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Le destin d'Emma
Écrit par Luphenz - 01-11-2007

Cette histoire a été inspirée par un récent et véritable fait divers.

Emma, 33 ans, sort d’une soirée bien arrosée avec ses amis. Elle est au volant de sa vieille cylindrée grise métallisée dont les phares ne fonctionnent que par intermittence. A côté d’elle, sur le siège passager, deux canettes de bières entamées brillent sous les lumières du tableau de bord. Emma trace la route en plein milieu du Morvan. Maîtrisant bien son véhicule, malgré son taux d’alcolémie, elle dompte aisément les sinuosités de la départementale, et croise forêts, fossés, et bourgs délabrés en pagaille.

Une heure auparavant, un chat errant qui cherchait un peu de chaleur, s’est introduit dans le véhicule par une portière mal fermée, puis s’est endormi. En effet, il fait plutôt froid pour une fin d’été et le vent du soir n’est guère aimable. Emma a pourtant fait le tour du véhicule avant de monter, mais ses yeux fatigués n’ont rien détecté.

Soudain, la jeune femme aperçoit quelque chose sur la route, elle braque et évite au dernier moment un arbre qui est à moitié couché sur la chaussée. Heureusement, il n’y a personne en face… Le chat est réveillé en sursaut, mais ne bronche pas, conscient de sa clandestinité.

Emma remet sa voiture sur la bonne voie puis attrape une canette et boit une gorgée pour se calmer. La lancinante envie d’uriner qui la taraude depuis quasiment son départ ne fait qu’empirer. Il va falloir qu’elle s’arrête.

Un village est au loin. Emma le traverse et stoppe sa voiture à côté de l’entrée du cimetière. Les portes de celui-ci sont entrouvertes. Sur le moment, aller uriner dans un cimetière lui semble une expérience mystique à tenter d’urgence. La portière de la berline n’est pas refermée. Le chat, nonchalant, dont la situation pique la curiosité descend et suit la jeune femme.

Un soubresaut. Vite. Emma se met à courir. Le chat noir l’observe de loin tandis qu’elle commence à se soulager. Ne pouvant conserver son équilibre en position accroupie, elle cherche à se raccrocher à une stèle(Famille Légasse)… mais celle-ci cède, mécontente, lui retombant lourdement dessus. Une partie de son corps s’enfonce alors dans le sol meuble, et elle meurt suffoquée.

Le chat, qui a voulu garder l’anonymat, a tout de même confié que ‘C’est bien la première fois que j’assiste à ce genre d’inhumation, et pourtant Dieu sait si j’en ai vu... ‘. Il ajoutera même, soucieux de ne pas avoir d’éventuels ennuis avec la justice: ‘Je n’ai rien pu faire’.

Moralité : Il n’y a rien de plus dangereux qu’une stèle mal disposée.
 
L'enfance en 2005
Écrit par Tveroz - 01-11-2007
Je suis sûr que vous avez déjà entendu au moins une fois une personne âgée vous dire « Tu as de la chance, moi quand j’étais jeune, j’avais une orange à Noël et j’étais content ! », ou bien « A mon époque c’était dur, je suis pas allé à l’école, je devais travailler ! »

Vous savez quoi ?
C’est pas vrai !
C’était pas plus dur avant !

Notre société se démène afin de rayer un mot du dictionnaire. Il s’agit du mot « enfance ». Du moins, elle en change le sens !

Aujourd’hui il m’arrive d’entendre des enfants dire :
« Je suis stressé ! ». Et ils ont 8 ans !

Pourquoi ce serait plus facile maintenant ? Prononcer une telle niaiserie prouve bien le désintérêt que le troisième âge porte à la jeunesse ! On croit que les enfants pourrissent devant la télévision, qu’ils engraissent devant leur console de jeu et qu’ils oublient la langue en SMS. Mais il s’agit bien de SOS ! Est-il normal qu’un gamin de 8 ans ait conscience que ses parents goûtent aux joies du surendettement ? Que la mère soit obligée d’accepter un travail pour un salaire de misère, que le père ne change pas le pot d’échappement de la Clio pour pouvoir payer E.D.F. à la fin du mois ?

De plus en plus les enfants baignent dans la culpabilité. Qu’est donc devenue l’innocence des petites têtes blondes ? Pourquoi un enfant doit-il comprendre aujourd’hui qu’il a un coût ? On offre aux enfants la question de la légitimité de leur existence et on va encore nous dire qu’il est plus luxueux de vivre de nos jours ?
J’en ai marre de voir des enfants cernés parce qu’ils sont sujets à l’insomnie, je trouve effrayant la prolifération de la pédopsychiatrie !

Arrêtons de dire aux mômes « Tu veux faire pleurer ta mère ? »

Ce n’est pas inhérent à la condition de l’enfant, c’est juste de notre faute !

 
Born like this...
Écrit par oR.hal - 01-11-2007
Born like this
Into this
As the chalk faces smile
As Mrs. Death laughs
As the elevators break
As political landscapes dissolve
As the oily fish spit out their oily prey
We are
Born like this
Into hospitals which are so expensive that it's cheaper to die
Into lawyers who charge so much it's cheaper to plead guilty
Into a country where the jails are full and the madhouses closed
Into a place where the masses elevate fools into rich heroes
Born into this
Walking and living through this
Dying because of this
Castrated
Debauched
Disinherited
Because of this
The fingers reach toward an unresponsive god
The fingers reach for the bottle
The pill
The powder
We are born into this sorrowful deadliness
There will be open and unpunished murder in the streets
It will be guns and roving mobs
Land will be useless
Food will become a diminishing return
Nuclear power will be taken over by the many
Explosions will continually shake the earth
Radiated men will eat the flesh of radiated men
The rotting bodies of men and animals will stink in the dark wind
And there will be the most beautiful silence never heard
Born out of that
The sun still hidden there
Awaiting the next chapter.

Charles Bukowski
 
La Maison du bonheur
Écrit par Luphenz - 01-11-2007

Cette histoire a été inspirée par un récent et véritable fait divers.

Linda Lisken, est une arrière-grand-mère de 78 ans, pensionnaire à la maison de retraite, « Heaven’s garden » à Atlanta.
Elle aime : Les gâteaux sucrés ; le soleil, mais pas trop ; prier quand elle s’ennuie ; se sentir la plus belle dans sa robe de chambre rose, se faire faire une mise en plis ; faire damner Gina, une pauvrette de l’établissement ; le jeopardy, le couinement étudié de ses pantoufles sur le sol et les armes à feu.
Elle n’aime pas : Les homosexuels, les jeunes femmes trop belles, les non blancs, les non riches, les non comme elle - en gros et surtout John Kerry.

George W. Kingsley, 85 ans, est lui aussi pensionnaire à la maison de retraite, « Heaven’s garden » à Atlanta.
Il aime : Relire les biographies de Ronald Reagan, découper tous les articles concernant ce président, le décolleté de Gina, Heather sa nouvelle conquête, les armes, le golf et Dieu.
Il n’aime pas : Le couinement à répétition des pantoufles ; les non « wasp » ; New York ; les communistes ; prendre l’avion, et surtout John Kerry.

Linda et George filèrent le parfait amour pendant plusieurs années, mais un jeudi après-midi d’été, ce bruit de pantoufles tonitruant exaspéra tant George qu’il finit par quitter Linda. Quelques semaines plus tard, il ne pensait déjà plus qu’à Heather, 76ans.
Après la rupture, Linda continua à rendre visite à son ancien compagnon, sans invitation dans sa chambre. Peu de temps après avoir surpris le baiser de trop entre Heather et George, elle revint le voir en robe de chambre et en pantoufles, le doigt sur la gâchette d'un antique pistolet. Un vigile aux aguets essaya d’intervenir, mais elle réussit à tirer dans la tête de son ancien compagnon à quatre reprises. Ce dernier lisait paisiblement le journal.

Walker Texas Ranger n’en serait pas revenu.

« Je l'ai fait et je le referais, si c'était à refaire ! » hurla la jalouse Linda, aux forces de l’ordre venues l'arrêter.
L'arrière-grand-mère tueuse fut assignée à résidence après son audition. Le juge lui imposa de porter un bracelet électronique et de vivre avec sa petite-fille. "Je ne veux pas la voir traîner dans les rues". "Qui sait combien d'autres revolvers elle possède ? Son verdict fut accompagné d’un "Qu’on lui retire ses pantoufles, c’est une véritable calamité! » Le public fit alors une standing ovation.

Tout est bien qui finit bien.
 
Le concept de "Marginalité"
Écrit par Tveroz - 01-11-2007
J’ai bien plus peur de la médiocratie que de me noyer dans la masse. Mais qu’est-ce que cela peut vouloir signifier ? D’aucuns recherchent, de manière vaine à mon sens, une façon de sortir du lot, la plupart du temps en se revendiquant comme tel ou tel. On entend :

« Je suis anarchiste » ou « Je suis punk » et caetera… Il y a presque un aspect performatif et pragmatique dans le fait de prononcer ce genre de phrase. En effet, dès lors que je prononce :

« Je suis anarchiste » je m’enferme dans une caste assujettie à divers comportements. Avant de devenir un grand punk, l’homme doit philosopher. Philosopher ne signifie pas ici jouer à « No future » colin-maillard avec Bernard Henri-Levy mais juste acquérir des moyens de penser et d’agir.

Je ne peux toutefois pas en vouloir au quidam qui cherche désespérément à quitter la glèbe plébéienne. Après tout, pour réfléchir, il faut savoir transgresser les systèmes de référence, sans doute le seul moyen de s’épanouir.
Finalement le rêve du libre-penseur est d’échapper au contrôle des éminences grises et donc, plus que de quitter la marge et devenir marginal, il fait la nique à ceux qui le contraignent à la médiocrité.
Nos esprits critiques se sont émoussés et plus gravement l’homme sent de moins en moins l’oppression. Et nous voici aliénés, gavés comme des oies à des idéologies qui sont loin d’être bien-pensantes, on nous apprend la peur de l’autre, la peur de l’extérieur, la peur de la peur…
On nous oblige à contenir nos « énergies vitales » pour devenir des éclopés certes, mais des éclopés qui ne font pas de remous. On nous fait croire à un autre équilibre, la répression ne s’exerce plus dans la limitation de la consommation de vivres, nos estomacs sont pleins et nos têtes vides.

Savez-vous ce qui demeure le plus grave dans cette histoire ?
Certains vont lire ceci et de suite me qualifier de sale utopiste binoclard qui parle et ne bouge pas son gros cul ! Et ainsi de fil en aiguille, l’homme apprend à ronger son frein à tel point qu’il ne ressent même plus le besoin de se révolter, il est heureux dans son étable, sous le joug… Céline nous l’avait pourtant promis, la résignation désincarne l’homme, l’homme est une espèce en voie de disparition. Comme l’homo sapiens a semble-t-il pris le dessus sur le néandertalien, l’homo sine animus éradique l’homo sapiens sapiens.

Alors laissons les punks, les anarchistes, les hippies, les grunges, les goths et toute la bande, lever le poing et fucker le monde, même si cette révolte ne dure qu’un temps, même si l’homme est appelé à mourir vers 30 ans, laissons-lui encore la saveur âcre de la subversion, qu’elle soit vaine peu importe.

Il faut un jour s’être dit : « On va tout changer ! »

 
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