"Mais qu'est-ce qu'il nous fait?", "Quoi Seth bosse secrètement chez Geffen?", "Il est sorti Chinese Democracy?"... Halalalala, que de tempêtes sous vos petits crânes, chers lecteurs! Non, je ne bosse pas chez Geffen, d'ailleurs personne n'y bosse plus puisque le Chinese Democracy a coûté jusqu'à ce jour la modique somme de 13 millions de dollars. "Alors quoi, tu te fous de notre gueule??" Y'a un peu de ça... mais j'ai le droit, vu qu'il n'y a plus de fan des Guns sur Terre depuis belle lurette, il y a comme qui dirait prescription. Ah quoi bon parler d'un album qui ne verra probablement jamais le jour, sorte d'Arlésienne du rock, projet tombé à l'eau depuis longtemps et dont la sortie aujourd'hui ne servirait à rien? Pourquoi tirer sur l'ambulance? Parce que Axl a toujours été, à mes yeux, qu'un infâme détritus rouquin qui chante dans un micro en mousse has been, puant, crétin. Un Gallagher mais en pire. Le type dont on accroche le poster sur sa cible de fléchettes. Une marque de bière américaine a récemment proposé d'offrir une canette à chaque amerloque si jamais l'album sortait un jour. Régulièrement, à chaque fois qu'un nouveau comptable débarque chez Geffen en fait, on nous balance un communiqué optimiste: l'album doit sortir bientôt. On y a jamais autant cru que l'été dernier quand le groupe s'est remis à tourner. Puis plus rien. A quoi bon de toute façon sortir un album qui sonnerait comme il y a 10 ans, voir plus. A force de ne pas vouloir se lancer, Axl est contraint de réécrire, d'actualiser le son des Guns pour le rendre présentable en 2008. Un million de zicos ont défilé en studio, tous ont fui, faisant le portrait d'un mégalo encore plus imbue de sa personne qu'à l'époque des Use your illusion, période dorée lorsque le groupe en était encore un, qu'il remplissait les stades et que Slash frisait l'aura divine. Admettons que l'album sorte demain. Est-ce qu'un single fera des ravages? Impossible sinon il serait sorti depuis longtemps cet album s'il avait un quelconque potentiel commercial. Pour sûr que des concerts des G'n'R intéresseraient encore pas mal de monde, y'a bien du monde qui va à Carrefour le samedi après-midi, mais un nouvel album... Ha il est beau notre Axl. Il aurait du le pondre de suite cet album, au beau milieu des années 90, il se serait peut-être vautré mais il aurait pu enchaîner, faire comme les autres, les Megadeth, Maiden, AC-DC, toutes les pointures 80's-90's. Alors oui, je me réjouis. Je me réjouis de voir que par orgueil, pour avoir eu les yeux plus gros que les couilles (ah oui, pardon, couchez les enfants...), Axl est contraint de stagner dans sa propre merde plutôt que d'offrir à la face du monde un album qui ne doit être, s'il existe, qu'un medley des partoches de Use your illusion (ça serait déja pas mal...). Pas la peine de se ronger les ongles, on a plus de chance d'avoir un nouvel album de S.O.D que ce fameux Chinese Democracy... à moins que... mais c'est bien sûr, Axl est un génie!!! Il réserve cet album pour la cérémonie des J.O à Pékin!!! Le single majeur de l'album sera un duo avec Kassav et Youssoun Dour (un trio donc...) et ce sera l'hymne des J.O! Quelle bête commerciale ce Axl! Il a eu le nez fin derrière son micro molletonné.
La valeur des mots Ils sont toujours à la recherche de la bonne phrase, du bon terme, jouant avec les mots qui sont leur quotidien. Voici leur histoire.
Alan Lyman
- Avocat. -
Enfant je me sentais l'âme d'un poète, j'aurais aimé être Yeats, Baudelaire, Parker ou Auden. Les mots étaient pour moi des bonbons au goût généreux et acidulé avec lesquels j'aimais jouer, créé, inventé. Mais en grandissant j'ai perdu une partie de mes rêves et de mes espoirs, et parmi eux, mes désirs poétiques enfantins. J'ai longtemps nourri des regrets à ce sujet, j'ai même culpabilisé d'avoir laissé le temps avoir raison de mes souhaits, de mes envies, de mon idéal. Mais aujourd'hui, quand je regarde derrière moi je n'éprouve plus d'amertume. Car ce n'était en réalité qu'une étape, une étape qui allait avoir des répercussions bénéfiques sur le reste de ma vie, mais cela j'ai mis du temps à le réaliser.
A dix-huit ans j'entrais à la prestigieuse université de Yale pour faire des études de droit. Mes premières années d'études me donnèrent l'impression de perdre définitivement la magie des mots. Chaque jour n'était que mémorisation d'ouvrages de droit, des différents codes, des jurisprudences. J'étais plus que jamais au contact des mots, mais ceux-là étaient indigestes, lourds, sans styles, sans beauté. Alors que j'en étais presque à me lamenter sur la voie que j'avais emprunté le déclic eu enfin lieu. Nous commencions à organiser des faux procès, chaque élève jouant un rôle, du juge au juré en passant par le témoin, le procureur et l'avocat de la défense. Et c'est à ce moment que les mots sont revenus, ont retrouvés leur fantaisie, leur attrait. J'ai redécouvert avec un plaisir indescriptible le bonheur des petits et des grands mots. Je me suis senti un autre homme enfin libéré des chaînes qui depuis trop longtemps m'oppressaient, me brisaient. Je suis sorti troisième de ma promotion et ai été engagé au célèbre cabinet bostonien Crane, Shore & Stark. Cela fait maintenant quinze ans que j'y travaille et je touche près de 600.000 dollars par an. Je suis l'un de leurs meilleurs éléments, chose dont je suis particulièrement fier.
J'aime le temps de la préparation des procès. Ses instants où je réfléchis à la manière dont je vais aborder les choses, à la réalité que je vais présenter au jury. Je suis assez maniaque pendant cette étape, mais cela me permet également d'être parfaitement préparé, prêt à toutes les éventualités. Mais dans ce temps figure deux moments plus particulier pour moi, ce sont les deux plaidoyers, celui d'ouverture et celui de clôture. J'éprouve une réelle jubilation à voir mon stylo plume glisser sur la page blanche, à voir les mots sortir les uns après les autres. Je me vois dans la salle d'audience, je vois les visages des jurés, j'entends le son de ma voix, vois les gestes que je ferais. J'aime passer un témoin sur le gril pendant d'interminables heures. J'aime faire naître le doute, faire pénétrer dans l'esprit des jurés que la partie adverse ne dit pas tout, qu'elle a tort. Mais par-dessus tout, j'aime les premiers et les derniers instants du procès, quand seul devant le jury je leur explique ce que j'attends d'eux. Quand je débute, quand je finis de tisser ma toile. Quand je mets en place dans leurs esprits les premières pièces du puzzle, quand enfin je leur fais voir le puzzle dans sa totalité. Quand à l'issue du procès je sais avoir distillé minutieusement les éléments qui me mèneront à la victoire.
Les mots de l'avocat et ceux de l'enfant n'ont en définitive que peu de choses en commun. Ils ont perdu leur bonhommie, leur naïveté et leur douceur pour devenir les instruments équivoques de ma réussite. Les mots sont devenus des lames acérés, prêtent à manipuler, ciseler la vérité, annihiler l'adversaire, laminer les témoins. Et j'y vois leur qualité première, cette possibilité qu'avec du talent, les mots deviennent ce que vous souhaitez qu'ils soient. Peu importe que vous soyez avocat, scénariste ou chroniqueur, en définitive il ne reste que les mots bien tournés, seuls devant l'éternité. Je ne recule devant rien pour gagner, quitte à franchir la ligne rouge de temps à autre. Mais je ne me suis jamais brûlé les ailes et c'est pour moi la seule chose qui importe avec le fait de gagner. Les mots sont devenus mon meilleur allié. Ils me permettent d'être ce que je suis aujourd'hui, un avocat redouté et renommé, un homme heureux et satisfait de sa vie. Un amoureux des mots en accords avec eux.
Aujourd'hui, au détour d'un Carrefour, j'ai subi une rencontre du troisième type. J'aurais préféré que l'on me fasse une pipe. Depuis, à tort et à travers, je ne parle qu'en vers. Je fais des rimes de toutes sortes, des rimes en cohortes. Tout ça, c'est la faute à la grosse Gisèle, une caissière qui m'a touché avec un cd de Cabrel. Putain, depuis je parle avec un pauv' accent et je joue de la gratte comme un gitan. Le pire, c'est cette moustache rousse qui frise et part en cambrousse. Je ne sais que faire mais ç'aurait pu être un skeud de Gotainer. Je suis devenu un dictionnaire vivant tout pourri, je peux faire rimer spaghetti avec Grand Pamini...
Je me réveille en sueur... qu'est-ce qui m'arrive? Suis-je Patrick Sébastien ou bien Joseph Lubski? Suis-je un imitateur enfermé dans mes voix et mes personnages? Faut que j'arrête le coca avant de dormir... mais c'est le coca qui m'aide à écrire pour Eclipshead jusqu'à tard dans la nuit. Alors quoi? Dois-je passer au Canada Dry, cette infâme boisson tout droit sortie des années 80? Pour me calmer, j'allume la radio. Et là, boum! La grand-mère à moustache. IL est revenu. La malédiction du Sud de la France. Je convulse. Je me contorsionne pour glisser, tant bien que mal, ma tête au fond de mon cul, tiroir de droite. Quelque chose vient de tomber sur les lattes de mon plancher, c'est toujours le même film qui passe... Bordel, ça veut rien dire: on a l'impression de lire des divagations dignes de la section Humeurs du site... Je bazarde la radio par la fenêtre. Cabrel défenestré. Quelque chose vient de tomber sur ma Clio mal garée... putain, le con! Salaud de Cabrel! Font chier les Francis! Heaulme, Cabrel, Mer... Marre de ces plaies sonores. Allez tiens je me rendors...
Et ça continue, encore et encore, c'est que le début, d'accord, d'accord...
Un enregistrement holographique radio passe en boucle une femme chante et des mots en bas de l'écran pendant que le moteur ronronne légèrement perturbe les lieux le bar de seconde zone aux éclairages crus aux gueules des clients défaits rivés à la retransmission sautant aléatoirement des grains brouillent l'image mais les images datent d'un autre temps et les couleurs ternies s'incrustent sur toutes les moquettes murales beiges les rideaux dégarnis et les humeurs noires salies.
Elle a les lèvres rouges et les goûts d’orangerai. La robe noire fendue et le sourire trompeur. C'est votre invité. Dites-lui de faire quelque chose. Stella a les peaux endiablées, les élans et les sauvages élégances. Un puits de lumière découpe sa silhouette. Votre attention s'il vous plait ; un moment d'atmosphère liquide. Stella a le regard rivé, les yeux en étoiles en fulgure perçant. Elle a les mouvements capricornes et les amours corsaires. Elle grave la pellicule au micro d'argent. Au passé, boucles brunes et cou satiné ou boucles d’or aux saveurs de terre espagne. Hey stella. Tu as les amants articulés, les mains sulfure et les clins d'oeil chasseur. Elle a la rage au ventre et la coupe mutine. La robe longue noire paillette tombe droit. Elle s’expose dans un bar aux allures de café-résistant. Elle a les poumons libérés, les soupirs à ses pieds et les pensées militantes. Votre attention s'il vous plait ; Mind the gap to Alt-Paris-Berlin-Madrid. Don't walk the line. Stella meurtrière chaque jour marche sur la ligne. Au passé elle s'enregistre ; les pas marqués des caresses des visages, le regard balayant la scène. Au futur Stella a l'estrade à ses pieds, les mouvements de langue assassins et les envies passagères. Elle a le goût des rouges-dangers, ou ces épices les jours d'orage. Mesdames et messieurs, Stella a toute conscience, elle diffuse les photons électriques, irise vos rétines et vos tensions sous jacentes. Elle a les gestes et les lèvres d'un drapeau noir. Le velours d'un frisson, et la beauté rebelle.
Un enregistrement holographique radio passait en boucle une femme en train de chanter, et des mots en bas de l'écran. La retransmission sautait aléatoirement, des grains brouillaient l'image à la manière d'un vieux film du 20ieme siècle. Une femme qui ressemblait trait pour trait à celle de l’image discutait avec un homme. Visiblement en surpoids, épongeant méthodiquement la sueur de son front dégarni et arborant un sourire plus que satisfait.
- C'est en boite. Maintenant tu vas pouvoir vivre. - J'espère bien crevure, avec tout ce que j'ai subi - Allons, allons, nous avons un contrat. A moi le produit et tes fesses, et à toi une protection assidue. - Au corps à corps, c'est ça. Tout ce que je veux, c'est ma fille. - Cassie est entre de bonnes mains, rentre chez toi, on te contacte. - Salopard !
La valeur des mots Ils sont toujours à la recherche de la bonne phrase, du bon terme, jouant avec les mots qui sont leur quotidien. Voici leur histoire.
I. - Samuel N. Lowe : directeur de campagne adjoint, directeur de la communication et conseiller spécial en charge des discours du gouverneur Hartlett, candidat à l'investiture démocrate pour la présidentielle. -
Je me couche, ou plutôt je m'écroule sur mon lit à trois heures du matin avant de m'endormir comme une masse. Le téléphone sonne, je décroche, me passe la main dans les cheveux comme si ce geste allait conjurer ma fatigue. Je jette un coup d'œil rapide à l'heure, il est trois heures trente. Une fois raccroché je vais dans la salle de bain me passer de l'eau sur le visage. Je suis cerné et j'ai une tête de zombie. Je mets une chemise, prends mon Mac et sors de ma chambre. La nuit sera longue, mais cela ne me surprends plus.
J'ai suivi un parcours sommes toute classique, même si dans mon domaine, il n'y a pas vraiment de voie unique. J'ai effectué mes études à Cambridge au sein du département SIPA (School of International and Public Affairs) où j'ai obtenu un diplôme en sciences politiques. Parallèlement à mes études je servais de nègre pour un certain nombre de discours de responsables politiques locaux. A ma sortie de Cambridge, je suis embauché par le Secrétaire d'Etat aux transports en tant que directeur adjoint de la communication. J'y reste trois ans, jusqu'au départ de la Maison Blanche de Bill Clinton. Je pars ensuite travailler pour le maire de Boston, ma ville natale, en tant que directeur de cabinet adjoint et conseiller spécial en charge de la communication. Après la réélection de G.W. Bush, j'accepte un poste auprès de gouverneur Hartlett, considéré à l'époque comme l'un des favoris de 2008 et que j'apprécie beaucoup, politiquement et humainement. Je suis d'abord nommé directeur de la communication du gouverneur, puis, avec le lancement des primaires je deviens également directeur de campagne adjoint.
J'arrive au Q.G. de campagne, en l'occurrence une chambre d'hôtel, celle du gouverneur. Il a l'air en grande forme, pas moi, avec une heure de plus de sommeil, peut être aurais je pu avoir l'air un peu plus fréquentable, mais je ne l'ai pas eu. Je m'assois à côté de lui et nous sommes rejoints par le directeur de campagne. Le gouverneur m'informe qu'il souhaite changer l'orientation du discours du lendemain. Je soupire discrètement et je l'écoute docilement m'expliquer les raisons de ce changement et les thèmes qu'il souhaite désormais aborder. La discussion dure près de dix minutes, il est important que je nous nous comprenions parfaitement, sans quoi je risque de devoir retravailler à la hache de nouveau le discours. Une fois que nous sommes en accord je me prépare à commencer, j'ai treize heures devant moi. Le délai peut sembler court, il ne l'est pas tant que cela, il n'est pas rare que des discours qualifiés de brillants soit achevés pendant le trajet en voiture, quinze minutes avant l'échéance.
Dans la pièce qui était jusque là relativement calme on s'agite désormais dans tous les sens. On envoie quelqu'un préparé du café, on appelle mon adjoint qui va travailler sur le discours avec moi, quelqu'un ramène des copies du discours initial, les ordinateurs sont allumés. Pendant que les assistants font tout cela je m'installe sur le balcon. Je fume une cigarette, je mets mes idées en place, et le froid revigorant achève de me réveiller. Quand j'écrase le mégot je suis prêt à écrire, à ré-écrire les huit pages du discours. Le dircom adj.* arrive alors que je retourne à l'intérieur. Nous discutons plusieurs minutes, je veille à ce qu'il comprenne bien à son tour ce qu'il faut faire, puis je répartis les tâches. Bientôt, dans la pièce ne résonne plus que le bruit régulier, et qui pourrait faire penser à celui d'une mitraillette, des touches de clavier de nos ordinateurs que nous martyrisons. De temps à autre, on relève la tête, on demande quelque chose, on se replonge dans l'écriture. Cela durera jusqu'à sept-huit heures du matin, nous aurons alors un premier jet. Normalement, si tout va bien, nous aurons la version définitive une fois atteint le troisième jet, il ne restera alors plus qu'à effectuer les changements mineurs.
On nous prend souvent pour des fous dans ma branche, c'est probablement vrai. Mais pensez un instant à ce que signifie mon travail. Je suis l'homme chargé de faire passer le message, je suis l'homme qui écrit ce que mon patron lira devant des dizaines de journalistes. Ce message, dont certaine partie tourneront en boucle sur les grandes chaînes de télé, ce message qui sera décortiqué par l'ensemble de la presse politique. Ce que j'écris, ce sont trois cent millions d'américains qui y ont accès. Si je fais de mauvais choix, il peut en ressortir des polémiques nuisibles à mon patron, des évènements dont nous nous passerions bien.
Alors j'en fais peut-être beaucoup, mais sûrement pas trop. Je suis dans une recherche constante de perfection, je peux passer des heures sur des détails, sur une virgule, sur l'intonation, et bien sûr le sens. Mais en définitive, seul deux choses comptent. La première, c'est que le texte soit conforme aux attentes de mon patron, que son message soit parfaitement restitué. La seconde, c'est la réaction du public. Il doit, vous devez, aimer, pas simplement applaudir en étant content, je laisse cela à mes confrères moins doués. Non, vous devez vous lever, vous devez vous sentir poussez pour une force sans pareille, vous devez ressentir l'espoir, la possibilité future, l'envie de vous battre, de croire. Et c'est seulement là que j'estime avoir rempli mon rôle, que je pense mériter mon poste.
Vous n'entendrez pas beaucoup parler de moi, je suis un homme de l'ombre. Mais mon patron, le candidat à l'élection présidentielle, vous en entendrez encore beaucoup parler. Et je peux vous promettre que je serais celui qui écrira le discours du 43ème Président des Etats-Unis d'Amérique, car il se nommera Leo Hartlett.