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Black Swan J'ai vu cette semaine le True Grit des Coen Bros. J'aurais bien fait une chronique sur eux mais vous savez tout le bien que j'en pense avant même de me lire. C'est un peu comme mon point de vue sur Tarantino (ça buzze d'ailleurs en ce moment entre César d'Honneur et hypothétique Vrai western spaghetti!): dithyrambique et cousu de fil blanc. Et comme je me suis fait rare par ici (oh, tu est là toi? Comme tu as changé! Merci de passer nous voir entre deux consultations d'horaires de bukkakes à venir sur www.retire-ta-langue-je-vais-péter.fr!)... La nuit dernière, Le Discours d'un roi a raflé les principaux oscars (big three: meilleurs film, réa et acteur). Je ne l'ai pas encore vu - j'y compte bien - mais il a intérêt d'être à la hauteur parce que True Grit, c'était du lourd et là, je sors à chaud de la projection de Black Swan, je suis dans mon lit et j'écris cet article dans mon Moleskine avec un crayon offert par une municipalité picarde, vestige d'errances passées (renforçons encore davantage l'aspect baroudeur). Black Swan donc. Grosse claque. Film atmosphérique, oppressant, éprouvant physiquement (pas besoin de 3D à la con... ou alors, goût fromage), très maîtrisé, une mise en scène géniale avec une caméra qui colle à la chaire d'acteurs à fleur de peau (et qui ont parfois la chaire de canard). Aronofsky joue avec les bruits: les respirations, les échos dans un film déjà très marqué par une musique enivrante et signe son film le plus lynchien (il devient quoi lui d'ailleurs?) puisqu'il faut sans cesse étiqueter et référencer. Portman (récompensée ce tantôt aussi - à juste titre) est magnifique. Pure puis borderline puis barge dans un rôle assez indescriptible au final: viscéral, torturé. Un spectre fragile mais au combien dangereux qui nous renvoie au Nicholson de Shining. Rongée par ce qu'elle désire et ce qu'elle crée. Vampirisée presque. Black Swan est un ovni, déjà, en terme de pitch: une danseuse prépare le Lac des Cygnes, s'ensuit prépa chaotique et conflits d'anorexiques en tutus. Au final, on se retrouve avec un thriller organique, flippant et malsain, version féminine de la schizophrénie de Tyler Durden et son Fight Club. Aronofsky verse dans le beau et sombre fantastique à la japonaise: des éclairs de fureur terrifiants mais très esthétiques car chorégraphiés au poil de plume. On est très loin des effets faciles et outranciers (mais patience! Scream 4 sort bientôt!) Requiem for a dream était un film coup de poing, que je classe dans le haut du panier catégorie opéra prima (mon top 3 puisqu'il faut toujours classer: Tesis d'Amenabar, Reservoir Dogs d'un mec dont j'ai zappé le nom et Boogie Nights de PT Anderson: des premiers films boomerangs, un coup dans les dents puis BOOM un autre derrière la tête, double effet kiss cool :) ). Devenu culte un peu à tort à mon goût, porté par une génération de teenagers en Converse (on leur pardonne, c'est de ma génération dont il s'agit: le glas des 30 ans en 2011? Clique sur "J'aime"). Quand Telerama finit dans les chiottes, forcément, les gosses mettent la main dessus. Culte car dérangeant et violent. Le cycle courant. D'Orange mécanique à C'est arrivé près de... The Fountain, au risque de surprendre par un avis trop argumenté, m'a bien fait chier. Et pis c'est tout. Y'a des trucs comme ça. Vous savez, lorsque tout le monde bouge la tête en écoutant ce super nouveau single de ce super nouveau groupe trop hype. Et vous, y'a rien à faire, vous préférez la face B. J'ai un problème similaire avec les films de Miyazaki. Je trouve ça sympa puis je finis par bailler. The Wrestler par contre. BOOM! Pour moi, la fin de la première décennie de ce second millénaire (tu suis?) a été marquée par 4 putains de chefs d'œuvre: No country for old men, There will be blood, Inglourious Basterds et The Wrestler (4 noms non traduits, merci mon Dieu... dernier fou rire en date, le nouvel Adam Sandler Just go with it aka Le Mytho). The Wrestler, un catcheur cardiaque qui remonte quand même sur le ring parce que c'est dans la vraie vie qu'il en prend plein la gueule. Bouleversant. Rourke dans un rôle gigantesque. Pendant Black Swan, paradoxalement, j'ai pas arrêté de penser à Randy "The Ram" et je me suis amusé à envisager le second film comme un écho du premier. Comme si Black Swan était The Wrestler Volume 2. Aronofsky filme la danse comme le catch. Portman dérouille autant que Rourke. Les os craquent, la chaire se fissure. Les deux ne sont que des avatars modernes des gladiateurs. On nous dévoile les enfers du décor (maître Capello) de la société du spectacle. Portman est un cygne en gestation. Rourke est au stade du chant du cygne. La seule connexion avec la réalité réside au fragile lien filial mère/fille et père/fille. Lorsque le fil est coupé, les deux narrations basculent. Aronofsky choisit des thèmes en apparence physique - sportif ou artistique - pour mieux nous entraîner aux frontières de l'âme, du mental et du cœur. Black Swan est un conte noir et blanc, un film qui fait jaillir la lumière (plan final) du cœur des ténèbres. Oui, un conte. Disney nous a fait oublier la noirceur des contes largement portés sur les incestes, homicides, viols et autres joyeusetés. Black Swan a cette ambivalence: beau mais tragique, vierge et (homo)sexuel, immaculé et baigné par le sang. Et pour finir, un petit blind test: "... moi, je veux mourir sur scène et sous les projecteurs..." A. Randy B. Nina C. Dalida D. Khadafi Bien à vous
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