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Nine
Écrit par Seth Gecko - 05-03-2010

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Nine

Nine est un hymne à la joie, au cinéma, à l'amour, à la vie, à la création, à l'envie d'aimer, au besoin d'être aimé. Les coeurs et les raisons se tiraillent, s'entremêlent, se débattent. Nine est un pur moment de cinéma, du cinéma de paillettes, de stars, d'icônes. On sent le parfum des fonds de teint, le Chanel Numéro 5 et les cheveux laqués. Il n'y a qu'à Hollywood que l'on peut voir ce genre de spectacle, cette démesure, ces clichés touchants sur l'héritage italien, sur les studios, sur l'Age d'Or aujourd'hui révolu.

Rob Marshall, après avoir dépoussiéré le genre avec son formidable Chicago, est brillant, notamment dans la mise en scène des moments de comédie musicale. Les chansons sont exquises et les acteurs survoltés comme dans un feu d'artifice: ils rient, ils pleurent, ils chantent, ils dansent. C'est une transe incroyable qui se déroule sous nos yeux. On se retrouve ému, on rit, on sourit, on pleure: des sensations brutes, premières, natures. Parce que c'est ça, putain, le cinéma! Et on commence à l'oublier. S'il n'est pas trop tard, arrêtez de nous donnez de la 3D et du carton-pâte. Retournez aux sources, amis créateurs, à l'essence des choses: donnez-nous du music-hall, du western, du péplum, de la cape et de l'épée! On pétille, on éclate, on s'envole!

Et cette ribambelle d'acteurs... Cruz... AMAZING!! A damner tous les curés de la Terre. Cotillard, étincelante, première actrice française depuis BB à pouvoir prétendre à une quelconque légitimité sur sol US... et Daniel Day-Lewis... Fucking Daniel Day-Lewis... Ce mec a la plus grosse paire de couilles du monde, c'est un dieu, une fusée inter-galactique, le meilleur du moment, le meilleur de sa génération et, à mes yeux, le meilleur en activité. Le meilleur tout court. Ce type me scie, me troue le cul,me... mettez ce que vous voulez dans mes phrases. Il est génial, énorme, éblouissant, je l'adore. Daniel Day, je t'aime (même si tu as été marié avec Adjani;.. p'tain mais qu'est-ce qui t'as pris, mec??). Daniel Day-Lewis a ce corps si particulier, cette carcasse un brin voutée, les muscles saillants et élastiques à la Iggy Pop. Quel charisme, mes amis!

Apollinaire disait "Il est grand temps de rallumer les étoiles". Nine and crew viennent de le faire de la plus belle des manières.

 
Shutter Island
Écrit par Seth Gecko - 01-03-2010

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Shutter Island

J'ai largement évoqué mon amour pour Marty Scorsese dans de précédents articles tant la mise en scène du bonhomme, les sujets qu'il aborde ou les acteurs dont il s'entoure me frappe avec la légèreté d'un Shinkansen qu'on se prendrait en pleine gueule. Je reprends une formule datant de The Departed: depuis la mort de Kubrick, Scorsese est le seul à régner sans partage au sommet de la pyramide, assis sur une filmographie nerveuse, vibrante, intelligente, spirituelle, osée, provocante, barrée, référencée.

Son Shutter Island ne déroge pas à la règle. Il s'agit bien du nouveau chef d'œuvre du maître qui s'aventurait ici, pourtant, en terres inconnues: le thriller sur le fil du rasoir, naviguant entre film noir et film fantastico-psycho-surnaturel. Le Philip Marlowe de Raymond Chandler chez Lynch ou Amenabar. On sort de Shutter Island avec les tripes un peu retournées, tant Scorsese s'évertue pendant 2h15 à nous enfermer dans son univers claustrophobe, aux confins de la folie humaine.

Shutter Island, c'est d'abord un roman phare - jeu de mots référence au final... - écrit par Dennis Lehane, auteur de Mystic River et de Gone, baby, gone, déjà portés à l'écran par Eastwood et Affleck. Un roman qui nous conduit au cœur d'une île sur laquelle se trouve un asile de haute sécurité pour fous dangereux, un Alcatraz de la démence. Deux marshalls se rendent sur les lieux car une pensionnaire a disparu dans des circonstances étranges et inexplicables. Les deux marshalls vont se confronter à une administration troublante et énigmatique et leur enquête va peu à peu les conduire aux frontières du soutenable.

Leonardo Di Caprio, encore une fois chez Scorsese... je suis le premier à l'avouer, ça commençait sérieusement à me gaver, étant un brin nostalgique des neiges d'antan, des flocons uniques que sont Robert De Niro, Joe Pesci ou Harvey Keitel. Pourtant, il faut le reconnaître Di Carpaccio trouve ici le rôle le plus intense de toute sa carrière. Un rôle physique et habité. Scorsese l'aime et ça se sent dans la mise en scène. Il lui accorde de longs gros plans, au plus près du regard, pour accentuer la descente aux enfers, palpable dans ces deux billes bleues.

Scorsese s'offre par ailleurs des effets de miroir avec son œuvre: Shutter Island est située au large de Boston, là où se situait l'action de The Departed, on pense très souvent aux Nerfs à vif et à The Aviator, les deux films essentiels dans lesquels Scorsese abordait déjà la folie et la façon qu'elle a de ronger les hommes, comme une lèpre psychologique... et puis il y a ce pyromane: je ne sais pas si c'est voulu ou pas, mais j'ai instantanément pensé à Travis Bickle, le Taxi Driver incarné par Robert De Niro... tiens, encore un rôle de fou furieux. Scorsese serait-il le Goya du Septième Art, attiré, presque de façon malsaine, par les blessures de l'âme?

 
Invictus
Écrit par Seth Gecko - 30-01-2010

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Invictus

Après Gran Torino, l'Échange, Million Dollar Baby, Mystic River ou son diptyque Pacifique, cet Invictus ressemble à un coup pour rien pour Eastwood. Un petit coup de mou à 80 piges, c'est normal après tout. On en sort surtout déçu par le manque d'audace, par l'académisme du produit fini, fignolé à souhait pour les Oscars avec bande-son omniprésente, happy-end grossier au ralenti et poncifs du genre film de sport. A ce titre, le dernier quart d'heure tient du quasi insoutenable. On a l'impression de voir le sempiternel film de football américain avec les bons gros vieux ralentis sur les joueurs, l'entraîneur, la foule qui regarde cette balle qui lentement, très lentement passe entre les perches. Cerise sur le gâteau: les bruits étouffés des hommes transformés en bête au cœur de la mêlée (A-lors... que... re-voi-là... la ... sous-pré-fette...)

Jusqu'à ce raté final, Eastwood respectait la cahier des charges, sans génie mais avec savoir-faire. Freeman est excellent, Damon aussi. La carte postale décolorée de l'Afrique du Sud post-Apartheid fonctionne à plein tube malgré quelques clichés. A vrai dire, Eastwood s'égare au beau milieu de ses deux histoires: celle des Springboks et celle de Mandela, ne racontant ni l'une ni l'autre. Il s'y égare par manque de parti pris, par manque d'enjeu et les aspects les plus intéressants sont omis ou à peine abordés. On entrevoit à peine la vie familiale chaotique de Mandela. Le personnage nous est offert de façon bien lisse alors que les failles sous la cuirasse l'auraient rendu grandiose.

Eastwood se contente de présenter la victoire des Boks comme une grande victoire nationale sans aborder, comme pour Mandela, l'envers du décor: une demi-finale usurpée avec un arbitrage plus que douteux et une finale contre une douzaine de All Blacks victimes d'une intoxication alimentaire plus que suspecte la veille du match. La victoire, oui, mais à quel prix?

 
Agora
Écrit par Seth Gecko - 30-01-2010

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Agora

Synopsis: IVème siècle après Jésus-Christ. L'Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée par la colère des insurgés, la brillante astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l'aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l'amour d'Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d'être affranchi s'il accepte de rejoindre les Chrétiens, de plus en plus puissants...

Après sa trilogie très ancrée dans le registre film de genre (Tesis-Ouvre les yeux-Les Autres), Alejandro Amenabar avait surpris tout le monde en adaptant à l'écran la vie de Ramon Sampedro, handicapé lourd, qui décide de mettre fin courageusement à ses souffrances et à celles des autres. Le film était bouleversant et venait conforter le surnom outre-Pyrénées du jeune prodige: "Petit Spielberg", à savoir un cinéaste capable de vous faire naviguer du rire aux larmes, d'un genre à l'autre comme le grand Steven des Dents de la Mer à La Liste.

La surprise était encore de taille à l'annonce du projet Agora, péplum cérébral et métaphysique avec une femme comme personnage principal. Le genre n'est abordé par nos contemporains que très rarement et, ces dernières années, par uniquement d'énormes machines ambitieuses et au casting blindé de stars (Gladiator, Troie, Alexandre). Si l'on se penche sur les cas européens, il faut bien avouer qu'outre nos tentatives d'adaptation des aventures d'Astérix, il faut remonter au Technicolor pour avoir un vrai film du genre.

Avec Agora, Amenabar donne une leçon aux américains si souvent prompts à tailler dans les scripts des blockbusters pour ne garder que les scènes d'exposition et les batailles. Agora est sans doute le film le plus intelligent qui sortira cette année et sans doute le plus juste. Justesse de l'interprétation, des décors, de la mise en scène. Intelligence du propos, des conflits et de la géopolitique de l'époque, à savoir la cité d'Alexandrie au IVème siècle après la premier grand hippie de notre ère. Amenabar dépeint avec vitalité et brio toute la fureur et l'effervescence d'un monde en plein bouleversement: un Empire romain dont les fondements vacillent, une religion qui émerge et la folie des hommes en ébullition. Les païens, les chrétiens, les juifs et déjà des guerres de religion. Le sujet a toujours été casse-gueule, aujourd'hui plus que jamais, mais Amenabar sait lui donner une dimension avant tout profondément humaine. Il ne tombe ni dans le reportage et ne prend surtout pas son sujet de haut. Il se permet même le luxe de donner une nouvelle dimension à la question religieuse en faisant s'interroger son héroïne philosophe sur la place de l'homme dans l'univers et sur le mouvement des planètes, faisant chanceler encore plus les faibles certitudes des hommes de son époque.

 
Gainsbourg - Vie héroique
Écrit par Seth Gecko - 30-01-2010

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Gainsbourg - Vie héroique

Dans Ray de Taylor Hackford, on voyait d'emblée un drame (la perte d'un frère), traumatisme qui fera écho tout au long du film au gré des tubes, avec l'héroïne en filigrane pour oublier les blessures de la vie. Dans La Môme de Dahan, le biopic était axé sur les mêmes schémas: enfance de merde, succès, démon intérieur - cette fois-ci la picole. Malgré ces défauts, ou du moins faiblesses, ces deux films me viennent en tête immédiatement au moment d'évoquer un film sur un autre grand poète musical. Dans le genre, ils sont quand même en haut du panier.

Joann Sfar a du les voir ces films ou du moins en subir l'aura. Faire un film sur Gainsbourg si peu de temps après la Môme, forcément, on ne peut pas éviter les comparaisons, les pressions des investisseurs pour faire aussi bien en terme d'entrées et de prix, etc. Le grave problème qui va se poser pour les esprits étroits, pour ceux qui aiment bien savoir où ils mettent les pieds et ceux qui aiment bien, inlassablement, voir et revoir les mêmes films, c'est que Sfar, en plus d'être un artiste, se paye le luxe d'être un créatif à tendance boulimique. Du coup, son film, c'est un coup de tête. Un vrai parti pris artistique, un défi. On aime ou on aime pas. C'est pas du biopic documentaire, de la reconstitution année par année, de la biographie officielle. On flotte, on vole, on zigzague. Comme la fumée d'une Gitane.

Pour sûr que ça va s'engueuler dans les chaumières. Sfar fait au genre ce que Kounen avait fait au western avec son mal-perçu Blueberry, film qui restera à jamais maudit car incompris et mal vendu au moment de sa sortie. J'ai peur qu'il arrive la même chose à ce formidable Gainsbourg - (Vie héroique), même s'il est quand même largement plus abordable que les délires chamanes du chevelu Jan. Sfar aborde la vie Gainsbourg de façon onirique sans chercher la reconstitution historique. Il s'agit d'un conte, celui d'un beau parleur et donc forcément, quelque part, celui d'un mythomane. D'un homme qui racontait à celui qui voulait bien l'entendre qu'il avait été le premier à aller chercher son étoile de David sous l'occupation nazie et qui se vantait d'avoir tringler la Terre entière. Il y a du vrai et sans doute du faux mais tout cela nourrit la personnalité de l'homme et contribue à en faire ce qu'il est aujourd'hui. Un putain de mythe.

Sfar vient de la BD et réalise une prouesse pas si évidente et pas si fréquente, à savoir faire co-exister les deux genres à l'écran. Trois si on y ajoute la musique. C'est assez fort et la figure de la Gueule, sorte de Gemini Cricket balèze à tendance croque-mitaine, est une formidable réussite. Un peu de Terry Gilliam dans le fond du cendrier. Ou du Gondry selon les affinités.

Côté casting, grand huit vertigineux pour ce genre de film, autant le dire tout de suite, Eric Elmosnino m'a littéralement cassé le cul. C'est simple, j'ai réécouté du Gainsbourg depuis ou fredonner des airs en sortant de la salle et au moment, inconscient, où l'on cherche à donner un visage à cet air entêtant, c'est le visage d'Elmosnino qui me vient et non pas celui de Serge. Il s'approprie de façon incroyable, et notamment jusqu'à la période BB, la gestuelle, les mimiques de dandy galant derrière son piano. Du très grand art.

 
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