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L'art biologique
Écrit par Marc Durant - 01-11-2007

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L'art biologique

Si l'art traditionnel (on va dire académique) a dans sa majorité été une reproduction du vivant, l'art contemporain (surtout avec l'avènement du ready made) s'est détaché de la reproduction pour faire du vivant une propre oeuvre d'art, un moyen de le contempler tel qu'il est et d'en extraire des questionnements de nature pragmatique ou poétique. Le vivant s'impose de plus en plus dans notre société où la science nous bombarde d'articles grand public et où les remises en question se font de plus en plus pressantes et insistantes (la façon de se nourrir, le végétarisme, la culture OGM, la disparition des espèces, les maladies surmédiatisées,...) L'art est comme toujours le reflet de son temps, et les moyens mis en oeuvre sont ceux de l'époque, donc des moyens vastes, technologiques, high-tech même.

Dire qu'on assiste à un renouveau dans l'art serait peut-être sortir une bêtise aussi grosse que soi, parce qu'au fond l'art se renouvelle sans cesse à partir du même moule, et l'art "biologique" (faut bien lui trouver un nom) est une évolution pour ainsi dire naturelle. On assiste à l'éclosion d'un mouvement quand plusieurs artistes commencent à faire la même chose ou vont dans la même direction. Dans ce cas pas vraiment de chef de file, ni de manifeste, mais quelques artistes qui font du bruit et qui choquent (forcément).

Le plus connu est sans doute Damien Hirst, qui propose des carcasses d'animaux dans le formol, allant du plus impressionnant (un requin, une vache,...), au plus banal (un mouton, un cochon, etc.), si le résultat pourrait être simplement exposé dans un musée d'histoire naturelle, il n'en est rien, le concept change la donne et il s'expose dans les galeries d'art les plus côtées.

Marc Quinn (qui partageait un appartement avec Damien Hirst) a fait une série d'autoportrait dont un moulé avec du sang humain congelé... Matériau organique pour représenter un être organique. Sun Yuan lui utilise des cadavres, des foetus, qu'il expose, selon lui "cadavre est un vocabulaire permettant au mieux d'exprimer la violence. ". En effet, le corps humain est composé d'hydrates de carbone : après la mort, il n'est plus que matière.

Si Fragonard a exposé lui aussi des corps, (trempés à la fois dans l'eau bouillante et la cire pour en figer les chairs) c'était à des fins pédagogiques, même si les poses parfois fantaisistes pouvait faire penser à de l'art. Avec le recul et le climat de l'époque, ses corps sont exposés plus comme des oeuvres que comme des études anatomiques. Par la suite, Gunther von Hagens deviendra célèbre avec ses corps plastinés (technique moderne de conservation des corps). Là encore on sort du domaine purement scientifique ou médical, pour entrer dans un univers de réflexion. D'ailleurs la société est de plus en plus médicalisée (surtout véhiculées par les médias, des séries comme Nip/tuck, Urgences, etc. contribuent à cet engouement). C'est un peu aussi la rencontre de la science et une certaine "philosophie" ou réflexion vis à vis du corps humain.

Quant à Michel Journiac il va plus loin, et brise les tabous, proposant une réflexion sur l'anthropophagie, où il crée du boudin avec son propre sang, qu'il mangeait mais aussi distribuait à qui en voulait. Si le fait d'y penser n'apporte que répulsion, il est intéressant de voir la réaction qu'on peut avoir vis à vis de cet acte, l'art est alors pleinement effectif et touche son but. Il dérange et pousse l'homme à s'interroger, à s'émouvoir (en bien ou en mal).

On a aussi beaucoup parlé de clonage, de recherche génétique (le lapin Alba traité à la luciférine qui devient vert fluo, figure de proue de l'art biotech), mais aussi ces "poupées" faites avec de la chair humaine (à vrai dire une culture tissulaire de labo) lancé par TC&A (on en parle dans le livre l'art Biotech, un collectif), etc...

Les questions qui se posent sont pour la plupart évidentes. S'agit-il d'artistes révoltés contre le non-sens du monde artistique et de l'art contemporain ou d'une recherche purement intellectuelle sur l'humain, le biologique et ses fonctionnements et la vie elle-même ! La provocation évidente de ces artistes est-il un bon moyen de se questionner ? La violence du débat n'est-elle pas exagérée ? Ou est-ce juste notre culture qui bute face à des choses simplement naturelles. Maintenant ces questions, ce sera à chacun d'y répondre et de se faire une opinion, car justement l'art n'apporte aucune réponse définitive mais une sorte de mosaïque de réponses où chacun d'entre nous ira puiser ce qui lui parle et ce qui a un sens.

 
Francesco Clémente
Écrit par Tveroz - 01-11-2007
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Francesco Clémente

Lorsque l’on voit une photo de Francesco Clémente, on devine un homme élégant à l’œil séducteur. Mais après tout le physique d’un artiste importe peu ! Qu’il peigne et qu’il ressemble à Fernandel peu nous en chaut.
Bref, Clemente est un homme qui peint et ce qui nous importe ici est bien le fruit de son travail.

Le corps est bien souvent un motif récurrent chez les artistes, le corps est un outil de travail, une muse. Chez Clemente, comme chez d’autres –chez Schiele par exemple- le corps reprend son droit à la parole. Le corps ainsi exposé est le reflet expressif, visuel, de l’humeur psychologique.
On peut même considérer que, chez Clemente, le corps se propage hors de ses limites, dans une reproduction sans fin. Il allie le corps dans sa mutilation à des mouvements gracieux, comme si la castration et l’excision devenaient des moyens de libération.

Le tableau « Scissors and Butteflies » témoigne aussi très bien du goût de Clemente pour le vagabondage.
Le graphisme y est d’une sensualité exotique, l’animalité humaine fusionne avec la faune dans des traits aigus, les cils font écho aux ciseaux pour d’inquiétantes pénétrations. Ce qui trouble est bien cette impossibilité à discerner la frontière entre plaisir, jouissance et violence barbare, ablation.
La métamorphose hante la toile, d’ailleurs un œil amusé peut deviner ici une transgression toxique des Trois Graces (graces hein ?)

Le corps est donc chez Clemente le véhicule qui exprime la contrition et la fragmentation. Alors le peintre utilise souvent les motifs de l’œil et de l’orifice, portails entre le monde intestin et la nature extérieure.

« Water and Wine » 1981 est un autre tableau qui abonde dans ce sens. Les thèmes de la fusion homme-bête, on trouve ici l’image de l’abattage dans son aspect rituel et le sang prend illico ses vertus curatives, vulnéraires. On pose alors le pied dans la capacité de transsubstantiation de l’art (je ne sais pas si ça porte bonheur) ! Ainsi l’homme apprivoise sa condition animale mais aussi sa nature divine.
On peut noter ici l’influence que l’Inde exerce sur le peintre il dit au sujet de cette contrée :

« Elle m’a captivée et ouvert des horizons, ce fut fondamental car cela m’a donné la liberté de voir le monde dans sa globalité et de comprendre que l’occident n’est qu’une partie du monde contemporain. »

Voici quelques musées qui possèdent des toiles de Clemente :

Guggenheim Museum, New York City
Museum of Modern Art, New York City
Art Gallery of New South Wales, Sydney, Australia
Castello di Rivoli Museum of Contemporary Art, Torino, Italy
Cleveland Museum of Art, Ohio
Groninger Museum, Groningen, Netherlands
Kunstmuseum Basel, Switzerland
Miami Art Museum, Florida
Reykjavik Art Museum, Iceland
Walker Art Center, Minnesota

 
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