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OeuvreTrashy-Nippone
Écrit par Milady Renoir - 02-11-2007

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OeuvreTrashy-Nippone
aux éditions Le Lézard Noir

Si les noms Akino KONDOH, Atsushi SAKAI, Daisuke ICHIBA, J.A. SEAZER, Leonard KOREN, Makoto AIDA, Mari SHIMIZU, Parco KINOSHITA, Romain SLOCOMBE, Suehiro MARUO, Yasuji WATANABE ne vous disent pas grand-chose (Romain Slocombe, « Métal Hurlant », l'art médical, la « Prisonière de l'Armée Rouge », tout ça... quand même un peu, non ?), alors il faut se mettre à jour ! Avant le Lézard Noir, aucun éditeur français n'avait osé toucher à l'avant-garde japonaise, au japonisme décadent, plus communément nommé le mange d'horreur, qu'ils s'inspirent des grandes traditions ou du trash contemporain nippon. Le manga adulte a vite déclenché les passions des jeunes lecteurs français à l'aube des années 80 même s'il était représenté en Europe (l'Italie et la France surtout) par des traductions aléatoires ou des albums en japonais à se tordre cou et cerveau, (depuis, les éditions publient de nombreux ouvrages dans le sens de lecture occidentale et non asiatique). Evidemment, les images sont tellement prenantes qu'on avait peine à se plaindre, mais le Lézard Noir est arrivé et la descendance arborescente de leur exemple permet depuis de découvrir des merveilles.

Le modèle le plus frappant est Suehiro Maruo, l'amoraliste exemplaire, le dessinateur « visionnaire » ( ?) permettant à l'horreur sous-jacente de jaillir dans un monde qui semble parfaitement organisé. Masturbation, pédophilie, zoophilie, inceste, coprophilie, viol, meurtre, voyeurisme et toute une gamme de rites sado-masochistes sont le terrain de jeu de cet artiste qui abusent des thèmes de l'œil, de la monstruosité, d'êtres jeunes souillés par des adultes incarnant l'autorité, d'une sexualité violente et transgressive, des perversions obsédantes reviennent sans cesse dans son œuvre. Le sublime s'allie au grotesque, son dessin est élégant, ses merveilleuses compositions toutes en harmonie, inspirées des estampes japonaises du XIXème siècle, dépouillent un monde amoral, obscène dans lequel on pioche des références à Sade, à Bataille et aux surréalistes ainsi qu'à une mythologie traditionnelle du Japon. L'esthétisme du trait renforce l'outrance des perversions, c'est un choc à chaque détail, à chaque toile. On lui reconnaît une grande œuvre, « la jeune fille aux camélias » (édité chez Imho), un possible homonyme du sublime film « Freaks » de Tod Browning (1932).
Le ludique a aussi sa place dans le monde perverti, décadent de Maruo comme avec « L'art du bain japonais » scénarisé par Léonard Koren. ce petit livret symbolise pareillement un art de la purification de l'âme au-delà des rites quotidiens décrits avec une apparente naïveté.
Ce qui est rassurant avec de tels artistes, c'est qu'ils n'ont jamais compté sur le star system (iconographie japonaise bien connue (et moquée !)), les phénomènes de mode ou la provocation gratuite pour se définir underground, tout comme Daisuke Ichiba, les auteurs « noirs » proposés par le Lézard Noir, valorisent les minuscules maisons d'édition au Japon, et arborent le monde de l'étrange comme une valeur déterminante de l'esthétisme.
Makoto Aida, connu à Paris pour sa participation récente à l'exposition « Coloriage » de la Fondation Cartier, défie les lois du politiquement correct, dénonçant l'intrusion des américains autant que l'impérialisme japonais, sa BD puissante, assoiffée de vengeance, tout comme ses personnages, des mutants métaphoriques d'une société déconstruite, en fuite.

Les auteurs de ces oeuvres (au delà de la terminologie basique de Bande Dessinée) sont des artistes contemporains à part entière (si cela signifie quelque chose de vivant!), revendicateurs des failles et des voies sans issue de la société moderne, les chutes sont plus fortes que les ascensions, et ici, le Lézard Noir est le porte-drapeau d'une génération d'artistes qui crachent sur le passé impérialiste, dictateur des "grands" états qui forniquent depuis des siècles et encore trop souvent avec le diable retourné.

Ce qu'il vous reste à faire, c'est surfer un peu, visiter Poitiers, ville où est né le Lézard Noir, et sortir un peu des sentiers battus du manga pour tous, sauf, bien sûr, et vous voici tout excusé, si votre petit frère vous tanne pour aller chanter des génériques nostalgiques à une soirée gloubi-boulga (sic).

un site de référence sur lart contemporain au Japon: Ici.

 
Tatouages
Écrit par Seth Gecko - 02-11-2007

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Tatouages

J'ai toujours été fasciné par le cinéma japonais. Ses cadrages, ses silences. Le pays m'attire. Sa culture. Sa contre-culture: un jeune avec les cheveux violets mais portant un kimono. Un autre instantané: des malfrats en costumes sophistiqués qui cachent d'immenses tatouages. Les yakuzas, les mafieux nippons, abordent des pleins placards d'ornement. Des dragons, des tigres ou autres êtres mythiques sensés donner leurs attributs au porteur du tatouage: courage, force, résistance. Les tatouages sont liés aux mafias de part le monde. Si les origines sont ancestrales au Japon, un point est commun à tous: la notion de clan. Les mafieux sud-américains égrainent sur leur peau leurs méfaits. Les tueurs à gages sont marqués entre le pouce et l'index (cf Scarface). Les mafieux russes sont orientés vers le morbide. Les séjours en prison sont l'occasion de se couvrir de gloire et d'acquérir de nouvelles décorations. Les gangs américains ne sont pas en reste. Pays cannibale par excellence, on s'y nourrit de tout les mythes et légendes. Les gangs des rues font dans le tatouage hip-hop (grands lettrages gothiques, figure de Mao ou de Mike Tyson). Les latinos font dans le retour aux sources avec des symboles aztèques ou mayas. A Pelican Bay, quartier haute sécurité, on se fait tatouer avec les lattes du lit et comme encre des bouts de plastique fondu: croix gammés pour les bons hariens. Contemplez la galerie. Des corps, de la chair et quelque part... du sang.


Interview du tatoueur DGRRR
www.d-grrr.com ou CarnEvil

Peux-tu te présenter rapidement?
Illustrateur toutes surfaces!

Mais encore? Il me semble que tu ne donnes pas dans l'art naïf, ni dans l'impressionnisme.

Tu as dit rapidement !!!

Comment en es-tu passé de l'illustration au tatouage?

C’est une vielle aventure qui à démarrer lorsqu’on allait se faire tatouer par Christian à Ménilmontant, il a tout juste 20 ans. C’est de là que j’ai pu observer le phénomène puis dessiner mes 1ere planches de flash en échange de tattoos. En tant que tatoué il est clair que j’ai été sensibilisé à cette technique, à ce geste. Il n’y a pas très longtemps que j’ai vraiment attaqué cette forme artistique assez complexe, j’ai dû réapprendre à tout dessiner, notement chez Christian et Laura Satana, évaluer un motif, à savoir composer avec l’élément humain. Je considère le tatouage comme une suite a mon travail et se complète avec celui d’illustrateur. Et ce n’est que le début…

Question technique: quelle partie du corps n'acceptes-tu pas de tatouer? Laquelle apprécies-tu le plus?

Le visage et les mains, sauf si c'est quelqu'un du métier ou si cela ne lui porte pas préjudice socialement et surtout quelqu'un de "mûr" et bien
équilibré.
Sinon je n'ai pas de préférence particulière quant à l'endroit, tout est bon dans le bonhomme ou presque....

Quelqu'un de "bien équilibré"? Qu'est-ce que tu entends par là? Arrives-tu à sonder rapidement la maturité du quidam qui s'assoit en face de toi avant un tattoo?

C’est curieux mais c’est comme ça, il y a là une histoire de feeling, pareil en cas de refus. En fait je lui explique juste les éventualités de la vie, par exemple en cas de recherche de travail….avec un motif dans le cou, ce n’est même pas la peine… Je préfère que la personne revienne après avoir mûrement réfléchi.

Un charmant client te demande un joli symbole nazi sur l'épaule. Ta réaction ?

Niet. Pas de politique à table.

As-tu des objectifs professionnels ou artistiques? Des projets en cours? Des envies?

J’ai quelques idées d’expos avec des tatoueurs, mais je préfère ne pas en parler maintenant, sinon refaire des tee-shirts….
Une expo-vente est prévue prochainement à la Cantada « Omnia Vanitas » du 2 novembre au 11 decembre 2006, constitué de grand tirage style 50x70.

Le cursus à conseiller à un débutant?

Etre très motivé!, savoir dessiner, être observateur, avoir de la patience, être à l'écoute, et considérer que l'on ne prendra pas une machine à tatouer dès le 1er jour!
infos: www.tatouagedoc.net

Question "Femme actuelle" : si tu étais un tatouage, tu serais quoi?

Je ne peut me limiter à un seul tatouage!!!

Quel serait pour toi le tatouage ultime, que tu aimerais porter ou que tu aimerais réaliser sur quelqu'un?
Même réponse, et de plus tes envies changent en fonction des rencontres et des époques…et tout dépend aussi de la place qu’il reste…..
Du moment que je suis satisfait du travail effectué et l’approbation du client….c’est suffisant.

Et inversement, y a-t-il un tatouage, ou un type de tatouage qui te sort par les yeux?

Le tribal en général sauf si c’est un truc ethnique particulier. Les tatouages bateaux que certains veulent se faire parce qu’il l’a vu sur leur voisin-voisine…. Il y a dans ce pays des tatoueurs de talents et souvent on leur demande des choses qui n’ont rien à voir avec leur style. C’est tout juste si les gens regardent les books… Il y a encore un décalage avec la mode et la vrai création artistique. Et d’ailleurs le tatouage devrait être considéré comme un art à part entière. Certains tatoueurs ont un niveau artistique bien meilleur que certains « artistes ». Donc je pense que la presse d’art a son rôle a jouer.

Tu es tatoué. Beaucoup tatoué. Pourquoi ce désir de recouvrir d'encre ta peau et celle des autres? Que cherche-t-on en se décorant
définitivement?


Ca, il faudrait enquêter de ce coté là, mais d'après ce que je ressens, c'est qu'il y a une recherche d'affirmation de soi, de par le marquage d'événement, la confirmation par un tatouage décoratif, l’appartenance a un groupe social, le rituel d'un éventuel "passage" par la douleur et peut être quelques masos!
Omnia Vanitas!!!!

Pour toi, le tatouage, entre autres body modifications, a-t-il une place à part et pourquoi?

Evidement, puisqu'il date d'au moins 5000 ans (a priori la plus ancienne preuve d'un tatoué retrouvé gelé dans le massif alpin) et je pense que
c'est la continuité du marquage du corps par la « peinture » qui la aussi pouvait permettre de se différencier entre tribus, signifier le passage d'enfant à adulte, ou d'un
procédé thérapeutique. Le tatouage et autre modifications modernes ne sont que des avatars ancestraux qui symbolise bien l’humain a se singulariser.

En parlant de Body Modification, y a-t-il une pratique que tu ne comprends pas, que tu rejettes ou que tu déconseillerais (scarifications, suspensions, branding, implants, etc...)? Et pourquoi?

Cela est parfois impressionnant par le fait de performances et ce dépassement de l’être, ou l’on peut palper la douleur… Il y a un peu du bricolage abstrait !
Je suis plus sensibilisé par le tatouage et son coté graphique.

Tu rencontres des peaux, des corps et des personnalités. Quel est ton ressenti lorsque tu découvres les personnes que tu tatoues? C'est rentrer directement dans l'intimité de l'autre, non?

Oui et non, on y entre physiquement et à peine (même pas 1 mm), et on se doit de respecter l'intimité de chacun y compris la sienne!
C'est sur, il peut y avoir un vrai feeling ce qui permet de réaliser un beau tatouage du fait de la confiance établie.

La législation pour les tatoueurs et les pierceurs tend à se durcir. Quel est ton avis à ce sujet?

C'est touffu! mais je souhaite que tout cela ne se fera pas sans les tatoueurs, d'où la manif du 3 décembre 2005. Ce serait la moindre des
démocratie....
Informations sur le forum du S.N.A.T.

J'ai récemment eu entre les mains des livres sur les tatouages de gangs et autres mafias. T'intéresses-tu à ceux-ci, leurs codes et symboles? T'attaches-tu à la signification et à l'histoire du tatouage qu'on te demande d'exécuter?

Ce sont des symboles codifiés très forts à ne pas tatouer sur n’importe qui , n’importe comment. Cela fait partie d’un mode de reconnaissance et en particulier d’un langage, et il faut en être pour les comprendre. Cela dit, chacun a ces codes personnels, ces logos ou phrases tatoués en évidence ou cachés. Et bien sûr quand la personne me donne accès a son tatouage, c’est toujours intéressant, aussi pour son élaboration, on a nos secrets professionnels !!!



Interview du tatoueur Kostek
(Boucherie Moderne)

www.boucheriemoderne.be

Ton parcours en quelques mots clés.

Beaux arts sérigraphie, armée, peinture, tattoo

Doit-on être tatoué pour passer derrière l'aiguille?

Oui définitivement et en plus savoir où l’on met les pieds…

Quels sont tes tatouages? Qui te les fait? T’es tu déjà tatoué?

Mes tattoos faits par des potes (tatoueurs), une pièce par une fille irlandaise…
oui je me suis déjà tatoué (essentiel dans l’apprentissage !)

Le tatouage qui t'excite le plus doit correspondre à quel(s) critère(s)? Le défi? La taille? Le dessin? L’endroit?

Le tattoo qui m excite (pas de règles, il y en a plusieurs de toutes les tailles), en général, doit être une réussite graphique, et avoir un sens.

Comment définirais-tu le lien que tu entretiens (ou non) avec le/la tatoué(e)?

Une certaine complicité, peut-être une intimité aussi.

Peut-on tomber amoureux du tatouage sans tomber amoureux de celle/celui qui le porte? Peut-on séparer le sujet de l'objet?

Le sujet et son tattoo ne font plus qu’un… mais de là à tomber amoureux du/de la tatoué(e) pour son tattoo (même si cela ajoute a la personne) !!

Les conditions les plus extrêmes dans lesquelles tu as tatoué sont?

Tatouer Phil Skalpe alias Fy SangdOr en performance, je ne le ferai plus ! (Ndlr : TAT 2 NOIS ACT)

L'action de tatouer peut-elle être considérée, ressentie comme un rituel? Crois tu alors que le tatoué (et/ou le tatoueur) passe par une initiation?

Oui, il y a initiation surtout lorsque la personne recommence, là, elle rentre dans un autre monde, celui des corps dessinés (tribal).

Si tu pouvais changer quelque chose dans l'univers des tatoueurs, ce serait?

Les apparences (c’est paradoxal !), les gens non passionnés et non professionnels…

Tes références esthétiques (et/ou techniques) en tatouage sont?

Yann Black pour la voie ouverte et tous les autres vrais tatoueurs (il y en a beaucoup) qui font ce boulot par choix de vie et de leur mieux

Une convention sur le tatouage, ça ressemble à quoi? (Le meilleur et/ou le pire des cas)

Une convention ? Beaucoup de n'importe quoi mais malgré tout, une occasion de se voir entre tatoueurs et tatoués.

As tu déjà tatoué autre chose que de la peau?

Non.

En Belgique, fait-on les mêmes tatouages qu'ailleurs ou il y a une dimension géographique dans le choix des tattoos?

Il y a une dimension géographique même dans Bruxelles !

La boucherie moderne, un studio de tatouage ou une plateforme d'arts corporels? (Ou autre?)

D’abord un studio de tattoo, puis plus si affinités (il y en a avec beaucoup de choses !) (NDLR : voir le site de la Boucherie pour les news !)

Question Jean-Luc Delarue (spéciale dédicace): Les femmes et le tatouage, quelques mots? (Tatouées ou tatoueuses)

Les femmes et le tatouage aussi… l’égalité des sexes est en route !

Un (mauvais) tatoueur peut-il tatouer pour sa postérité? Laisser une trace indélébile sur un support vivant?

Il peut mais il dépasse le statut de tatoueur et rejoints les artistes !

Un tatoueur sachant tatouer sans... (Termine la phrase)

… tatouer est un bon simulateur



Interview de l'Homme tatoué : Pascal Tourain
www.pascaltourain.com

Pascal Tourain, je vous ai découvert au colloque de Jean-Michel Dévesa à Bordeaux, l’hiver dernier. Le titre était : Plaisir, souffrance et sublimation. En ce qui vous concerne, face au tatouage, lequel de ces 3 mots correspond le plus à votre démarche ?

C'est sûr que le mot PLAISIR est ce qui correspond le mieux à ma démarche, même si la souffrance n'en est point absente. Ceci dit, finalement, ces trois mots sont liés car on finit par se sublimer dans la souffrance qui vous mène tout droit au plaisir. Un plaisir qu'on retrouve dans les pratiques S&M bien menées !

Quand on est tatoué et comédien, que montre t-on en premier ? Son corps tracé ou son visage transformé ?

Ce qui apparaît en premier, c'est le comédien qui introduit le tatoué. Je débute mon spectacle en peignoir et donc personne ne voit mes tatouages avant que je ne me dévête. Ils s'en doutent puisqu'ils viennent, notamment, voir un "Homme Tatoué". Mais c'est tout l'Art du comédien que de d'abord les séduire par son jeu artistique avant de les "achever" en dévoilant son art corporel. Un art grandement dû à mon tatoueur, Tin-Tin.
Ensuite, le visage est "transformé" suite au plaisir engendré par mon "corps tracé" car les ah, oh de plaisir et d'émerveillement venant du public lorsque je dévoile ce "corps tracé" illumine obligatoirement de plaisir mon visage !

Le surnom Bulldozer est-il tout terrain (Tourain en raccourci (j’suis presque fière !) quand on est grand, fort et tatoué ? Passe-t-on partout avec ce corps là ? (Aucune mention à Passe-Partout de Fort Boyard, désolée !)

Non, je ne pense pas que le surnom de Bulldozer soit "tout-tourain", car un bulldozer n'a pas de sentiment. Or, le grand, fort et tatoué que je suis cache une petite âme sensible et artistique. Est-ce que je passe partout ? Non. Et c'est sans rapport avec les tatouages. Ma taille en impose, de fait. Et mon corps pourrait être nu de toute trace que je n'en serais pas moins remarqué de par ma stature (et de ma verve hilarante, si si ! Faut toujours que j'en dise, des conneries !).

Peut-on s’arrêter au tatouage quand il n’y a plus de « place » pour un autre ? Branding ? Modifications corporelles ? Implants péniens ? Y a t-il une suite ?

Oui, je m'arrête au tatouage. Lequel est finalement infini puisque même si le corps est déjà couvert, on peut toujours "peau"finer, en rajouter, modifier, recouvrir. A force d'ailleurs certains sont devenus bleus au sens que leur peau est si "imbibée" d'encre qu'ils ont la peau uniformément bleue. Branding, scarif et autres modifications corporelles ne m'attirent pas.

Je prépare une performance sur l’auto érotisation du corps à travers le tatouage pour un festival qui se nomme AuBordElle (à Bruxelles, www.aubordelle.be ), mon corps a pris une valeur érotique à travers mes tatouages que je n’aurais jamais soupçonné avec une peau vierge…

Y a-t-il une fascination que votre corps exerce sur vous ? Un magnétisme érotisant ? Sensuel ? Sans parler onanisme, touchez vous votre peau, votre corps d’une façon différente depuis qu’il est recouvert de couleurs, d’esthétiques ? Le regard sexué s’en trouve t-il amplifié ?

Mon corps me fascine-t-il ? Oui parce qu'il a créé pour moi un avant et un après. Tatoué, je renais. Born again. Pas comme les cathos qui se considèrent lavés du péché en "renaissant" moralement. Non, plus sainement, une fois tatoué, je pense être enfin le VRAI Pascal Tourain, le vrai moi-même.
Cela génère-t-il de l'érotisme, de la sensualité ? Oui, des milliers de groupies font le siège de mes spectacles, bientôt il me faudra des gardes du corps... Non, plaisanterie mise à part, cela renvoie plus à l'érotisation du public par rapport à son propre corps, une envie de découverte sensuelle de soi et des autres, plus qu'un culte érotique de moi comme il en existe pour des stars du show business.
Quant à ce qui est de toucher mon corps, ma peau tatoué, je vous invite, Chère Milady, à en faire vous-même l'expérience....

Vous souvenez-vous d’avant ?

Oui, je me souviens d'avant, une vie pire que celle de Cosette dans Victor Hugo. Le tatouage a été mon Jean Valjean !

Les FREAKS de Browning sont-ils sur votre corps pour conjurer le sort de l’homme tatoué (en général) mal perçu dans la société ?

« Freaks » est mon film culte, mon étendard et effectivement non le drapeau défensif des rejetés de la société mais leur drapeau fièrement exposé aux regards, pour imposer le droit de vivre de ceux et celles qui sont "différents".

Une femme tatouée partage t-elle votre vie ? (Monsieur et Madame Tatoués ont un fils… ah non, je suis nulle à ce genre de blagues !)

Non, pas de femme tatouée dans ma vie, pour l'instant.

Qu’a t-on dit de vous et/ou de votre corps tatoué qui vous ait le plus animé ?

"Tout ce qui est ta toué est à moué", m'a dit un jour un Morvandiau. J'ai adoré !

Se sent-on moins seul quand on est tatoué ?

On peut raconter des histoires aux enfants sans livres, c’est plutôt pratique, non ?
Sûr qu'on se sent moins seul quand on est tatoué. Ils me parlent, mes tatouages, et je leur réponds ! Et comme disait Francis Blanche, "si Madame s'ennuie au lit avec vous, il lui reste toujours de quoi lire" !

A quand la Belgique pour votre spectacle ?
Et en France, la tournée du grand duc passe dans quels zincs et autres théâtres ?

Belgique, me voilà ! Qui me veut me prend ! Je suis ouvert à toutes les propositions.
Pour ce qui est de la France, le spectacle reprend pour la quatrième année consécutive au bar rock de Mickey, la Cantada II, 13 rue Moret 75011 - Paris (M° Couronnes ou Parmentier), à partir du mercredi 18 octobre, 20h30 précises. Et cela jusqu'à mi-juillet 2007, tous les mercredis. Et pour ce qui est des dates en province (et bientôt en Belgique !), deux sites : www.pascaltourain.com & www.celiableue.com.

(Seth Gecko & oR.hal & Milady Renoir)
 
Frida Kahlo
Écrit par Seth Gecko - 02-11-2007

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Frida Kahlo

Au commencement, il y eut l'eau, la terre, le vent. Il y eut par la suite la chair et le sang. La souffrance de ne pas avoir d'enfant. Frida est un pont vivant entre deux mondes. Une fenêtre entre civilisations. Comme Ernesto Guevara, José Marti, le Subcomandante Marcos. Les héros romantiques sud-américains. Elle peint la terre, le Mexique, les fleurs, les arbres. Son art est une graine qui n'a de cesse de pousser. Elle est de la couleur de cette terre. Indienne. Dans son sang bat la résurrection de civilisations anéanties, prêtes à ressurgir. Ne pas avoir honte d'être rouge comme la couleur de la terre. Ne pas renier un passé glorieux que les conquérants ont essayé d'effacer.
Frida Kahlo fut, en plus d'être une peintre mondialement reconnue, une femme de tous les extrêmes. La gloire et la reconnaissance de son talent n'ont pas atténué ses souffrances: elle contracte la polio dès sa tendre enfance, une barre de fer lui traverse le bassin lors d'un accident (c'est à cette occasion qu'elle perdra la possibilité d'être mère), on lui ampute également une jambe, elle fut opérée en tout 32 fois. Toute cette douleur et l'assimilation que son corps est comme une prison infernale rejaillit dans sa peinture, dans ses autoportraits, où elle apparaît bardée et couverte de corsets, comme pour mieux cacher ce corps qui la fait tant souffrir... Sa douleur physique est seulement comparable à l'amour qu'elle porte à son mari, Diego Rivera, autre artiste exceptionnel. Leur mariage est agité, tumultueux mais rien ne peut détruire les liens du cœur. La laideur des corps meurtris mais la grandeur de l'âme.

 
Johan Muyle
Écrit par Diane Saudek - 02-11-2007

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Johan Muyle
Oh Oui !

Cornaqué tambours battants par un Pierre-Olivier Rollin que n’effraient pas les entreprises pharaoniques, le BPS22 accueille une rétrospective Johan Muyle toute à la (dé)mesure du plasticien lui-même.
Johan Muyle aime le contraste : il conjugue les chantiers de longue haleine et les créations microscopiques avec la même grâce conceptuelle. Ses métaphores sont d’une densité constante, qu’elles émanent d’infimes bricolages ou de montages dramaturgiques complexes tels que ceux qu’il réalise pour des lieux publics comme celui de la gare du Nord à Bruxelles.

L’œuvre est variée, la rhétorique constante.
Depuis ses débuts, Johan Muyle recycle : il met en oeuvre les notions d’électro-mécaniques acquises auprès de son père lorsqu’il était ado dans des automates inesthétiques et dérisoires conçus dans l’esprit du ready-made. Il compose ses montages à partir d’éléments récupérés, pour la plupart d’entre eux sur des brocantes, des objets meurtris qui apportent à la composition une part de narrativité qui leur est propre. Et ces lambeaux de passé arrachés à une mythologie collective (les boites à biscuits en fer blanc à l’effigie du roi Baudouin, les statues de saints en plâtre, les animaux empaillés…) entrent en collision avec l’imagerie véhiculée par les autres éléments de la composition pour produire un récit dont la puissance confine au mythe. Que produit l’appariement de deux renards taxidermés avec un landau ancien ? Qu’évoque une truie taxidermée dont le ventre ouvert est garni d’une myriade d’œufs d’oies enchevêtrés de cheveux féminins au milieu desquels trône une bougie dont la flamme fait tourner un petit moulin ? En l’occurrence, ces deux œuvres relèvent d’un imaginaire propre dont on sent pourtant bien qu’il puise au fond des traditions populaires : arbres à clous et sites votifs de toutes natures…la truie trône d’ailleurs à l’avant d’une baignoire dans laquelle on est invité à jeter sa piécette votive. Essayez. Vous verrez : ça marche.

Esthétiquement, la pratique de l’ébauche comme indice de l’idée évoque les créations que produisent les enfants dans leurs dérives ludiques. On pense également aux fulgurances de la Collection Prinzhorn, ces merveilles d’art brut réalisées sous la houlette du docteur Prinzhorn dans un institut psychiatrique par des personnes internées qui furent éliminées à l’aube du nazisme. Là encore, la maladresse du geste cristallise une effervescence intime qui situe l’œuvre entre le sublime et le dérisoire. Muyle bricole, chipote, « scafotte » comme on dit en belge hainuyer. Sémantiquement, ça mousse. Et c’est agréable de se faire taquiner l’esprit de cette manière-là.

Johan Muyle confie également certaines réalisations au savoir-faire d’artisans étrangers.
Parmi ces œuvres on repère Mamiwata, une mini figure de proue composée d’un buste de statuette de sainte ornée d’un cœur surdimensionné et dont la queue de sirène est faite de fragments de boîtes de conserve travaillés par des enfants des rues africains. Des objets réalisés en série à l’intention des touristes à l’œuvre unique, ces savoir-faire passent de la littéralité productive à un statut métaphorique qui les exalte. Au-delà de la récupération, c’est plutôt de la célébration que relève ainsi le rapport du plasticien avec ces artisans qui, comme les peintres de Madras, sont d’une virtuosité atterrante.

De lui-même, Muyle dit qu’il n’est pas peintre : il conçoit et confie la réalisation à un groupe de peintres dont il a intégré les savoir-faire lors de séjours en Inde. Rompus aux pratiques de l’affiche de cinéma, ils réalisent des tableaux et des fresques où le portrait monumental s’affirme comme une constante néanmoins toujours teintée de facétie. Muyle est un comique, mais pas seulement. Il ne cesse de jouer. Mais comme chacun sait, le jeu est une affaire sérieuse. L’ironie permet d’évoquer sur un mode mineur des choses qu’il est préférable d’évoquer simplement, sous peine d’y laisser toutes les larmes de son âme. Et justement, Muyle se représente à l’envie, en grand, en petit, minuscule, tout plat ou en volume, très souvent en larmes. Ce qui me frappe le plus, finalement, c’est la pluralité de ses discours. Muyle fait le fou, Muyle pleure, il se pare d’habits de fête, se déguise en squelette, pratiquant l’art de la polyphonie avec une virtuosité qui constitue peut-être l’essence de son discours.

Outre de nombreux automates, l’installation de Charleroi comporte la réplique en grandeur réelle de l’atelier de Johan Muyle.
C’est jusqu’au 5 décembre au BPS 22 (ndlr : à Charleroi, Belgique)

www.hainaut.be

 
Caligarisme
Écrit par Seth Gecko - 02-11-2007
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Caligarisme

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans une Allemagne en proie à la difficulté d'être, humiliée par les signatures de Compiègne, s'affirme le mouvement expressionniste né au début du XXème siècle, révolution culturelle qui rayonne sur tous les arts, et qui se définit par le refus de la réalité. Cette dernière est en effet, sur le plan économique et politique, inquiétante. Le Cri de Munch (1893), qui représente sur fond de paysage épuré, sur un pont, un être X, la bouche démesurément ouverte, la tête comprimée entre les mains, pourrait être le meilleur symbole de ce qu'est l'expressionnisme. Cette nouvelle forme d'art s'adresse directement à l'âme, sans détour. Viscéral et angoissant. La peur et l'agressivité deviennent des thématiques. Cependant, le but est de caricaturer cette société décadente, morbide et désillusionnée. Les cinéastes allemands ont dès lors les mêmes préoccupations que les premiers écrivains fantastiques, d'où la première vague d'adaptation à l'écran : Le Golem de Meyrinck par Wegener ou Faust de Goethe par Murnau. Murnau qui sera par la suite l'initiateur du plus grand mythe du cinéma, celui de Dracula, avec son Nosferatu. Dans le climat pernicieux de la défaite, les monstres trouvent un ventre fécond. A l'écran, à l'esthétique expressionniste s'ajoute ce qui allait devenir, après Le Cabinet du Dr Caligari, le caligarisme. Dans ce film de Wiene, réalisé en 1920, le décor, fait de toiles peintes cubistes, permet au réalisateur le décadrage et la multiplication des points de vue. La technique est dès lors au service du scénario qui traite des pouvoirs de l'hypnose et des thèses freudiennes sur la fragmentation de la personnalité. A cela s'ajoute l'expressivité outrée des personnages dans leurs mimiques. Une gestuelle qui obéit aux règles du muet, accentuée pour déréaliser l'univers. Le caligarisme est né en temps de crise. Il joue avec et l'exhibe. Wiene, Murnau ou Fritz Lang deviennent des artistes qui captent un monde en plein séisme. Il s'agit d'un art du malaise et de la grandeur. Un cinéma qui s'est forgé dans la peur, peur de ce qui est advenu, peur de ce qui advient, peur de ce qui est à venir. A la fois dénonciation de la Première Guerre et pressentiment de l'autre. Le cinéma est une peur artificielle, irréelle, des sentiments exacerbés sur pellicule. Le fascisme sera la peur réalisée, accomplie et transcendée. Les films caligaristes et expressionnistes, s'ils traitent tous de monstres ou de crimes, véhiculent presque tous un message politique. Goebbels en prend acte et réalise le pouvoir détenu par l'image. Il propose à Fritz Lang de devenir cinéaste officiel du parti. Lang refuse et répond en 1933 par Le testament du Dr Mabuse, interdit par le chef boiteux de la propagande. Il sera contraint à l'exil.
 
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