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Écrit par Milady Renoir
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02-11-2007
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L'Enfer De La Différence Londres à la fin du 19ème siècle. La ville est sombre, le fog épais comme la peste. Cité dangereuse grouillant de personnages intrigants, angoissants parfois. Jack l'Eventreur sillonne la ville (peut-être encore vu qu'il n'a jamais été harponné). L'industrialisation massive des villes entraîne la propagation de maladies pandémiques telles que le choléra (pollution de l'eau) et la tuberculose (taudis insalubres surpeuplés). Fiction et réalité se mélangent, la foule adule un Sherlock Holmes imaginaire ou une reine Victoria omnisciente, ou encore un Joseph Merrick qui porte le lourd et odieux sobriquet d'Elephant Man. Lui-même crut que sa maladie est arrivée par la terreur que sa mère a eu en se faisant presque écraser par un éléphant pendant une fête foraine. Sa vie, son exemple montrent la cruauté que les hommes peuvent avoir entre eux face à la différence. Joseph Merrick était différent, mais en apparence seulement ... Le cas de Joseph Merrick n'est pas un mythe ; l'histoire de sa vie et la description de sa maladie illustrent ses souffrances physiques et psychologiques. « Joseph Merrick, surnommé plus tard Elephant Man, naît à Leicester le 5 août 1862. D'apparence tout à fait normale à la naissance, il développe à l'âge de deux ans une première protubérance à la lèvre supérieure, dessinant ainsi l'ébauche d'une trompe d'éléphant. Sa mère incrimine la frayeur qu'un éléphant échappé d'un cirque lui avait provoquée lors de sa grossesse. En 1873, alors qu'il n'a que 11 ans, la mère de Joseph décède, le privant de la seule personne l'ayant vraiment aimé. Peu de temps après, sa belle-mère, son père et ses frères le rejettent. Il se livre alors à quelques travaux - comme colporteur - qu'il ne peut garder très longtemps, probablement à cause de son aspect physique. Sa famille exigeant un cota minimum, il lui arrivait d'être affamé. Il décide alors de quitter les siens. Il entre à l'hospice des pauvres en 1880 pour y rester pendant 4 ans. Désirant son indépendance financière, il finit par fuir cet établissement trop strict. Il contacte donc un gérant de Freak Show pour s'exhiber en tant que « monstre » sous le sobriquet de « Elephant Man ». Par chance pour Joseph Merrick, le Freak Show est installé en face de l'Hôpital de Londres où travaillait Frederick Treves (titulaire de la chaire de chirurgie), ce dernier remarque Joseph et le présente à la Société de Pathologie de Londres. A la fin du 19ème siècle, les Freak Show sont censurés à Londres. Elephant Man part alors sur le continent où son impresario l'abandonne à Bruxelles après lui avoir volé ses économies. Il réussit à rejoindre Londres par des chemins semés d'embûches et de rejet de sa personne difforme. A bout de force, il est conduit au Dr Treves qui prend dès cet instant l'Homme-Elephant sous sa protection. Il lui attribue une chambre individuelle à l'Hôpital et il parvient à recueillir des fonds privés - grâce à une annonce dans le Times - afin de pouvoir donner le statut de résident permanent à son protégé. Sa popularité est croissante et de nombreuses personnalités dont le futur roi Edouard VII ainsi que l'actrice, Madame Kendal, vont lui rendre visite. Cette histoire tumultueuse prend fin le 11 avril 1890. Joseph Merrick a toujours rêvé pouvoir dormir comme les autres, et le soir du 10 avril, il se couche sur le dos pour ne plus jamais se relever, sa tête trop lourde ayant comprimé sa trachée. D'un point de vue pathologique, le Dr Crocker, après étude en 1888 des différents symptômes, rapproche la maladie des fibromes, sans faire le lien avec la neurofibromatose décrite par Friedrich von Recklinghausen en 1882. Ce lien sera fait en 1909 par le Dr F.P Weber. En 1984, H.R. Wiedemann décrit un nouveau syndrome qu'il nomme « syndrome de Protée » en raison de la grande variabilité de la symptomatologie (Protée étant le dieu grec aux multiples apparences). Deux ans plus tard, le cas de Joseph Merrick sera rapproché de cette maladie. » L'exposition « L'enfer de la différence » retrace d'abord le fantasme londonien des étrangetés, d'une cour des miracles fabuleuse, poisseuse. Une collection de «monstres» donne cours à toutes sortes de fantasmagories. Les sculptures macabres et drôles de Frederick Ruysch jonchent une pièce capiteuse où se mêlent décorations, momies Incas, anatomies déficientes, et mise en scène sépulcrales (collection de spécimens rachetée par Pierre Le Grand, Tsar de Russie). Des frères siamois, des janiceps, des acéphales, des paracéphales, des poules à 3 pattes, des cochons à 2 corps, des êtres cornus, des sirènes harpies, les mythes se mélangent au réel, les monstres sont parmi nous. Puis, c'est au tour de ceux que l'on définit de monstres mais qui sont d'abord des humaines, puis ce qu'on peut nommer des anomalies humaines, comme tout le monde, justement. Joseph Merrick, injustement (re)nommé John Merrick (le médecin n'avait pas compris son nom à cause de la déformation de la bouche de Joseph), coupé de son identité, de sa dignité, est un exemple frappant à cause de ses difformités extraordinaires mais surtout grâce au fait que sa vie n'a pas fait de lui un homme amer, aigri par le regard virulent de ses contemporains. D'abord considéré par les montreurs de foire puis par les médecins comme un idiot congénital, c'est un homme sensible, ouvert au monde, meurtri par le rejet qui deviendra également, malgré lui, le favori de la Reine Victoria et d'autres membres de la cour. La vie de Joseph Merrick a été adaptée dans deux films (et un opéra) malheureusement appelés Elephant Man, comme pour perpétuer la malédiction de cet homme délicat et terriblement courageux, qui tira quelques consolations du monde dans l'écriture, la littérature et le maquettisme (avec une dextérité à faire pâlir une pieuvre !). Enfin, retiré dans un institut pour aveugles afin que les infirmières et autres patients ne soient pas effrayés, il mourra en réalisant son rêve ultime (avant un autre tout aussi douloureux qui était celui de pouvoir sourire): dormir comme tout le monde, sans être recroquevillé sur une chaise. Il mourra dans son sommeil, la trachée déchirée. L'exposition outrancière de l'anomalie, la différence crée l'enfer pour celui qui subit la différence, les monstres satyriques, les monstres à doubles têtes (symboles doubles), les hermaphrodites (pourtant nombreux dans la flore), les androgynes, les enfants sauvages, puis bien sûr les clans sociaux alternatifs, les femmes sont des catégories évolutives de minorités fustigées, blâmées pour des maux sans origine connue... que ce soit d'une intervention divine ou d'une malformation utérine, d'une symbolique divergente ou d'une catégorie affaiblie, ces êtres naturels, considérés comme prodiges dans des temps plus mystiques, ces « monstres » portent souvent les stigmates des angoisses humaines. Le XIXème siècle a ouvert les portes à leur étalage, le FREAK SHOW, qui a permis à certains d'entre eux de gagner de l'argent pour survivre mais à tant d'autres d'êtres considérés comme des phénomènes, des curiosités malléables, de vivre dans la haine et la crainte de ceux qui observent, ces humains ont été les porteurs des angoisses communautaires. Des dissections biologiques et philosophiques ont malheureusement été perpétuées à tous les âges du monde. Durant ces expositions au XIXème siècle, les tâches quotidiennes qu'on affublait aux FREAKS, face à l'audience regardeuse, était de répercuter des gestes normaux (un manchot ou un torso doit allumer une cigarette, des frères siamois dansent avec un partenaire « normal ») afin de prouver leur volonté d'appartenir au corps social, de faire partie du même monde. Evidemment, afin d'attiser la crainte, les rumeurs d'instabilité mentale et de violence primitive (rapport direct au monde animal) étaient amplifiées afin d'augmenter la notion de spectacle, comme dans un cirque. Les personnes avec un handicap ou une difformité ont alors été reléguées au bord de notre société afin de sécuriser les foyers des bonnes gens. (Deux exemples dans la littérature : Lenny Small dans « Des souris et des hommes » de John Steinbeck et Quasimodo dans « le bossu de Notre Dame » de Victor Hugo) L'inconfort viscéral est le parfait indicatif du tabou associé à la mutation. La norme sociale dérive selon les croyances et les connaissances, aujourd'hui une femme bodybuildée redessine les limites de l'esthétique « commune » et propose une menace de la notion d'identité de genre. La condamnation sociale a donc perpétué l'isolement et la crainte de ceux qui naissent ou grandissent dans un cadre esthétique, physique différent. Les stigmates se reconnaissent au XIXème siècle avec l'épilepsie et l'hystérie selon Charcot, ou encore, plus récemment, avec le SIDA. L'exposition, située symboliquement au musée de la Médecine universitaire, retrace honorablement, avec intelligence, le parcours d'un homme exceptionnel. Elle est illustrée d'œuvres de David P., le célèbre galeriste artiste de Bruxelles qui possède la Galerie d'Enfer (à visiter la nuit, évidemment !). Malheureusement, des spectacles, quelques films maladroits sur la personnalité de Joseph Merrick et des aventures malencontreuses d'un possible rachat par Michael Jackson du squelette de J.Merrick ne laissent pas reposer en paix celui qui énoncera dans sa courte autobiographie que ce ne sont pas les expositions et les foires qui l'ont le plus blessé, mais bien la vie réelle, celle dans laquelle il n'a jamais pu être un parmi les autres. "This true my form is something odd, But blaming me is blaming God; Could I create myself a new I would not fail in pleasing you. If I could reach from pole to pole Or grasp the ocean with a span, I would be measured by the soul; The mind's the standard of the man." Poème cité à plusieurs reprises par Joseph Merrick. " Was I so tall, Could reach the pole, Or grasp the ocean with a span; I would be measured by the soul, The mind's the standard of the man." Poème qui clôt son autobiographie. Exposition Elephant Man - L'enfer de la différence Quand ? Du 15 septembre au 30 décembre 2006 Où ? Au Musée de la Médecine de Bruxelles Campus Erasme Route de Lennik 808 1070 Bruxelles D'après une idée originale du Musée d'Art Fantastique Expo qui vise à humaniser les anomalies physiques au travers du prisme de John Merrick alias Elephant Man. Plusieurs appendices difformes vous transforment en " monstre". La laideur, cette notion subjective, y est découpée au bistouri pour une expo très humaine et déstabilisante. Lien. Site de référence sur les anomalies physiques : Ici. |
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Zarathoustra Variations, Cie Ariadone & Carlotta Ikeda |
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Écrit par Milady Renoir
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02-11-2007
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Zarathoustra Variations, Cie Ariadone & Carlotta Ikeda de Ko Murobushi et Carlotta Ikeda @ Theatre140 de BXL du 6 au 9 décembre 06 D'abord, il faut regarder, ressentir, respirer : Vidéo extraite du spectacle. Il y a deux ans, accompagnée du groupe bordelais SPINA qui électrise les tympans, un sacré coup dans le ventre à chaque montée hallucinatoire, Carlotta Ikeda m'avait déjà euphorisée, déculpabilisée du monde. J'avais été choquée comme lors d'un accouchement, d'un choc thermique, d'une arrivée dans un pays nouveau... Lien. Samedi soir, nous étions quelques élus embourbés, surélevés au centre d'un soleil levant de cuivre. Les Variations de Zarathoustra façon buto-. La reine Carlotta Ikeda a des choses à nous dire du haut de ses soixante ans, rien qu'en bougeant imperceptiblement, sa liberté fébrile de mouvement est une leçon, pour qui assimile le mouvement comme un acte de création. Le décor se plante dans nos corps. Des sabliers géants règlent un temps universel. Des femmes-forêts, des femmes-chevelures courent sur des dunes de volutes blanches. Des harpies, des chimères, des nymphes, elles sont violentes et se violentent. Il faut perdre pied pour croquer dans ces corps fantomatiques. L'attirance de cette danse des ténèbres nous happe, l'hypnotisme est géant dans la plus petite allusion jusqu'à la grandiloquente évidence. La bestialité des danseuses nous fait fuir et nous attise en même temps. L'éther de leurs vies surplombe la scène. La sensualité primaire, comme dans une guerre de feux, crée un contact de braises avec les voyeurs assis. La métaphore des corps-objets, des âmes-sujettes est puissante. Chacun trouve une image qu'il agrandit, superpose avec son histoire. Nous, hères d'un univers meurtri, survivants des mythes d'antan, nous sommes les rejets d'une histoire qui nous dépasse. Victimes et bourreaux d'un idéal invisible, nous nous réjouissons parfois d'une présence divine, totémique tout en nous mangeant les uns les autres. Les danseuses sont des meurtrières, des précieuses ridicules et assassines, symboles de nos angoisses, de nos allégories déchues. Grâce au buto-, le Japon reste un mythe pour ceux qui l'ont détruit mais devient une périlleuse réalité pour ceux qui y survivent. " L'œuvre de Nietzsche - Zarathoustra - est un point ou un corps suspendu entre l'Orient et l'Occident... Nous sommes Zarathoustra. Je dis plus précisément : nous sommes le contraire de l'œuvre de Zarathoustra, un Zarathoustra pervers : alors que Nietzsche pense ce point de l'Occident vers l'Orient, nous, nous le jetons depuis l'Orient." (1) Les tableaux, vivants ou morts se sont enchaînés devant nos yeux ébahis, clos et grand ouverts ... Tableau 1 : LE PALAIS DE REVE : Un léger voile...Limite sensible entre la vie et la mort, au fond se profile un plan incliné...Dionysos, pont dangereux du corps. Le léger voile, le plan incliné. Cloué là, le corps nu d'une femme. Ariane... Tableau 2 : LES FERS DE PARAPLUIE : Les cloches du temps s'agitent, se dérèglent. Soudain dans ce chaos, à travers la déchirure apparaît la réjouissance de la terreur et du comique. Tableau 3 : LA FORET DE LA FORGE : Dans la forêt des mythologies et des contes, il y avait des assemblées de magiciens qui pouvaient manier en toute liberté le feu. Souvent estropiés, ils avaient accès au monde des morts et au monde des démons. Par alchimie qui transforme en les fondant, les métaux, la forêt de Zarathoustra est transposée dans la forêt japonaise. Tableau 4 : LA SERVANTE RITUELLE/LA BETE : Vois !...La force magique qui descendit dans la forêt japonaise... Quelle est cette puissance qui appelle, éveille Dionysos, si ce n'est la force de la prêtresse séquestrée ? Tableau 5 : LA SAISON DES SORCIERES : D'abord, quelques innocences sont là. Elles dansent, possédées par Dionysos puis rient à gorge déployée... Tableau 6 : SILS MARIA : Ariane, abandonnée par Thésée, se lance dans le vide. Se jetant à l'eau, elle rencontre Dionysos. En risquant la mort, voici l'autre amour ! La légende japonaise de la reine OTOTACHIBANA est identique. Tableau 7 : LOTUS-SERPENT : Les danseuses prennent la forme du serpent, symbole du cercle et du lotus, symbole du devenir Mort/Résurrection. Tableau 8 : SPHINX FINAL : La danse se poursuit, toujours en cours. Nous sommes la douleur qui revient. Le sel tombe de la mer renversée. Le sel blanc, assèchement de l'âme et de la puissance qui métamorphose. « (2) Au début des années 80, Carlotta IKEDA et Ko MUROBUSHI, fondateurs de la compagnie ARIADONE, ont fait connaître leur lecture du Buto en Europe avec le spectacle "ZARATHOUSTRA". Cette oeuvre a marqué les esprits par l'énergie et la violence qu'elle dégageait. La danse contemporaine occidentale découvrait là un autre langage chorégraphique. Une question se pose : le Buto est-il un mouvement artistique fixé dans une époque ou un état d'esprit, un souffle, une énergie qu'il est possible de transmettre au-delà de la génération qui l'a fait naître ? Re-créer ZARATHOUSTRA, aujourd'hui, vingt après, c'est prendre le risque de répondre. La piste de travail initiale consiste a s'inspirer de la mémoire du spectacle (laissée dans les corps, dans les esprits, dans les bandes musicales, dans les images fixées sur vidéo ou sur photo) et de réécrire une oeuvre avec de nouvelles danseuses, avec la matière offerte par les identités de chacune. L'intérêt et l'essence de cette réécriture ne sont pas dans ce simple effort de mémoire mais dans leur capacité à nourrir l'énergie du présent. Il s'agira de transmettre cette danse in extenso, de retrouver l'engagement des corps et de vérifier l'actualité du propos. Sans s'abandonner à la nostalgie, il s'agira aussi d'en explorer les ambiguïtés. À l'égard du buto-, Carlotta Ikeda se place dans une position particulière. Sur le plan historique, elle s'inscrit incontestablement dans cette tradition : elle rejoint le groupe « Dairakuda-kan » en 1974, puis fonde la compagnie Ariadone avec Kô Murobushi. La spécificité d'Ariadone est d'être exclusivement composée d'interprètes féminines : Ikeda explique ce choix, par la perte de liberté que génère, selon elle, le rapport scénique au corps masculin.» « (3)Le buto- (??) est une forme de danse contemporaine japonaise, née après la catastrophe d' Hiroshima. Buto- vient du mot bu qui signifie danser, et to- qui signifie taper au sol. Souvent très lente, cette « danse des ténèbres » a été créée d'abord en réaction à l'occidentalisation du Japon, inspirée entre autre par l'expressionnisme allemand, l'Après-midi d'un faune interprété par Nijinsky, par la littérature des « maudits d'Occident », Artaud, Lautréamont, Bataille, Genet, etc., également d'une réaction à une tradition sclérosante des arts vivants japonais mais dans la lignée du nô (lenteur, envoûtement, minimalisme, poésie, même extrême...). La bombe d'Hiroshima fut un coup de butoir pour se remémorer la douleur ou pour tenter de répondre à la question : « comment peut-on encore danser après l'horreur d'Hiroshima ? » En général cette danse est faite par des hommes et des femmes quasi nus et souvent peints de blanc (le blanc et le crâne rasé furent amené par la troupe des Dairakudakan). La « naissance » du buto- date d'un spectacle de Tatsumi Hijikata en 1959, intitulé Kinjiki et qui fit grand scandale, il fut même assimilé au japon à un spectacle pornographique. Hijikata s'associa ensuite à Kazuo O-no, et la première femme danseuse de buto- fut Tomiko Takai au cours des années 1960. La rencontre par les danseurs japonais de l'Expressionnisme allemand fut en effet un choc, mais ce fut surtout par rapport aux contraintes de leur propre culture et de leurs moyens d'expression. La possibilité par eux entrevue de laisser libre cours à un mode d'expression totalement affranchi des conventions et des symboliques extrêmement élaborées de leur pays laissa un champ immense à parcourir. L'histoire d'Hiroshima n'est que contingente à cette dynamique. Le fait est qu'en 1945 beaucoup d'artistes japonais se posèrent la question ce que signifie toute représentation esthétique dans la culture japonaise maintenant (après la capitulation sans condition et après Hiroshima et Nagasaki). L'exploration des continents inédits entrevus par l'émergence de la danse contemporaine en Allemagne, disons entre le cabaret et Mary Wigman, les amena progressivement à parcourir le champ libre du corps comme matérialité. Ce qui suscita rejet, voire dégoût, dans la culture nippone de l'époque. Par contre en Europe, l'aspect auto référent ou parodique de la scène occidentale passa complètement inaperçu et suscita une véritable fascination pour cette danse de l'extrême et de l'exacerbation totale. Maintenant trois générations de buto- se sont succédées... Seule Tomiko Takai continue la voie des premiers explorateurs avec une grâce et un talent particulièrement exceptionnels. La seconde génération, ceux qui sont nés entre 1943 et 1947, compte nombre de danseurs prestigieux parmi lesquels Carlotta Ikeda (Cie Ariadone), Masaki Iwana, Amagatsu et Toru Iwashita (du groupe Sankai Juku). La troisième (les années 1950) : Atsuschi Takenutchi, Maki Watanabe...et des danseurs émergents qui sont bien plus jeunes. A l'heure actuelle, on peut considérer que la question du buto- ne se pose plus contre la tradition. Il existe seulement une danse contemporaine japonaise d'inspiration buto-. Quant à la problématique des danseurs occidentaux qui revendiquent l'appartenance buto-" c'est une question d'« auto-certification ». Jusqu'où en effet est-il possible de partager et de vivre une autre culture ? La question s'est déjà posée par rapport au zen... » Un orgasme frétille encore, une pulsion exponentielle ravivant mon antre, de l'âme au vagin, du sein au coeur. Les sons des corps blancs, les rythmes des âmes noirs, les mythes au milieu, je suis entrée dans une contrée nucléaire, avec une volonté de feu. Des mercis en grains de sable pour le 140, Carlotta Ikeda, Spina et les danseuses chimériques. *Site de la Compagnie Ariadone : www.ariadone.fr *Article sur Carlotta Ikeda : Ici. *SU-EN: "SU-EN Butoh Company.net" : www.suenbutohcompany.net *Itto Morita & Mika Takeuchi: "Butoh/Itto" : Ici. *Kazuo Ohno:"Kazuo Ohno Dance Studio" : www.kazuoohnodancestudio.com *Yoshito Ohno: Biography : Ici. *Hiroko and Koichi Tamano: "Harupin-Ha" : www.harupin-ha.org (1) Citation de Ko Morobushi (2) Extrait d'une interview de Carlotta Ikeda (3) Lien. |
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Écrit par oR.hal
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02-11-2007
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Childrin R Skary de Katy Towell Découverte au hasard de la toile, je suis tombée sur le site de Katy Towell : "Childrin R Skary". Cette créatrice écrit, dessine et anime son petit monde sombre. Du gris, du noir, du rouge et un peu de blanc pour laisser respirer le tout, ses petits personnages sont attendrissants, faussement candides ou doucement effrayants. Chacune de ses saynètes possède son charme gothique. Ce petit théâtre d'Halloween est épuré, les formes sont simples, les histoires cruellement mignonnes. Katy Towell s'inspire de contes populaires, de mythologie et de légendes pour les réinventer et les passer sous sa lugubre lentille. Elle prend un malin plaisir à faire des enfants qu'elle dessine des tyrans à jupons, des tueurs aux dents de lait, des créatures de cauchemar au regard innocent. L'humour noir qu'elle glisse dans ses animations ne manquera pas de vous faire sourire, un peu à la manière des sketchs des Happy Tree Friends, pour les connaisseurs et collectionneurs de court-métrages animés. Katy Towell s'est récemment illustrée en réalisant le nouveau clip du groupe Moonspell, "Luna", que l'on peut directement visionner sur le site du groupe portugais de Gothic Metal. Ah ! Que les ténèbres sont belles, lorsqu'elles sont accompagnées de poésie. Rendez-vous sur : www.skary.net |
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Écrit par Milady Renoir
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02-11-2007
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Michael Magerat Interview - Qui est Michael Magerat ? J'ai 34 ans. 20 ans passés à la campagne, avec tout ce que cela implique dans la relation à la terre, au vivant, à la religion catholique (j'ai été enfant de chœur). Assistant social de formation, je travaille actuellement à l'accompagnement social des personnes prostituées. Cela n'a pas d'influence directe sur mon travail artistique, bien que des questions liées à l'identité sexuelle (travestisme, transsexualisme, la question du genre) transparaissent dans certaines réalisations. En 1998, je commence à ramasser des animaux morts, instinctivement. Les reliques ne sont pas loin. Il y a trois ans, j'ai entamé des formations relatives aux thérapies par le toucher (réflexologie plantaire, massage, etc.). Une autre approche du corps. - Reliquiae vs. Rude Chaos, première expo ? J'ai participé en 2004 à une exposition collective dans un ancien charbonnage liégeois. J'ai co-réalisé et participé à quelques performances. Celle d'Hermann Nitsch au Burgtheater de Vienne en 2005 est l'une des plus marquantes. Là, au Salon Mommen, c'est ma première exposition personnelle. - Une explication pour le titre de l'expo ? L'exposition sera la mise en vis-à-vis de deux mouvements. Le corps naissant et le corps en voie de dislocation. Ce qui n'est pas encore et ce qui a été. Le Rude Chaos est inspirée de la matière primitive telle qu'elle est décrite par Ovide dans les Métamorphoses : « ce n'était qu'une masse informe et confuse, rien qu'un bloc inerte, un entassement d'éléments mal unis et discordants ». J'ai tenté de matérialiser cela. - Reliquiae, œuvres de vie ou de mort ? Les deux ! Mes proches me taxent souvent de «morbide ». Je ne suis pas d'accord. Par le massage, je manipule autant de corps vivants que de corps morts par la thanatopraxie. Je tiens à ce que cela soit évident dans mon installation. - La présentation des animaux rappelle un début d'un autre siècle, dans un laboratoire ou dans un salon précieux... A quelle époque peut-on placer tes œuvres ? (date ou ressenti) Peuvent-elles être marquées d'Art Contemporain ? Hmm, les XVème et XVIème siècles. C'est la grande époque du culte des reliques. Je considère mes Reliquiae plus comme des reliques sacrées que comme des curiosités. J'ai baigné dans une éducation catholique et il y a peu, je me suis découvert une fascination pour les reliques sacrées. Ces dernières sont souvent constituées de vestiges organiques de corps humains : ossements, dents, textiles, vêtements souillés ... Elles sont aussi liées au martyr d'un corps: morceaux de croix, clous, etc. Ces objets sont directement reliés à l'abject, à la douleur, à la mort et telles quelles, ces matières intouchables suscite le dégoût : elles sont enfouies, brûlées, dispersées, oubliées. Dans le contexte religieux, ces objets passent du rebut au tabernacle. Créées afin d'entretenir la foi des fidèles, ces reliques suscitent la fascination, la divination, les incantations, l'extase. Plutôt que d'opposer ces deux états, je les considère d'une même essence. Pour moi, le sacré plonge ses racines dans le déchu : l'indécent, le rebutant, l'abîmé sont pour moi les conditions du sacré, leur principe commun étant la fascination, inavouable d'une part, suscitée et encouragée d'autre part. Par mes Reliquiae, je tente d'approcher, à ces caractéristiques, apparemment inconciliables, de la matière organique en voie de décomposition. Par rapport à l'Art Contemporain, j'ai un peu de mal à les considérer comme des créations artistiques. L'idée qu'elles soient vues dans une exposition ne me satisfait pas tout à fait. - Le lieu d'exposition est/devient-il important quand on veut exposer ? Si oui, que représentent les Ateliers Mommen pour toi ? L'Exposition me pose un problème. J'ai l'impression que dans ce contexte où l'on vient uniquement pour voir, les objets sont « déjà morts ». J'imagine bien les Reliquiae dans une chapelle, sans que cela soit annoncé. Pour moi, elles suscitent la méditation ... Pour cette expo, je souhaitais rencontrer des personnes suffisamment ouvertes pour accueillir des créations pas nécessairement faciles à aborder. Les Ateliers Mommen - rencontrés par hasard - se sont d'emblée intéressés à ma démarche. Aussi, la disposition des lieux qui m'a imposé la version finale de l'installation. Je soutiens évidement leur projet, bien que cela n'aie en aucun cas guider mon choix. - Y a-t-il des surprises pour le vernissage ? Oui ! Je parle beaucoup des Reliquiae, mais très peu du reste. La mise en scène de la materiæ prima est une autre partie de mon travail. - Tes techniques pour assainir les animaux sont-elles des recettes secrètes ? Comment ont-elles évolué ? As-tu eu des ratés ? J'ai commencé à travailler la matière organique vers 10 ans. Je tannais des peaux. J'ai travaillé sur mon hamster Zébulon. Je souhaitais en garder une trace et pour moi, il était hors de question de l'enterrer ! Il existe toujours et je le montre à quelques visiteurs privilégiés ... Pendant 20 ans, il ne s'est plus rien passé. Je me suis intéressé à la taxidermie, à la vie du corps de l'animal, vivant, mort, puis au-delà, à la thanatomorphose (c'est l'ensemble des modifications morphologiques extérieures que la mort détermine dans l'aspect des éléments cellulaires et des organismes). J'ai récolté des dépouilles, dans mon surgélateur, sans but précis. Parallèlement, je me suis intéressé à la thanatopraxie et particulièrement aux momies. Certaines photographies de Dado d'animaux momifiés naturellement ont été pour moi un déclic : dans certaines conditions, un corps peu simplement se dessécher sans se décomposer. C'est la base de la technique égyptienne. Mes techniques ne sont pas secrètes, mais je préfère ne pas en parler. Le croque- mort n'explique pas à la famille comment la toilette s'est déroulée... il entre en costume dans la chambre funéraire, il en ressort en costume. Entre temps, il a porté un tablier et des gants, mais il n'en dira rien... Ma pratique résulte d'expériences que j'ai pratiquées durant quelques années. Et ça a été tout de suite une réussite. Il n'y a jamais de perte : ce qui m'intéresse, ce sont les corps dans tous leurs états et dans ce sens, ils sont tous beaux, il ne peut pas y avoir de ratés. - Où trouves-tu ta matière de travail ? La plupart sont accidentés de la route. Des amis me confient aussi leurs animaux domestiques décédés. Certains expliquent à leurs enfants qu'un monsieur s'occupe des animaux morts et viendra chercher pinpin le lapin ... - Question Allain Bougrain-Dubourg : As-tu eu des commentaires de la WWF ? ( ;-) Pas encore. En Belgique, je redoute plutôt GAIA, mais chut ... Certains végétariens son réticents, mais mes reliques ne sont pas comestibles ... - Peut-on jamais toucher les animaux ? Y a-t-il encore un état de décomposition ou leur condition est (quasi) éternelle ? Tels qu'ils sont présentés, il n'est pas possible de les toucher. Mais elles peuvent être manipulées. Ma plus ancienne relique à 5 ans et elle n'évolue plus. J'utilise une bonne vieille technique égyptienne qui a fait ses preuves ! - Puisque tu mentionnes la thanatopraxie... Recycleras-tu les corps ? les enterreras tu dans le fond d'un jardin ? Hmm ... non. La momification est un long processus, presque quotidien, au cours duquel je m'attache à ces dépouilles. Je ne pourrais pas les remettre dans le circuit de la putréfaction. Mais si je veux être cohérent, cela ne devrait pas me poser de problème. Tiens, cela me donne des idées ... - Phantasmes tu d'être le thanatopracteur d'êtres humains ? (des noms ? des genres ?) Non. Travailler la dimension sacrée avec des corps humains, c'est délicat. Des sommités sont passées avant moi... les Momies des catacombes des Capucins à Palerme ... Gunter von Hagens a plastiné sous le couvert de l'art anatomique. Ses réalisations sont impressionnantes, mais irréelles aussi. Personne ne peut s'y reconnaître. Ses modèles sont écorchés et dans ma démarche, je tiens à la peau. Dans la momification, la peau laisse deviner l'intérieur sans le dévoiler. - Pour parler de ce que tu as déjà fait, quelques mots sur ton expérience Hermann Nitsch ? Pour moi, la plus marquante de ces dernières années. La fête des sens, le culte de la chair, du sang, de la bonne chair, de la vie qui déborde de partout. En tant qu'acteur passif - crucifié dans la carcasse d'un bœuf - j'ai ressenti le même abandon, le même bien être que sur une table de massage. - Quelle est la suite de tes projets ? J'ai quelques performances en tête. Je souhaite y inclure la dimension « massage » qui jusqu'à présent n'est pas sortie du cadre professionnel de mon cabinet. Une rencontre du toucher d'Eros et du toucher de Thanatos... |
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Écrit par Milady Renoir
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02-11-2007
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Raymond Savignac Petit Hommage Place aux morts ! Novembre et sa Toussaint rappellent ceux qu'il faut parfois rappeler. Rappelons-nous alors de Raymond Savignac ou le vieux clown aveyronnais, artisan des premières heures du graphisme publicitaire. Pour plonger dans l'univers de Savignac, on se promène peut-être dans une vieille rue de la bonne campagne française, on regarde un peu en l'air et on entraperçoit une plaque émaillée ou une vieille affiche sous un cadre couvert de chiures de mouches, derrière la vitrine d'un bar tabac qui fait aussi dépôt de pain, là, une image pas si chic et pourtant choc, signée Savignac. Aspro, Bic, Dunlop, Cinzano, Maggi, Perrier, Monsavon, SNCF... autant de marques que de références à son travail, comme si son œuvre avait parfois dépassé le nom. Ce que crée Raymond Savignac à une époque où la censure et la bienséance paient bien les artistes choisis, c'est de l'anti-conformisme ludique, humoristique dont il abuse comme un enfant à qui on ne peut plus dire non. Savignac est un "homme qui dessine des affiches pour éviter de parler", et on ne croit pas un seul instant à sa possible naïveté ou timidité. Et si l'on ne peut pas rire de tout, Savignac trompe l'élite en forçant les plus réfractaires au persiflage. Savignac rit de tout avec n'importe qui, de De Gaulle à Audiard ! Jeunesse des barricades et police sont sous le joug de la confrontation, Savignac mentionne la fumisterie ? La clarté des lignes, l'indépendance de la pensée même si elle est sous commande, la simplicité de l'évocation et l'humour, grand H, avec dérision et narcissisme. Savignac débute à 15 ans dans le monde du dessin animé, puis protégé sous l'estampille de l'Alliance Graphique, lancé par le publicitaire Cassandre, il traverse les modes avec un ton singulier, provocateur et terriblement émancipé. "L'affiche est un scandale visuel" réplique t-il à une journaliste bien peu vaillante face à son art. Si je cite ART ici, c'est que Savignac sert aussi le théâtre, le cinéma (l'affiche de La Guerre des Boutons de Yves Robert) et leurs festivals. Une rétrospective a eu lieu à Montréal en 2005 et la tonalité que l'on admet avant toute critique à propos de Savignac, c'est qu'il a su faire « bon » et « beau ». Le Japon l'encense dans plusieurs expositions de 2001 à aujourd'hui. A Trouville, en Normandie, là où il avait trouvé calme et paix, on a gravé son nom sur une rue, près des planches. Il s'éteint le jeudi 31 octobre 2002 à 94 ans en laissant derrière lui un art novateur, père de nombreuses écoles de graphisme et de publicitaire et d'une vache Monsavon, laquelle serait sa mère. On n'arrête pas le Surréalisme avec une limite de temps... Reportage chez Raymond Savignac: Ici. Les posters les plus connus: Ici & ici. Et le livre : L'affiche de A à Z de Raymond Savignac |
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