On voyage. On accumule des miles. Des kilomètres de bouchons. Des litres de sueur à cause de climatisations foireuses. Des maux de tête et des crèves à n'en plus finir à cause de climatisations trop bien portantes. Les mômes braillent. On se perd. On cherche. On fait demi-tour. On s'engueule. Il fait chaud, ça pue la ville à heure de pointe. Oui mais on voyage. On subit les grèves de l'aéroportée. On est victime de retards. On s'entasse dans des gares pleines de courants d'air et de pigeons vicieux prèts à viser en plein dans le mille. On raye les pare-chocs. On écoule la petite monnaie pour des cafés sans goût dans des stations-services aux toilettes sans savon.
Et tout ça pour aller où? Pour aller dans des parcs d'attraction.
EuroDisney, DisneyWorld, Port Aventura, ... Voyager pour aller dans des endroits qui vous offrent des simulacres de voyage. Des heures de route, de vols, de trajets rocambolesques, tout ça pour voyager. Voyager pour voyager. Tout ça pour retrouver l'innocence de l'enfance, le goût pour le fantastique et tout un tas de choses que l'on aurait pas perdu si on était juste un peu moins con. Comble du pathétique que ces longues heures d'enfermements pour goûter à quelques heures d'évasion. Et tout ça pour du faux, de l'action de carton-pâte, un plaisir simulé. S'évader tout en étant parqué... et nous voilà à refaire la queue, à retrouver le connard que l'on a doublé, queue de poisson oblige, sur l'autoroute quelques mètres devant nous dans la file d'attente du snack à hot-dogs. Ah, triste humanité aux plaisirs virtuels. Une infinité d'êtres passant des heures et des heures à se masturber pour des coïts infiniment court. Vive le vent. Vive le néant.
Tapes-en cinq, Bertrand! Comme tu le disais: "C'est Mickey qui a gagné, allez d'accord, n'en parlons plus..."