Écrit par NoMorgan
-
07-07-2008
|
|
|
Écrit par yln
-
07-07-2008
|
|
Le visage dans l'herbe C'est une après-midi de juin comme on les aime. Le soleil et le ciel bleu sont au rendez-vous et nous invitent à sortir, à enlever nos pulls et toutes les couches superflues. On hésite un peu, il reste tant de choses à faire, à préparer. Peut-on se permettre de ne rien faire, de simplement profiter du soleil? La raison finie par s'avouer vaincu, on travaillera plus tard, quand le soleil aura laissé sa place à la lune ronde et blanchâtre. On sort le sourire aux lèvres et la cigarette au bac, porté par l'allégresse, bercé par l'insouciance. On se sent léger comme une plume et c'est agréable. Il ne faut que quelques minutes pour rejoindre le parc, trouver un coin de pelouse accueillant et se laisser tomber dans l'herbe. L'herbe verte nous chatouille la nuque, le visage et les bras, c'est une sensation délicieuse dont on s'accommode avec la plus grande joie. On ferme les yeux et on se laisse aller à écouter le monde qui nous entoure. Il y a les oiseaux qui chantent et qui gazouillent. Le bruit des vélos et des rollers sur le chemin. Les rires, les conversations des marcheurs. Le vent qui souffle délicatement dans les feuilles des arbres et sur l'herbe. Soudain, on ne se sent plus en juin, mais en juillet ou en août. Ce n'est d'ailleurs pas tant une question de mois qu'une impression de vacances, une notion de bonheur délicat coupé du temps. On sort le lecteur mp3 pour choisir une musique convenant au moment, The Postal Service par exemple. On glisse les écouteurs dans les oreilles et on lance la musique, pas trop fort cependant, on a le désir de toujours ressentir le monde qui nous entoure. On glisse ses mains derrière la nuque en affichant un grand sourire, on se sent bien. La tête dodeline légèrement sur le rythme de la musique alors que l'on chantonne délicatement par instants. La musique faisant son effet, on se laisse tranquillement couler dans ses pensées. On se laisse aller à rêvasser, mais sans but ni objectif. On laisse à notre esprit le choix de nous guider, se contentant de le suivre, tel le spectateur au premier rang d'un spectacle. Les pensées se suivent sans se ressembler dans un mélange décousu et hétéroclite. Tout n'est que douceur et volupté, calme et sérénité. Les muscles se détendent et l'esprit respire librement. Tout le stress accumulé, la pression ingurgité, les mauvaises nouvelles et les déceptions s'envolent enfin. On se sent un nouvel homme, prêt à de nouveaux songes et à de nouveaux défis. On rouvre les yeux, il est déjà huit heures, il est temps de rentrer. On se relève alors que notre esprit s'ébroue pour revenir au monde réel. Doucement, la sensation d'intemporalité, du cocon soyeux dans lequel on se trouvait disparaît. La difficulté des dernières semaines a disparu, la motivation est de retour, on revoit le futur sous un angle favorable. L'esprit est clair, remis à neuf. On prend ses affaires et l'on repart d'un pas tranquille vers chez soi. On a perdu quelques heures de travail mais l'on a gagné bien plus, beaucoup plus. |
|
Écrit par yln
-
07-07-2008
|
|
Monde irréel Il ouvre les yeux, conscient que quelque chose ne va pas. Mais il ne parvient pas à situer ce que c'est exactement. Il hésite, tâtonne, cherche l'élément inhabituel. Dans un éclair de conscience il réalise : Le bruit, ou plutôt son absence. Il n'entend pas de bruit, seulement le silence. Un silence lourd et opaque, angoissant. Il se relève dans son lit, les oreilles aux aguets. Dehors, le vent d'habitude si violent semble s'être éteint. Il ne claque plus contre les volets, il ne fait plus bouger les feuilles des arbres. Nul oiseau ne chante, ne marque sa présence, tous semblent devenus muets. Il se frotte les yeux, mal à l'aise. Ses oreilles bourdonnent légèrement, il se sent désorienté. Il cherche à comprendre, à savoir, mais n'y arrive pas. Il se lève, marche sur le sol sans entendre de bruit. Serait-il devenu sourd? De peur, il se met à parler à voix haute, il s'entend! Il respire un grand coup, soulagé de savoir que le problème ne vient pas de lui. Il ouvre la porte, entend le léger grincement du gond. Peut-être le son est-il plus léger que d'habitude, mais comment en être sûr? Il descend les escaliers, ses pieds nus au contact de la pierre froide. Mais bientôt il n'a plus vraiment froid aux pieds, ils s'y sont habitués à cette fraîcheur, se dit-il. Arrivé en bas il se met lentement à traverser la maison. Les murs semblent plus fins, moins solides que d'habitude. Etrange impression causée par l'absence de lumière, se dit-il. Il arrive devant la porte d'entrée, hésite à l'ouvrir. Il a un mauvais pressentiment, quelque chose cloche dehors. Il n'arrive pas à cerner quoi, mais quelque chose ne va pas là dehors. Il pose sa main sur la poignée, la fait tourner en respirant un grand coup et ouvre délicatement la porte. Dehors, la nuit noire, sans étoiles avec une lune dissimulée par d'épais nuages. Il sort, ses pieds foule l'herbe mouillée, mais sans vraiment ressentir la piqûre de l'eau. Il continue d'avancer, arrive au milieu de son jardin. Il regarde l'arbre non loin de lui qui lentement semble flétrir. La couleur de l'herbe est étrange, presque transparente. Il se tourne, regarde sa maison. On dirait une construction de parchemin laissant passer la lumière. Il lève les yeux, le ciel prend des teintes noires et lui semble légèrement se zébrer. Il contemple le spectacle en se sentant tout penaud. L'arbre déjà n'est plus qu'une ombre. La pelouse n'est plus, elle a laissé la place à un sol solide sans être dur, dans une matière rappelant le caoutchouc ou le plastique. Se tournant, il voit sa maison flottée à son ancienne place avant de simplement disparaître. Il devrait avoir peur mais ce n'est pas le cas. Il ignore ce qui se passe, mais cela lui semble naturel. C'est l'ordre des choses, se dit-il. Il perd le fil de ses pensées, se sent léger, regarde son corps et tente de rire. Mais le son ne sort pas de sa gorge, mais peut on encore parler de gorge? Il lui semble flotter, peut-être même voler. Il se sent un bébé dans le ventre de sa mère, naviguant entre conscience et inconscience dans ce bulbe protecteur et familier. Il esquisse un dernier sourire alors que son corps n'est déjà plus lui-même qu'une simple esquisse... ¤ ¤ ¤ - Opération terminée dans 5, 4, 3, 2, 1. Terminé. Le monde 17 : Campagne vendéenne a été déconnectée. Tu penses à quoi pour le remplacer Karl? - Peut-être un monde type Caraïbes ou Bahamas, des plages de sable fin, la mer turquoise, de jolies filles en bikini, des types musclés et bronzés, tout le toutim quoi. - Ca m'a l'air sympa. - Et utile en plus. Les visiteurs restent scotchés aux vitres à regarder ce qui s'y déroule et oublient par la même qu'ils n'y iront jamais. Huhu. Comme ça on les garde tranquilles dans les usines d'Olympe sans crainte de révolte ou de souci. - C'est qui l'inventeur de ce système? - Aucune idée, à l'origine c'était une sorte de jeu vidéo. Ca c'était avant que Monsieur Kitazawa pense à l'utiliser pour tenir en laisse les populations. Sacrément bonne idée qu'il a eu le bonhomme. - Tu t'es déjà demandé si nous ne vivions pas nous-même dans un autre modèle de monde irréel? Si nous n'étions pas un maillon de la chaîne inconscient de son rôle? - Non, jamais... Parfois tu as de ces idées toi, hahaha... Hahaha... |
|
Écrit par yln
-
07-07-2008
|
|
Olympe Building S.A. C'est un immense building dominant le centre d'affaire de l'une de ses grandes mégalopoles anonymes. Au dernier étage, dans un luxueux salon deux hommes sont confortablement assis dans des fauteuils. Il y monsieur Kitazawa, jeune cadre supérieur sorti d'une université de premier plan et issu de la haute aristocratie. C'est un homme au regard malicieux et à l'expression souvent indéchiffrable. Mais pour l'instant, il semble surtout mal à l'aise, ce qui est pour le moins inhabituel venant de lui. L'homme assis face à lui est proche des soixante-dix ans, il est solidement bâti et à une expression de bouledogue. C'est un individu hautain et suffisant, toujours sûr de lui et rompu aux joutes du pouvoir. Mais c'est surtout le propriétaire du gratte-ciel et de l'entreprise qui y siège. Une entreprise que dirige d'une main de fer cet homme racé à l'intelligence remarquable, Monsieur Whitford. Kitazawa tourne son regard vers Mr. Whitford : - Avez-vous entendu ce qui est arrivé à Mr. Ziegler? - Oui. C'était en définitive un homme faible et il lui est arrivé ce qui arrive aux faibles. - Excusez moi, mais je ne comprends pas... - C'est pourtant simple. Derrière l'apparence lisse et glaciale d'un travailleur besogneux effectuant sa tâche avec soin et propreté se cachait un homme. Un homme qui ne pouvait accepter le reflet que lui indiquait son miroir chaque matin. Les derniers mots sont prononcés avec un mépris à peine voilé, ce qui surprend Kitazawa. - Je vous trouve dur Monsieur, nous parlons d'un homme qui s'est suicidé. - Croyez-vous que je l'ignore jeune homme!?! Je connaissais personnellement August Ziegler depuis près de trente ans. Mais par son geste, le respect que j'éprouvais pour lui s'est transformé en dégoût. Par son acte, il a trahi son camp, ses alliés, ceux qui l'ont sagement engraissés pendant de nombreuses années. Cela, Monsieur Kitazawa, je ne le tolère pas! Puis, sur un ton plus agréable : - Vous me trouvez injuste, vous pensez que je salis sa mémoire, n'est-ce pas? - Je n'irais pas jusque là Monsieur... - Mais si, mais si, je devine parfaitement vos pensées jeune homme. Comprenez bien, il pouvait démissionner ou se faire intégrer dans l'une de ses cliniques aux prix exorbitants par exemple. Au lieu de cela, il a choisi la facilité et la lâcheté. Dans mon métier Monsieur Kitazawa, dans Notre métier, la pitié et les sentiments sont aussi inutiles que nuisibles. - On ne l'aurait pas laissé partir, vous le savez comme moi Monsieur. Personne ne quitte le métier librement. - Et alors!?! Il serait mort de toute façon, mais d'une manière qui nous convienne et c'est cela qui compte. Un silence s'installe entre les deux hommes, Kitazawa est pensif, Mr. Whitford fume paisiblement son cigare. - Vous ne regrettez rien Monsieur, dans votre vie j'entends? - Non et je serai bien hypocrite de le faire. J'ai le pouvoir, la richesse et un seul de mes mots peut provoquer la déchéance ou l'abondance. J'ai beaucoup de talent et mon nom est redouté de ceux qui le connaisse. Mais, enfin si j'ai un regret. Ne pas avoir deviné la fissure de Ziegler qui s'accentuait jour après jou... - ... Vous l'auriez aidé? - Je vous demande pardon!?! Non, non, bien sûr que non, pour qui me prenez vous? Bien au contraire, je lui aurais fait la peau avant qu'il ne craque! J'aurai ainsi pu éviter tout ce misérable gâchis. Mr. Whitford regarde droit dans les yeux Kitazawa avant de reprendre de sa voix de stentor : - Il n'y a qu'une règle qui compte, Monsieur Kitazawa, une, et c'est celle-là qu'a brisé Mr. Ziegler! Des hommes meurent chaque jour pour assurer notre domination. Des hommes nous paient grassement pour s'assurer la tranquillité d'esprit et l'absence d'ennuis judiciaires. Il est de notre devoir de tout faire, absolument tout faire, pour donner satisfaction à ces gens! - Et les victimes, jamais elles n'effleurent votre esprit? - Voyons jeune homme, chaque guerre, chaque maladie fait des victimes. Soixante-cinq millions de personnes sont atteintes du sida de nos jours. Quand à la seconde guerre mondiale, elle a vu la mort de soixante-deux millions de personnes dont une majorité de civils. - Je ne saisis pas très bien où vous voulez en venir...? - Ce que je veux dire, c'est que les victimes sont une composante de la vie, de l'humanité. Il ne peut y avoir de vainqueur sans perdant, de riche sans pauvre, de dieu sans diable. Je veille simplement à ce que chacun joue son rôle et ne tente pas de s'aventurer là où il n'a pas à se trouver, voilà tout. Trouvez vous cela immoral Mr. Kitazawa? - Je... Je ne sais pas Monsieur. - Et c'est la seule réponse acceptable que vous pouviez donner Monsieur Kitazawa. Ce n'est pas à nous de juger de la moralité ou de l'immoralité. Nous, nous sommes ici pour faire notre travail du mieux possible. - Certains perdent parfois pourtant, y compris de nos clients. - Bien sûr, la domination totale est une erreur, elle créée au bout du compte des phénomènes de révolte extrêmement dangereux pour nous autres. C'est l'erreur classique des dictatures, croire qu'elles peuvent tout contrôler. Nous préférons laisser l'impression aux masses qu'elles sont maîtres de leur destin, ainsi elles ne nous gênent pas, ou si peu. Sachez Mr. Kitazawa que les plus serviles sont ceux pensant être considérés à leur juste valeur. N'est-ce pas amusant? De nouveau, le silence s'installe entre les deux hommes. Un téléphone sonne, Mr. Whitford répond, transmet quelques directives et raccroche. - Excusez moi Mr. Kitazawa, je vais devoir vous laisser. Mais avant de vous laisser partir, laissez moi vous racontez une blague qui circule dans le bas-monde : « Un homme meurt et se retrouve devant Saint-Pierre. Etonné, il voit un autre homme, la soixantaine, fumant un cigare et portant un costume hors-de-prix non loin du Saint. Le mort demande à Saint-Pierre qui est cet individu. Ce dernier hausse les épaules et répond : Ne faites pas attention, c'est Dieu qui se prend pour Mr. Whitford. » Hahahaha! Hahahaha! |
|
|