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L'Étrange vie de Nobody Owens |
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Écrit par Winter
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21-04-2009
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L'Étrange vie de Nobody Owens Par Neil GAIMANComment qualifier Neil Gaiman ? Beaucoup de termes me viennent à l’esprit, presque trop alors je crois que je vais m’arrêter au premier et plus évident, qui finalement recouvre le mieux son œuvre à mon avis. Neil Gaiman est un conteur, au sens plein du terme. Quelqu’un qui associe la narration à l’évasion avec cette touche enfantine qu’on recherche tous ; ce besoin de ressusciter ces délicieuses terreurs que l’âge adulte a éradiqué associé à la simplicité perdue des enfants que nous étions. C’était déjà le sentiment que Coraline avait éveillé en moi. Cela revient en démultiplié avec L’Etrange Vie de Nobody Owens. Nobody ,ou Bod pour ses amis, n’est pas un enfant ordinaire. Après que ses parents aient été assassinés, il a été recueilli, à peine âgé de quatre ans par les habitants du cimetière reconverti en parc naturel. Quand vos parents adoptifs sont un charmants couples de spectres victoriens, que votre tuteur est une créature oscillant entre morts et vivants, votre éducation est forcément quelque peu en décalage avec le reste de la société. Les camarades de jeux de Bod sont des fantômes éternellement bloqué à l’âge de leur mort, Bod devient un expert en paléographie à force de lire sur les pierres tombales et acquiert une connaissance de l’histoire assez singulière car enseignée par des témoins visuels. Evidemment, Bod grandi et l’attraction du monde au delà du cimetière se fait de plus en plus grande. Mais la vie à l’extérieur est pleine de périls et surtout l’assassin de sa famille rôde toujours, attendant son heure pour achever son travail. Il y a tout dans cet ouvrage :qualité d’écriture (of course, c’est Gaiman), originalité, ambiance, anecdotes savoureuses. Gaiman se paie même le luxe d’affilier son récit à ceux de Lovecraft en réutilisant personnage et lieux du cycle de Randolph Carter. Inutile de dire le vieux maître de Providence qui encourageait ses jeunes condisciples à utiliser ses créations et qui utilisait les leurs en retours dans ses récits n’aurait pu qu’approuver voire applaudir. Bien sûr, l’ambiance rappelle inévitablement celles des films de Tim Burton, cette proximité entre les thèmes de la mort, de l’après-vie, l’humour, une fausse naïveté et le sens de l’aventure. Comme Coraline, Nobody Owens semble destiné au jeune public mais chacun y trouvera son compte ; les jeunes lecteurs avec un très beau récit qui ne les abêtit pas, les plus âgés avec une fable riche et savoureuse qui les ramènera à un âge plus innocent. Neil Gaiman : L'Étrange vie de Nobody Owens (The Graveyard Book) ALBIN MICHEL Jeunesse, collection Wiz. |
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Soldats des Brumes / Soldat d'aretê |
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Écrit par Winter
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21-04-2009
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Soldats des Brumes / Soldat d'aretê Par Gene Wolfe479 av. J-C. La bataille de Platée, ultime affrontement terrestre des Guerres Médiques. Xerxès, vaincu aux Thermopyles puis à Salamine est rentré en Perse, laissant le commandement à son lieutenant Mardonius. Las, ses troupes sont à nouveau vaincus par les Grecs coalisées à Platée. Sur le champ de bataille, un homme se réveille, gravement blessé à la tête et amnésique. Latro (soldat en grec), tel est désormais son nom, est fait prisonnier et esclave. Mais l’amnésie de Latro est d’un type particulier. Il a oublié son nom, ses origines mais se révèle athlète accompli, redoutable bretteur et stratège hors-pair et doté d’un don inédit : il voit les créatures surnaturelles. Dieux et déesses, faunes, fantômes, héros légendaires, Latro les voit et est capable de communiquer avec eux. Mais les problèmes de Latro ne s’arrêtent pas là : il oublie systématiquement tout les évènements de la veille. Chaque matin, ses compagnons doivent lui réexpliquer sa situation et où ses étranges facultés l’ont mené. Car les dieux s’intéressent beaucoup à Latro. Alors, il décide de tenir un journal sur un rouleau de papyrus. En lisant l’histoire de Latro, c’est ce rouleau que vous lisez. Sur une idée initiale qui n’est pas s’en rappeler Memento de Christopher Nolan (à moins que ce ne soit l’inverse, Soldat des brumes date de 1986), Gene Wolfe promène son héros et ses compagnons de Platée aux jeux Pythiques de Delphes en passant par Corinthe, Athènes, Sparte et même les terres barbares thraces. Ces romans sont remarquables à plus d’un titre. Outre leur foncière originalité, il faut signaler une qualité d’écriture rare et maligne. N’oublions pas que nous lisons le rouleau écrit par Latro, avec tout ce que cela comporte de subjectivité (il écrit et décrit ce qu’il voit et ressent) et d’ellipses. Que se passe-t-il quand Latro n’écrit pas ? Gene Wolfe use admirablement de ces possibilités pour plonger le lecteur dans une confusion qu’on imagine proche de celle de quelqu’un qui se réveille sans souvenirs de ce qui précède son éveil. Honnêtement, c’est parfois un peu déstabilisant mais c’est habile. De même, Latro mélange (pas souvent, fort heureusement pour nous lecteur) des événement passées (ceux qu’il relatent) avec des évènements présents (ce qu’il se passe autour de lui pendant qu’il écrit). Enfin, dernière élément favorisant l’immersion du lecteur dans cette Grèce du Vème siècle avant J-C, Gene Wolfe mets dans la bouche de ses personnages non pas le nom des lieux et des personnages tels que nous les connaissons aujourd’hui mais tel que les contemporains les nommait. Athènes devient Pensée, Sparte est renommé Corde, Corinthe se dit Tour-Colline et ainsi de suite. Sortez le dico de grec ancien ! Au total, ces trois volumes sont une lecture hautement addictive qui vous plongent dans un univers novateur et d’une incroyable richesse, un tantinet frustrante à cause des ellipses et de sa conclusion mais si passionnante qu’on oublie vite les quelques défauts. Je ne peux que vous conseiller de vous mettre aux aventures de Latro, le soldat d'arretê amnésique largement digne des héros antiques (d’ailleurs on en croise dans ces volumes). Saga composée de trois volumes en VF publiés par Denoel dans sa collection Présence du Futur dans les années 90 et non réédité depuis hélas. Plus qu'à fouiller chez les bouquinistes ! t1 : Soldats des Brumes t2 : Soldat d'aretê 1 t3 : Soldat d'aretê 2 |
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Écrit par Winter
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10-01-2009
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Just A Pilgrim - Vol.1 Garth Ennis/Carlos Ezquerra Après Preacher et ses 66 numéros d’irréligieuses boucheries, éviscérations, incestes, énucléations, émasculations, tronçonnages, viols, tortures et autres délicatesses, on croyait avoir tout vu avec Garth Ennis. Nous étions en 2000 et nous avions tort. Il pouvait bien pire. En 2001, l’irlandais fou revient avec son complice Carlos Ezquerra aux dessins pour l’abominable Just A Pilgrim. Dans un futur indéterminé, la prédiction des scientifiques s’est accomplie. Le soleil en fin de vie a commencé une période d’expansion brutale, dévorant Mercure et Venus, provoquant le cataclysme qui est resté sous le nom de La Brûlure. Tout la surface du globe a été carbonisée, les océans se sont évaporés. Ce qui reste de l’humanité, les rescapés protégés au moment de la Brûlure, erre sur une planète dévastée, parcourant les grandes plaines océaniques désormais à nues en quêtes des dernières zones habitables. Un groupe de colons vient de quitter les Féroés et cherche à passer la Grande Dorsale Atlantique. Hélas pour eux, les voilà en plein territoire du sanguinaire Castenado, sanguinaire seigneur de la guerre de ce nouveau Far West. Les colons sur le point d’être massacrés par les hordes de Castenado ne doivent d’en réchapper qu’à l’intervention d’un mystérieux personnage, le Pèlerin. Mais bien vite, il apparaît que le sauveur est un bien étrange personnage, abominablement violent et cynique, en conversation avec Dieu, citant des extraits des textes sacrés en même temps qu’il explose les cervelles au calibre 44. Et si ça ne suffisait pas, le Pèlerin cache un passé plus que glauque et ses motivations dans l’accomplissement de Son œuvre pourrait en refroidir plus d’un. Le personnage du Pèlerin n’est pas sans rappeler le Saint des Tueurs de Preacher et on retrouve beaucoup des gimmick d’écriture de Ennis (le poissard absolu et tête de turc du destin, personnage récurrent dans son œuvre). Just A Pilgrim, c’est Mad Max meet Preacher meet Rob Zombi (version réalisateur). Question originalité, on repassera mais question inventivité dans l’horreur, difficile de faire mieux (ou pire c’est selon). Niveau graphique, Carlos Ezquerra s’en sort honorablement et sert le récit correctement sans plus. Je n’ai jamais été fan de son boulot (sur Bloody Mary déjà avec Ennis), on a un peu l’impression d’un Darrick Robertson du pauvre. On ne ressort pas indemne de cette lecture, autant le dire franchement. La brutalité de certains passages peut franchement vous amener la nausée. Là où Preacher jouait la carte de l’humour ou du machisme sudiste, rien ne vous sauve de l’horreur glauque de Just A Pilgrim. Remarquablement écrit, mené tambour battant, bourré d’idées novatrices sur un sujet plus que rebattu, outrancier comme il se doit pour du Ennis, Just A Pilgrim n’est pas à mettre en toutes les mains. Scénario : Garth Ennis Dessins et encrage : Carlos Ezquerra Parution initiale en 5 numéros de mai à septembre 2001 aux USA chez Black Bull. Edition française compilé en un volume en février 2002 chez Semic.
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Katsuhiro Otomo - Anthology |
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Écrit par Shinji
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19-12-2008
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Katsuhiro Otomo - Anthology Mieux vaut tard que jamais (la parution originale date tout de même d'il y a 13 ans), ce premier volume d'une anthologie en deux parties consacrée à Katsuhiro Otomo sort enfin chez nous en français. Il y a 20 ans surgissait pourtant au Japon son chef d'œuvre "Akira". Pour toute une génération (dont je fais partie), et ce dans tout le monde occidental, cet univers post-apocalyptique a ouvert brutalement la porte sur le manga et l’animation japonaise quand il a été exporté. Mais bien avant la publication tardive de ce recueil, le retard a quand même été quelque peu comblé pour découvrir l'œuvre d'Otomo dans son ensemble, que ce soit en manga ("Dômu", mais aussi "Zed" ou "Mother Sarah" au scénario) ou en anime ("Steamboy" et récemment "Freedom Project"). Et s'il existe encore bien des "one-shots" qui n’ont jamais été traduits ni en anglais ni en français, c'est surtout par le fait de leur auteur qui ne souhaite pas ressortir ses œuvres de jeunesse (d'ailleurs, Jean Giraud aka Moebius - admiré par nombre de mangakas - ne saurait pas pour rien dans cette nouvelle publication). Les fans de la première heure comme les plus tardifs seront donc ravis à la lecture de cette dizaine d'histoires courtes datant de la période pré-"Akira", de 1977 à 1981. Presque indispensable quand on sait que parmi elles se trouvent les prémisces de "Memories" - ou plutôt du premier segment "Magnetic Rose" -, et surtout "Akira". Le film d'animation du même nom semblerait presque même découler de ce "Fire Ball", tant on en retrouve déjà tous les ingrédients : violence urbaine, pouvoirs psychokinésiques (qui seront également présents dans "Dômu") et apocalypse. C'est aussi le témoignage de l'émergence d'un auteur qui tranche à l'époque dans son pays, où dominent les histoires sentimentales, pour proposer les siennes inspirées par la SF occidentale, que ce soit les nouvelles de Philip K Dick ("Farewell to Weapons") ou les bandes dessinées de Moebius justement ("Flower"). Mais pas seulement, les histoires offrant ici sur 260 pages des variations de style jusqu'à aborder le récit comique. L'occasion donc de découvrir par là-même une facette méconnue de Katsuhiro Otomo, à travers "Hair", où des rebelles chevelus fans de rock s’opposent à une société rigide dirigée par les "cheveux courts", ainsi que quelques parodies de classiques occidentaux. Le talent de l'artiste n'est plus à prouver, mais il était bel et bien présent dès ces débuts en images, déjà avant sa consécration. |
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Écrit par Seth Gecko
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27-11-2008
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Fatherland Par Robert HarrisAu hasard de mes tours et détours, je suis tombé sur un bouquin sorti récemment qui traite de la course à l'armement nucléaire dans les années 40 et qui pose la très aguicheuse question: et si Hitler avait eu l'arme nucléaire en premier? Dès lors, deux réponses sont possibles. D'abord, la réponse flippée: "c'eût été catastrophique, le Reich aurait duré 1000 ans, Ground zero s'appellerait Ground -1000...". Et puis, il y a la réponse Béru: "et si, et si, et si ma tante avait des couilles, elle serait mon oncle!". En tout cas, peu importe l'angle sous lequel on aborde la question, il y a de quoi ouvrir les esprits. Robert Harris, avec son Fatherland, s'était interrogé sur la possibilité d'une victoire du nazisme. Il signait par la même occasion une uchronie brillante, réinventant par la même occasion un passé encore très vivant dans nos têtes. Son récit, à la fois très documenté et du coup très crédible, suscite une gêne constante et un certain malaise chez le lecteur qui a l'impression de tenir un manuel d'histoire rédigé par le ministère de la Propagande du Reich par moment. Harris situe l'action en 1964, dans un Berlin, centre du monde, dessiné et construit selon la démesure d'Hitler et de Speer. L'inspecteur March enquête sur la noyade d'un homme qui s'avère être un ancien haut dignitaire nazi à la retraite. Bien rapidement, l'affaire s'envenime, la Gestapo lui met des bâtons dans les roues, puis le traque. Les disparitions tragiques s'accumulent. On fait disparaitre peu à peu un groupe d'hommes tous liés par un terrible secret. Dans quelques jours, Kennedy doit signer avec Hitler la paix universelle. La vérité doit être étouffée. Harris écrit un thriller froid et nuageux, un récit sans espoir et sans lendemain, à la fois cynique et tragique sur un monde qui aurait pu être le nôtre montrant de surcroit que tout ne tient qu'à quelques détails, que l'oubli est la pire des choses, avec le fanatisme. March erre dans un monde qu'il ne reconnait plus. Lui, le fonctionnaire nazi, déconnecté de la réalité, le triste rouage administratif aux mains propres mais qui pourtant participe à l'ignominie. On s'attache pourtant à cet anti-héros qui est, finalement, sincère et qui découvre l'Histoire derrière la version officielle comme on prend un train en pleine face. Fatherland est un roman nécessaire. Un regard porté sur nos erreurs. Un cauchemar à oublier et à tenter de ne pas reproduire. |
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