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Tomahawk - Anonymous La première fois que j’ai entendu les albums solos de Mike Patton (Adult Themes for Voice et Pranzo Oltranzista), je ne connaissais de la musique du Général que King for a Day, Fool for a Lifetime (Faith No More) et surtout Fantômas Amenazza al Mundo, et je n’ai pu m’empêcher à l’époque de me poser une question d’importance : Patton est-il, a) un authentique génie, ou bien n’est-il, b) qu’un bidouilleur (sur)doué qui balance à qui mieux-mieux des projets plus abracadabrantesques les uns que les autres pour ensuite observer la réaction de ses auditeurs et de la critique? En gros, est-il sincère ou au contraire se fout-il de la gueule du monde ? Bien entendu, choisir ici la seconde possibilité revient à suggérer que le Grand Mike, en plus d’être un superbe usurpateur, possède un pouvoir de suggestion hors du commun, puisqu’il a tout-de-même réussi à travailler au cours de la dernière décennie avec des pointures de divers genres musicaux, parmi lesquels les Melvins, Dave Lombardo, John Zorn, Björk, Norah Jones, Merzbow, j’en passe et des meilleurs… D’où la conclusion suivante : Michael Allan Patton n’est pas un imposteur, et il est fort, très fort ! Malgré tout l’interrogation suscitée a ressurgi dans mon esprit à l’occasion de la sortie du quatrième opus de Fantômas, Suspended Animation, qui n’est autre qu’un album de metal destiné aux enfants ! Bon, après tout, pourquoi pas… il en faut pour tout le monde non ? Et même si le tout prenait dans ce cas la forme d’une musique suragressive et dérangeante, proche de celle du premier album du groupe, mélée de bruits de jouets, de babillements et bien sûr de cris et autres gutturalités typiquement pattoniennes, l’ensemble atteignait son but, qui était d’amener l’opposition des genres, l’enfance et un certain côté humoristique introduits au sein du monde macho du rock extrême. Et aujourd’hui rebelote avec l’arrivée du troisième effort de Tomahawk, qui s’éloigne on ne peut plus de ses deux prédecesseurs quasi-metal en proposant, sous la houlette de Duane Denison (guitare), de reprendre à la sauce rock’n’roll des chants traditionnels amérindiens ! Partant de là, nouvelle interrogation : le Syndrome de Patton est-il contagieux ? Plus sérieusement, il est difficile au premier abord de ne pas se dire que Denison marche dans les traces de son vocaliste, et que ce dernier s’en donne à cœur-joie, redoublant alors d’énergie dans ce qui ressemble en premier lieu à une mauvaise imitation des dialogues en VO d’indiens cherokee dans un western à mille dollars des années 1970 ! Mais comme on peut s’en douter avec des musiciens à l’intellect et la curiosité aussi développés, en creusant un peu on se rend compte que ce projet, qui au départ peut sembler farfelu, est on ne peut plus sérieux et représente en fait un hommage très noble et très honorable à la culture indienne et en particulier aux chants indiens, qui tendent à disparaître, tout comme malheureusement, de nos jours, les descendants de ceux qui les interprétaient jadis, ces interprètes anonymes dont le statut donne son titre au disque. Une fois mieux comprise la légitimité d’un album aussi peu ordinaire dans son fond que dans la forme qu’il adopte, on se surprend à avoir la chair de poule au son des incantations menaçantes servies par Patton (War Song) ou devant la subtilité de ses vocalises (Cradle Song, Sun Dance), à accompagner de mouvements de tête la rythmique souvent endiablée de ces chants (Mescal Rite 1, Red Fox, Song of Victory), on lève un sourcil, étonné par la richesse des instrumentations (Ghost Dance, Antelope Ceremony), pour finalement se jurer une fois pour toutes qu’on ne doutera plus jamais de la créativité et de l’intégrité de Monsieur Mike Patton et de ses acolytes, quels qu’ils soient. Anonymous est donc un album riche, auquel il ne sera pas aisé de donner un successeur, mais pour ça faisons confiance à Tomahawk, qui contrairement à la rumeur est une formation qui remplit toutes les attentes placées en elle, et bien plus encore. Anonymous est disponible en intégralité sur le myspace du groupe : Ici. www.ipecac.com
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