les mots et les lexiques et parvient à retranscrire le même souffle de l'oralité. Il multiplie les challenges, créant de nouvelles races, singeant Shakespeare et tissant des intrigues dignes des grandes tragédies historico-mythologiques. Simmons s'étale, invente, surjoue, développe, détaille, alambique.

C'est de la SF de haut vol parce que l'humain est au coeur du système, qu'il est trituré, brisé, mis en porte-à-faux avec sa destinée (Guy Marchand Rules). Le temps s'écoule et s'accèlere. Et surtout, le divin, l'incontrôlé et l'incontrôlable entité, s'en mêle. Comme chez Clarke, comme chez Wells. A tout cela, Simmons ajoute un humour un peu second degré et sarcastique, joue avec des codes et des figures littéraires. Les jeux de miroir s'organisent autour de l'Iliade, bien sûr, mais aussi autour d'Hyperion, précédent don de Simmons à la littérature SF.

Pour prolonger le plaisir, une suite a été publié en 2006. Elle se nomme Olympos. Hector et Achille, usés par la longueur du conflit, décident de s'allier et de couper les fils qui font d'eux des marionnettes manipulées par les dieux. Le siège sera déplacé sur le mont Olympos, forteresse des dieux.

 
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