|
Inglourious Basterds Dur, dur d'écrire cette chronique tant tout a été dit sur Tarantino, dans ce webzine, dans la presse depuis Cannes. Le buzz autour des bâtards est assez gigantesque, Tarantino étant le seul metteur en scène "star". On a parlé de la genèse du film, de son contenu, on a même, avant-première cannoise oblige, largement spoilé, ici et là, la fin du film et son contenu irrévérencieux. C'est la dure loi du buzz, de la rumeur, des infos qui circulent à la vitesse de la lumière sur la toile puis dans la presse. Le film a été acclamé 11 minutes lors de la projection cannoise. La presse glorifie QT, ses acteurs, son audace, sa mise en scène, son script, son amour du cinéma et de la France. Femme actuelle, Paris Match, Les Inrocks et les Cahiers sur la même longueur d'ondes. Les bobos et les geeks se donnent la main grâce à Tarantino, lui dont l'un des points forts et de savoir obtenir l'alliage parfait des extrêmes. Que dire, donc, après tout ça? Que le cinéma n'est pas le 7ème art, mais bel et bien le premier quand on voit des œuvres de cette richesse. Tarantino énerve certains, agace d'autres parce qu'il parle tout le temps et sans doute trop, parce qu'il s'inspire d'ici et là, parce qu'il en fait des caisses. Oui mais voilà, avec ses films, vous avez le beurre et l'argent du beurre. Tarantino, c'est Usain Bolt, le show avant, pendant et après. Alors oui, ça détonne mais ça fait un bien fou de voir que dans un zoo où tous les animaux sont amorphes, il y en a encore quelques-uns qui secouent les cocotiers. Certains films parlent au coeur, d'autres à l'esprit. Chez Tarantino, le plaisir se déguste au sens premier. C'est l'oeil qui est la première zone érogène. Voir un film de Tarantino se vit comme une attraction. Il faut voir la réaction des gens dans la salle... On rit et on s'esclaffe... comme les nazis devant L'honneur de la Nation ou les bâtards devant les exploits de l'Ours Juif... Tarantino fait dans la démesure, dans la rupture de ton, dans le copier-coller décalé. Tout est possible, rien n'est interdit. Il lâche à Cannes 2008, en mode "que-d'la-gueule", qu'il reviendra l'année suivante avec son Inglourious Basterds, il s'acoquine avec Brad Pitt, tourne le film en quatre langues différentes et le présente en compétition officielle, ni plus ni moins. Le film, à peine monté et mixé, s'offre le luxe de rafler le Prix d'interprétation masculine (Waltz génial! J'y reviens après) à défaut de la Palme (impossible avec un jury trop cérébral et provoc'... et convenu (Haneke). Inglourious Basterds, découpé en cinq parties, est l'histoire d'un sauvage massacre, d'un groupe d'élite spécialiste dans les exactions et d'un complot d'espionnage terroriste. Comme toujours, les histoires se regroupent, s'imbriquent, se croisent... et la petite histoire de rencontrer la grande. La première demi-heure, dans la ferme des Lapaditte puis avec la présentation des Basterds, est un pur moment de grâce. Christoph Waltz incarne un nazi tortionnaire, oui mais dont les armes sont les mots. Il torture ses proies linguistiquement avec un génie du verbe inouï. Quand la scène d'ouverture d'Il était une fois dans l'Ouest rencontre la scène du contrat de Sentenza dans le Bon, la Brute et le Truand... je finis toujours la travail pour lequel on me paie . Sublime crescendo crépusculaire, un face à face tendu et courtois entre le prédateur et sa proie, Denis Menochet au regard rappelant Robert Mitchum jeune. Puis le rythme se relâche pour un hymne à la Nouvelle Vague. Dans un Paris de carte postale, un jeune soldat allemand flirte avec une jeune directrice de cinéma. Le quatrième chapitre offre un grand moment: une scène de bar façon Reservoir Dogs ou final de Pulp Fiction. Comme dans la scène d'ouverture, les mots parlent avant les armes. Parce que l'action chez Tarantino se conçoit plus comme celle de Woody Allen que comme celle de Zack Snyder. Le verbe condamne à mort presque plus dangereusement qu'un revolver. Vient le final et son feu d'artifice. Pas de spoiler ici, par respect pour le spectateur. Mais bien sûr, il fait et fera parler. Alors non, Tarantino n'est pas un activiste du Mossad, il est un amoureux du cinéma et, chez lui, l'image triomphe toujours. Mention spéciale : A Til Schweiger pour son attitude badass et ses airs bronsoniens, au plan de Christoph Waltz qui d'un coup se tend et demande "hébergez-vous des ennemis de l'Etat?", à la musique de Morricone lorsque l'Ours Juif sort de sa grotte, à l'hilarante scène en italien et à la jeune fille qui était à ma séance et qui arborait un t-shirt vert sur lequel figurait Quentin Tarantino is a genius.
|