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Public Enemies
Écrit par Seth Gecko - 09-07-2009

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Public Enemies

Le dyptique consacré à Mesrine avait des allures de film labellisé Michael Mann par instant. Avec Public Enemies, Mann en personne s'attaque au film de gangster estampillé de façon criarde par la presse à sensation du moment "ennemi public numéro 1". Et Mann de revenir au biopic donc, genre dans lequel il avait excellé avec Ali.

John Dillinger est né le 22 juin 1903 et fut abattu en pleine rue, à la sortie d'un cinéma, le 22 juillet 1934. Il venait de voir la dernière séance du film... "L'ennemi public n°1" (Manhattan Melodrama, avec Clark Gable). Enième ironie du sort pour Dillinger, fils de propriétaire terrien, à l'abri du besoin, qui se met pourtant à braquer des banques. Il refuse de prendre l'argent des clients et ne se sert que dans les coffres et le voilà devenu Robin des bois pour les médias qui s'empare du phénomène et en profite pour railler la Police et le naissant FBI. Dillinger, comme Mesrine, comme Jesse James, comme Bonnie et Clyde, répugne, fascine, subjugue. Il est un héros de roman feuilleton lâché dans le décor, un électron libre dans l'Amérique qui se gigantise et se normalise et se codifie de façon stricte pour ne pas retomber dans la Grande Dépression.

Qui pouvait incarner avec autant de charisme Dillinger? Qui d'autre que Johnny Depp? Pas mécontent de revoir Depp ailleurs que chez Burton ou Pirates des Caraïbes. L'ami Depp revient enfin vers ce terrain qu'il avait arpenté dans Donnie Brasco: des gangsters, des codes d'honneur, des chasses à l'homme. Pirates des Carabines. La nuque et les tempes coupées à ras, la balafre fendant la joue droite, Depp est un Dillinger déterminé, éternel joueur, en mouvement perpétuel, conscient de jouer à un jeu dont les règles lui échappent: la Pègre se met à gagner avec des paris clandestins, quotidiennement, plus d'argent que lui en un braquage et cela sans risque. Le FBI s'équipe, monte des écoutes d'envergure, piste et traque le moindre détail. Depp/Dillinger perd peu à peu pied dans cette nouvelle escalade. Le héros à l'ancienne est désarçonné.

Le côté face du duo, c'est Christian Bale qui l'incarne, décidément omniprésent à Hollywood, plus bankable que jamais. Lorsque le héros est un gangster, la figure antagoniste devient toujours le flic déterminé, la hyène qui traque sans répits. L'ambiguïté du concept, c'est de faire endosser au bras armé de la Loi la figure du méchant. D'autant que dans l'administration d'Hoover, on se s'embarrasse pas avec la paperasse: on torture pour renseigner et on abat de sans froid, sans sommation. Melvin Purvis (Bale) est le premier de la classe, l'agent parfait mais aussi le plus pur, celui qui sert la mâchoire à chaque écartade, piqué par la petite voix de la conscience qui sommeille au fin fond de son esprit. Cette voix ne cessera de grandir et poussera Purvis au suicide, quelques temps après la mort de Dillinger.

Mann signe un grand film, sans caricaturer une époque, la Prohibition, et une ville, Chicago, vues et revues à l'écran. Au contraire, il y apporte son style bien à lui et ses figures de style: les gunfights nocturnes filmés en HD, les effets sonores ahurissants - une fusillade ne crépite comme ça que chez Mann - les plans rapprochés au plus près des visages et de préférence derrière les têtes. Public Enemies est peut-être le film qui le consacrera, celui qui unira les admirateurs et les détracteurs. La série en cours de Monsieur Michael Mann commence à être sacrément impressionnante: Le Dernier des Mohicans, Heat, Révélations, Ali, Collateral, Miami Vice, Public Enemies. Qui, à part Scorsese, Tarantino ou les Coen, peut se targuer d'une pareille série? Mann is the Man.

 
 


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