| Ecrit par Milady Renoir, 03-11-2007 00:55 |
La Place Du Singe Je n'aimais pas Christine Angot. Lui, oui, énormément. Je l'ai accompagné, à ce spectacle, sans vouloir gérer son trouble de fan averti et mon à priori, je suis donc là presque vierge, en somme. L'heure débute. Angot, la brune rigide, arrive au centre d'une scène symbole de la nation française, drapée dans son style égocentré, émotionnel, cruel et embourbée dans ses convictions traditionnelles familiales. Je le savais, on va avoir droit à du Angot. Quand elle ouvre la bouche pour sourire, on croit à une contraction musculaire, du genre, névralgie cervico-brachiale (NCB), mais non, les yeux envoient le message du sourire, à moins que ce ne soit des appels au secours, personne ne sait. Heureusement, à côté de Christine, il y a Mathilde, comme dans une chanson passionnelle du grand Jacques. Quand Mathilde Monnier ouvre ses grands bras, c'est l'envergure du grand albatros qui vole au dessus de vous. Elle voit son amie Christine, elle vole à son secours, là, avec ses grands gestes, Christine rimera, c'est sûr. Mathilde a du charisme jusqu'au bout de seins (qu'elle a sublimes d'ailleurs). Grâce aux mathildes de sa vie, Christine a su déchirer le drapeau-convention, l'adage-travail-patrie de sa tierce partie, la famille. Christine finit par tendre son long bras longiligne, fébrile et touche le bout de Mathilde, l'allumée. Alors Mathilde, rit, saute, embrasse le micro, fait l'amour au public. Christine envoie les choses balader, elle vadrouille entre contrainte et liberté pendant 25 ans, puis un jour, une blonde Mathilde, chimère de ses fantasmes, lui donne le rythme du sang. Aux quatre coins de l'hexagone-scène, Christine tape sur la table et Mathilde danse sur cette même table. Elles vrillent nos regards puisqu'elles bougent en sens contraire mais elles sont bien deux, là, nues ou arides, vides ou sinueuses. Après les crachats de Christine (contre tout et le reste), les pitreries de Mathilde, on en vient à trouver une cohérence logique d'abord, oui, la confrontation des deux extrêmes, puis arrive l'inflation du connaître plutôt que le paraître, ces deux femmes nous racontent leurs histoires sur deux tonalités qui ne se parasitent finalement pas, puisqu'elles sont finalement toutes deux dans le désir, dans l'ambition de se préoccuper de leur bien-être, même si cela passe par casser quelques chevilles ou poignets. Je n'aimais pas Christine Angot, n'avais lu qu'entre des lignes, les passages de son corps d'écriture, travestis par les yeux de mon compagnon exalté devant cette femme. Sortis du théâtre du Bozar, après quelques revirements de situation, je crois que j'ai vu en Christine Angot, la cible parfaite pour le fantasme de l'écrivain et du lecteur, elle donne en dévalisant, elle rejette en aimant, elle abandonne en endiguant, elle devient, malgré elle peut-être, le personnage dont on aimerait tout connaître, contre son gré peut-être. Elle implique le voyeurisme qu'elle dénonce, elle attise la curiosité dont elle se défend, Christine Angot réunit les statuts d'écrivain et de personnage. Et la place du singe est celle qu'elle nous donne dignement, en se moquant de nous. Je n'aimais pas Christine Angot, mais je la comprends un peu mieux aujourd'hui, que je sois à la place du singe, ou pas. Mathilde Monnier a créé en 1984 la Compagnie de Hexe, et en mêlant son approche psychologie et danse, elle consacre de nombreuses pièces aux personnes atteintes d'autisme et à différentes actions avec l'Afrique. Avec Christine Angot, elle réalise: arrêtez-arrêtons-arrête en 1997 et depuis 2005, tourne en Europe avec La place du singe. Elle est aujourd'hui, directrice du Centre Chorégraphique National de Laguedoc-Roussillon. Pour Christine, faisons simple et concis: ici. Site consacré à l'auteur: ici.
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