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L'Encre invisible
Écrit par Luphenz - 27-05-2008
L'Encre invisible

Je suis l'absent au monde. Tu es celle qui ne s'est pas retournée. Tu ne m'as pas vraiment ignorée... tu ne m'as simplement pas vu. Comment t'en vouloir ? Je ne me reflète même pas dans les psychés. Je ne devais pas briller assez pour apparaitre dans ta sphère d'existence. Une mauvaise parallèle. Rien d'inhabituel. Nous avions pourtant partagé en deux croissants de lune plus que l'intimité d'un rêve. Nous avions tutoyé la rosée et les fleurs du mal. Dans nos élans nocturnes, je m'étais délecté de ta peau- opium et tu avais détourné mon visage de la viduité. Tes mains nacrées avaient parcouru tous mes paysages avant de finir leur pas de deux sur mes yeux mauves. Une averse d'émoi s'en donnait alors à coeur joie, mais les flots n'en avait pas encore fini avec moi. L'océan est un rapace.

Depuis l'incident, j'ai repris mes travers solitaires. Je parcours les rues d'entraves avec mon air interdit et mon goût aigu pour l'agonie. O Déliquescence. O Mânes siphonnés. Je vous ressens dans la folie et les balbutiements que je fréquente dans les bras de Morphée. Je me délecte de vos froides caresses le long de ma nuque. Ne vous gênez pas. Ne faites donc pas semblant. Faites comme au début. Frappez de tout votre poids. Infectez les plaies de vos germes-horizon. Que l'acide coule dans les gorges! Que les salives saignent les travées ! Un beau poison.
Tu vois, tu n'as rien raté. Je ne vais tout de même pas te dire que tu as raison. Après tout, tu ne m'as simplement pas vu. Comment te maudire ? Comment t'en vouloir ? Je ne suis que l'absent au monde. Non, ne te retourne pas. File et rejoins cette orgie du réelle à laquelle la vie t'a conviée. Le chemin t'aura bien assez vite dévoré. Moi ? Qui ça ? Tu parles au fantôme maintenant ? Mais, non. J'ai seulement disparu et tu ne t'en es pas aperçu. Grand bien te fasse. Sans rancune. Sans écume. Au fait, tu es mère. Seule l'encre ne semble pas éphémère. Elle a dû débordé de mon ombre. Désolé. Oui, Tristan est un bien joli prénom. Jésus aussi, car dans ton cas, cela ressemble plus à une immaculée conception. Et puis, la crucifixion est une si belle promesse...
 
Ombre Humaine 5 @KB
Écrit par NoMorgan - 24-05-2008

Ombre Humaine 5 @KB
 
Soleil de plomb sur mer d'huile
Écrit par yln - 23-05-2008

Soleil de plomb sur mer d'huile

La chaleur est écrasante, étouffante, engourdissant les corps et les esprits. Le vent joue à cache cache, ne fait que de brèves et trop irrégulières apparitions. Son souffle est si faible qu'il n'amène cependant pas la moindre douceur, l'air ambiant restant aussi lourd quand il tente ces trop rares percées. En ce jour d'août, le soleil est le seul maître et il ne cesse de le rappeler aux corps étourdis par sa puissance.

On est allongé sur l'un des bancs du cockpit, la tête confortablement maintenu par un coussin. On ferme les yeux, mais pas totalement, on ne les clôt qu'à moitié, laissant passer un peu de ciel et de soleil. On se laisse bercer par le léger roulis, si léger qu'on l'oublierait presque avec cette mer d'huile. On écoute avec le sourire aux lèvres le léger grincement du gréement, le son du clapotis frappant la coque. S'il n'y avait pas cette chaleur infernale on pourrait se croire au paradis...

On ne parle pas, on bouge peu, on a enlevé toutes les couches de vêtements superflus même si cela n'est rien face à la chaleur. Tout se fait plus lentement, plus doucement. On met plus de temps à fumer sa cigarette. Les conversations sont décousues, entrecoupés de longs blancs, de pauses. Les rires sont légers, peu structurées et finalement peu audibles en rapport des rires habituels. Quand on doit se lever, on attend le plus possible, on attend le temps où l'on ne pourra plus repousser l'échéance. On se lève lentement, comme si l'on était courbaturé, on a le sentiment d'avoir dormi, pourtant ce n'est pas le cas. On se glisse à l'intérieur, la chaleur y est ici tout bonnement insupportable alors on se hâte, les gestes se font plus vifs. Et enfin on ressort, rien ne vaux d'être dehors.

On boit tranquillement les bières fraiches qu'on est parti cherché à l'intérieur, on savoure autant l'alcool que sa fraicheur glacée qui semblerait presque incongrue par ce temps. On en profite pour contempler le ciel. Les nuages y sont d'une grande rareté et d'une blancheur laiteuse, mais c'est surtout le bleu du ciel qui attire. On le regarde lentement, sans vraiment le regarder sur la fin, en faisant simplement la toile de fond du moment. Et on reste là, bougeant peu, parlant peu, buvant et fumant lentement.

Un léger souffle de vent fait son apparition, on le sent glisser sur nous avec délectation. Pour la première fois de la journée il se maintient, il ne faiblit pas, il augmente même sensiblement avec le temps. Les esprits se remettent doucement à fonctionner, les cerveaux enregistrent toutes les informations avec beaucoup d'intérêt. Cela dure quelques minutes, on sent l'atmosphère changer. On se relève, on regarde le ciel, la mer, le ciel, la mer. On sourit, il n'est pas trop tard. On augmente la cadence, les gestes retrouvent vitesse et précision, en quelques mots la décision est prise. On range, on s'assure que tout est en place. Il est quinze heures et désormais le temps est à la voile. Dans dix minutes nous aurons quittés le mouillage pour une courte traversée de trois à quatre heures. C'est court, mais peu nous importe face à la satisfaction de pouvoir, comme chaque jour, lever l'ancre et prendre la direction du large.

 
Guns'N'Roses - Chinese Democracy
Écrit par Seth Gecko - 24-04-2008

Guns'N'Roses - Chinese Democracy 

 
"Mais qu'est-ce qu'il nous fait?", "Quoi Seth bosse secrètement chez Geffen?", "Il est sorti Chinese Democracy?"... Halalalala, que de tempêtes sous vos petits crânes, chers lecteurs! Non, je ne bosse pas chez Geffen, d'ailleurs personne n'y bosse plus puisque le Chinese Democracy a coûté jusqu'à ce jour la modique somme de 13 millions de dollars. "Alors quoi, tu te fous de notre gueule??" Y'a un peu de ça... mais j'ai le droit, vu qu'il n'y a plus de fan des Guns sur Terre depuis belle lurette, il y a comme qui dirait prescription. Ah quoi bon parler d'un album qui ne verra probablement jamais le jour, sorte d'Arlésienne du rock, projet tombé à l'eau depuis longtemps et dont la sortie aujourd'hui ne servirait à rien? Pourquoi tirer sur l'ambulance? Parce que Axl a toujours été, à mes yeux, qu'un infâme détritus rouquin qui chante dans un micro en mousse has been, puant, crétin. Un Gallagher mais en pire. Le type dont on accroche le poster sur sa cible de fléchettes. Une marque de bière américaine a récemment proposé d'offrir une canette à chaque amerloque si jamais l'album sortait un jour. Régulièrement, à chaque fois qu'un nouveau comptable débarque chez Geffen en fait, on nous balance un communiqué optimiste: l'album doit sortir bientôt. On y a jamais autant cru que l'été dernier quand le groupe s'est remis à tourner. Puis plus rien. A quoi bon de toute façon sortir un album qui sonnerait comme il y a 10 ans, voir plus. A force de ne pas vouloir se lancer, Axl est contraint de réécrire, d'actualiser le son des Guns pour le rendre présentable en 2008. Un million de zicos ont défilé en studio, tous ont fui, faisant le portrait d'un mégalo encore plus imbue de sa personne qu'à l'époque des Use your illusion, période dorée lorsque le groupe en était encore un, qu'il remplissait les stades et que Slash frisait l'aura divine. Admettons que l'album sorte demain. Est-ce qu'un single fera des ravages? Impossible sinon il serait sorti depuis longtemps cet album s'il avait un quelconque potentiel commercial. Pour sûr que des concerts des G'n'R intéresseraient encore pas mal de monde, y'a bien du monde qui va à Carrefour le samedi après-midi, mais un nouvel album... Ha il est beau notre Axl. Il aurait du le pondre de suite cet album, au beau milieu des années 90, il se serait peut-être vautré mais il aurait pu enchaîner, faire comme les autres, les Megadeth, Maiden, AC-DC, toutes les pointures 80's-90's. Alors oui, je me réjouis. Je me réjouis de voir que par orgueil, pour avoir eu les yeux plus gros que les couilles (ah oui, pardon, couchez les enfants...), Axl est contraint de stagner dans sa propre merde plutôt que d'offrir à la face du monde un album qui ne doit être, s'il existe, qu'un medley des partoches de Use your illusion (ça serait déja pas mal...). Pas la peine de se ronger les ongles, on a plus de chance d'avoir un nouvel album de S.O.D que ce fameux Chinese Democracy... à moins que... mais c'est bien sûr, Axl est un génie!!! Il réserve cet album pour la cérémonie des J.O à Pékin!!! Le single majeur de l'album sera un duo avec Kassav et Youssoun Dour (un trio donc...) et ce sera l'hymne des J.O! Quelle bête commerciale ce Axl! Il a eu le nez fin derrière son micro molletonné.

 
La valeur des mots (2)
Écrit par yln - 12-04-2008
La valeur des mots
Ils sont toujours à la recherche de la bonne phrase, du bon terme, jouant avec les mots qui sont leur quotidien. Voici leur histoire.

Alan Lyman

- Avocat. -

Enfant je me sentais l'âme d'un poète, j'aurais aimé être Yeats, Baudelaire, Parker ou Auden. Les mots étaient pour moi des bonbons au goût généreux et acidulé avec lesquels j'aimais jouer, créé, inventé. Mais en grandissant j'ai perdu une partie de mes rêves et de mes espoirs, et parmi eux, mes désirs poétiques enfantins. J'ai longtemps nourri des regrets à ce sujet, j'ai même culpabilisé d'avoir laissé le temps avoir raison de mes souhaits, de mes envies, de mon idéal. Mais aujourd'hui, quand je regarde derrière moi je n'éprouve plus d'amertume. Car ce n'était en réalité qu'une étape, une étape qui allait avoir des répercussions bénéfiques sur le reste de ma vie, mais cela j'ai mis du temps à le réaliser.

A dix-huit ans j'entrais à la prestigieuse université de Yale pour faire des études de droit. Mes premières années d'études me donnèrent l'impression de perdre définitivement la magie des mots. Chaque jour n'était que mémorisation d'ouvrages de droit, des différents codes, des jurisprudences. J'étais plus que jamais au contact des mots, mais ceux-là étaient indigestes, lourds, sans styles, sans beauté. Alors que j'en étais presque à me lamenter sur la voie que j'avais emprunté le déclic eu enfin lieu. Nous commencions à organiser des faux procès, chaque élève jouant un rôle, du juge au juré en passant par le témoin, le procureur et l'avocat de la défense. Et c'est à ce moment que les mots sont revenus, ont retrouvés leur fantaisie, leur attrait. J'ai redécouvert avec un plaisir indescriptible le bonheur des petits et des grands mots. Je me suis senti un autre homme enfin libéré des chaînes qui depuis trop longtemps m'oppressaient, me brisaient.
Je suis sorti troisième de ma promotion et ai été engagé au célèbre cabinet bostonien Crane, Shore & Stark. Cela fait maintenant quinze ans que j'y travaille et je touche près de 600.000 dollars par an. Je suis l'un de leurs meilleurs éléments, chose dont je suis particulièrement fier.

J'aime le temps de la préparation des procès. Ses instants où je réfléchis à la manière dont je vais aborder les choses, à la réalité que je vais présenter au jury. Je suis assez maniaque pendant cette étape, mais cela me permet également d'être parfaitement préparé, prêt à toutes les éventualités. Mais dans ce temps figure deux moments plus particulier pour moi, ce sont les deux plaidoyers, celui d'ouverture et celui de clôture. J'éprouve une réelle jubilation à voir mon stylo plume glisser sur la page blanche, à voir les mots sortir les uns après les autres. Je me vois dans la salle d'audience, je vois les visages des jurés, j'entends le son de ma voix, vois les gestes que je ferais.
J'aime passer un témoin sur le gril pendant d'interminables heures. J'aime faire naître le doute, faire pénétrer dans l'esprit des jurés que la partie adverse ne dit pas tout, qu'elle a tort. Mais par-dessus tout, j'aime les premiers et les derniers instants du procès, quand seul devant le jury je leur explique ce que j'attends d'eux. Quand je débute, quand je finis de tisser ma toile. Quand je mets en place dans leurs esprits les premières pièces du puzzle, quand enfin je leur fais voir le puzzle dans sa totalité. Quand à l'issue du procès je sais avoir distillé minutieusement les éléments qui me mèneront à la victoire.

Les mots de l'avocat et ceux de l'enfant n'ont en définitive que peu de choses en commun. Ils ont perdu leur bonhommie, leur naïveté et leur douceur pour devenir les instruments équivoques de ma réussite. Les mots sont devenus des lames acérés, prêtent à manipuler, ciseler la vérité, annihiler l'adversaire, laminer les témoins. Et j'y vois leur qualité première, cette possibilité qu'avec du talent, les mots deviennent ce que vous souhaitez qu'ils soient. Peu importe que vous soyez avocat, scénariste ou chroniqueur, en définitive il ne reste que les mots bien tournés, seuls devant l'éternité.
Je ne recule devant rien pour gagner, quitte à franchir la ligne rouge de temps à autre. Mais je ne me suis jamais brûlé les ailes et c'est pour moi la seule chose qui importe avec le fait de gagner. Les mots sont devenus mon meilleur allié. Ils me permettent d'être ce que je suis aujourd'hui, un avocat redouté et renommé, un homme heureux et satisfait de sa vie. Un amoureux des mots en accords avec eux.
 
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