6h : Réveil matin. Lever douloureux. Bouche pâteuse. Bâillement. Etirement. 6h15 : Douche. RAS. 6h25 : Café. Serré. Tartine qui glisse. Tache sur la chemise. 6h50 : Coup d??il dans le miroir. Cernes. Gueule en vrac. Bâillement. 7h15 : Métro. Bondé. Pas de place assise. Galère. Regards fuyants. 7h45 : Boulot. Café. Cigarette. Collègues à la con. 8h : Ordinateur. Téléphone. Clients chiants. Patron sur le dos. Bâillement. 12h : Brasserie avec les collègues à la con. Rires forcés. Anecdotes creuses. 13h15 : Café. Cigarette. 13h30 : Ordinateur. Téléphone. Clients chiants. Patron sur le dos. Bâillement. Soupirs. 17h30 : Je me dis que j'ai passé une belle journée de merde. Une vraie journée en enfer. ... Je sors du bureau et traverse la rue. Un bus avance tout doucement sur la route. Les passagers font beaucoup de bruit à l'intérieur. Qu'est-ce qui m'a foutu des cons pareil avec des banderoles et des ballons. Je croyais que la coupe du monde de foot était finie. On peut pas être tranquille. Je lève les yeux d'un regard de tueurs pour leur faire comprendre silencieusement qu'ils m'emmerdent. Sur la banderole je lis : "UN BUS POUR LA PAIX - POUR QUE LA GUERRE ET LES MORTS CESSENT". ... Il a suffit de quelques mots solidaires pour me renvoyer aux images du JT. Des innocents en sang, victimes du pouvoir, victimes de l'envie de toujours avoir plus, victimes d'idéaux qui me dépassent. Etre fauché trop tôt, juste parce qu'on est là au mauvais endroit au mauvais moment, juste parce qu'on naît là. Alors, je me demande : c'est quoi une journée en enfer ? Moi qui pensais en avoir vécu une, vomissant sur mon confort, confondant mon costume et mon sourire forcé avec une prison. C'est la guerre. On meurt au loin dans l'impuissance. Alors que d'autres crachent sur leur chance. Leur chance d'être en vie.