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Die Entfermung - The Detachment
Écrit par Milady Renoir - 02-11-2007

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Die Entfermung - The Detachment

Sophie Calle a visité la RDA (nouvelle section Est pauvre de l'Allemagne) et ses lieux qui ont été débarrassés des symboles historiques communistes. Elle a demandé aux passants et aux riverains de décrire les objets qui occupaient autrefois ces endroits aujourd'hui vides. Elle a photographié l'absence, remplacé les monuments manquants par l'évocation de leur souvenir.
"Die Entfernung – The Detachment" (traduit: L'Eloignement en français) est le titre de son installation au centre culturel flamand, De Markten à Bruxelles au sein de l'exposition "Art au Bundestag Allemand - Kunst & Politiek" aux côtés de Jörg Herold et Jens Liebchen, desquels travaux je ne désire pas plus mentionner vu que je n'ai pas été frappée par leur adéquation au thème.
Bref, Sophie Calle, la grande, réalise un concept dans lequel elle met en lumière et documente la façon dont est traitée l'histoire dans le Berlin réunifié, tout en soulevant des questions fondamentales de notre existence, par exemple, de quelle façon et dans quelle mesure nous nous souvenons et comment la mémoire et le sentiment de sa propre identité se conditionnent mutuellement, et ceci, à partir de bribes de témoignages, tirés de la bouche du passant lambda.
Sophie Calle aime la confrontation du grand et du petit pour traverser les questions de l'identité. Elle-même de retour à Paris après un périple de plusieurs années à l'étranger, elle se voit d'abord confrontée à la nécessité de se familiariser de nouveau avec une ville qui lui est devenue étrangère. Sa réappropriation d'un univers autrefois familier alimente sans cesse son travail, jusqu'à devenir une obsession voyeuriste quand elle prend un inconnu en filature à travers la ville, trace son itinéraire, appareil photo et journal de bord en main et construit alors de "documents" des histoires du quotidien à Paris en suspens entre réalité et fiction.
Ce revirement perpétuel entre documentation réaliste et construction fictive caractérise encore et depuis, sa pulsion de la création de la dimension personnelle.
Ici, l'installation procède d'une approche similaire: le vide sur la photo, figurant l'endroit où le monument était autrefois érigé ou l'emblème d'Etat de la RDA était accroché au frontispice du Palais de la République par exemple, ne peut pas être comblé par les souvenirs des passants. Leurs déclarations sont parfois contradictoires, laissant le lecteur dans l'incertitude de la volonté première du témoignage, jusqu'à ce que l'on se demande si les descriptions fournies par les passants portent vraiment sur un seul et même monument, dans le souvenir, le monument "s'éloigne".
Parallèlement, des textes très émotionnels illustrent dans quelle mesure la chose disparue est encore présente dans la conscience des habitants. L'imbrication complexe entre la perception de la réalité et le mélange de l'historique et du présent. "Die Entfernung – The Detachment" est une œuvre riche en enseignement, en émotion sur les histoires "germano-allemandes" et leur projection dans le présent, elle délimite complètement les intentions soutenues par une exposition qui se nomme Art et Politique.

Site de l'espace malheureusement uniquement en néerlandais: Ici.
Mais expo en 3 langues jusqu'au 24 avril 2007.

Plus d'infos sur ici.

Extrait:
Colombe de la Paix (Nikolaiviertel - Quartier St-Nicolas)

Colombe de la Paix
© DBT "Il y avait une inscription. Je ne me rappelle pas exactement ce qui était écrit pourtant je suis passé souvent par ici. Mais je suis sûr que ce n’était en aucun cas quelque chose de sensé." - "C’était une grande colombe, un peu à la façon de "Picasso", portant cette branche dans son bec, elle avait à peu près la taille d’un étage, mais je ne suis jamais monté dessus pour aller vérifier" - "Bon, ce n’était pas en porcelaine, mais dans une matière qui ressemble à ça. Cela devait être quelque chose de très précieux. Une colombe de la paix c’est toujours blanc, alors forcément la colombe de la paix était blanche. Probablement cela devait-il exprimer une attitude fondamentalement positive. Des choses profondes comme cela produisent souvent un effet beaucoup plus fort" ... "La devise BERLIN, VILLE DE LA PAIX était un vœu expressément formulé par le Président du Conseil d’Etat de la RDA, choisi par lui en personne, par Erich Honecker. Pour moi cette inscription relevait du cynisme. La paix régnait en RDA, mais c’était une paix de cimetière. Je trouve dommage qu’on l’ait enlevée car on aurait pu thématiser ce propos"

En 1996, plusieurs passants décrivent de mémoire le mur de cette bâtisse du Nikolaiviertel de Berlin, sur lequel on pouvait voir une colombe de la paix au temps du régime de la RDA (à gauche photo documentaire, à droite état en 1996, au-dessous le livre de Sophie Calle). Page de couverture: Buste de Lénine devant l’ancienne ambassade d’URSS à Berlin, dissimulé sous un coffrage de bois; le buste a été retiré entre-temps.

 
 


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