| Ecrit par yln, 07-02-2008 00:22 |
Le Tunnel Son regard était vide, sans émotion, regardant la cigarette qui finissait de se consummer sur le bord du cendrier. Il attendit que la fumée disparaisse, que la braise s'éteignit, se leva lentement. Il prenait son temps, d'ailleurs pourquoi ne l'aurait il pas fait. Il n'était pas nécessaire d'aller vite, et ce qui n'était pas nécessaire était superflu, il n'aimait pas le superflu. Il marchait sans but, sans envie, regardant d'un oeil morne les gens, les magasins qu'il croisait. Même les jolies filles, et il y en avait quelques unes, n'attirèrent pas son regard. On aurait pu croire que sous l'enveloppe humaine ne se cachait rien, simplement un grand, un immense vide. Il s'arrêta près de la Seine, contempla l'eau couler quelques minutes, sans vraiment la regarder, en faisant simplement la toile de fond de son désert imaginaire. Il s'appuya au rebord du pont, regarda en dessous, tenta de calculer la distance entre l'endroit ou il se trouvait et l'eau noire et glacée. Il avait toujours été mauvais en mathématique, il ne réussit pas le calcul, mais cela lui importait peu, cela avait si peu d'importance. Il avait regardé en bas, il estima qu'il devait maintenant regarder en haut. Le ciel était brouillé, il annonçait de la pluie, ou tout du moins en menacerait tout à chacun toute la journée. Quelques nuages aux formes difformes se baladaient tranquillement. Il jugea en avoir assez vu, alors il baissa la tête. Il se remit à marcher, il mit ses mains au fond de ses poches. Il faisait froid, mais c'était la simple habitude qui avait commandé le geste, le froid n'avait plus guère d'importance. Le pas était léger, aérien, comme inconscient des aspérités du sol. Il sortit son paquet de cigarette, en tira une et l'alluma avec son briquet rouge. Chacun des gestes de sa main, de son bras, était teinté de nonchalance, on aurait même pu y voir une forme de dandysme, mais ce n'était qu'indifférence au geste, à l'effort. Il fumait, pourtant la cigarette n'avait pas de goût, la fumée pas de consistance, mais il continua, pourquoi jeter la cigarette si tout cela était du pareil au même. Quand elle fut achevée il la laissa tomber au sol, il ne la jeta pas, il ne la lança pas, non, il se contenta d'écarter les doigts, comme si faire davantage aurait été trop. Il passa à côté d'une poubelle, sortit de nouveau son paquet de cigarette et son briquet qu'il y déposa délicatement. Pourquoi garder des choses sans intérêt, sans valeur? Ses pas le rapprochaient, l'emmenaient vers la fin du rêve, ou de la réalité, quelle importance. C'était la fin, une fin, le reste n'était que fioritures, et il n'avait pas de temps pour elles. Le tunnel fut bientôt là, et l'homme, pour la première fois sourit, non de joie, ce n'était qu'un tunnel, il n'y avait pas de raison d'y voir un quelconque bonheur. Il sourit de savoir le tunnel devant lui, voilà tout. Il s'y enfonça de son pas aérien, et bientôt disparu dans le noir et l'éternité.
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