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Écrit par yln
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21-04-2009
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Interrogatoire Marilon est conduit sans ménagement dans une petite pièce aux murs gris et défraichis. Au milieu de celle-ci, une table métallique entourée de deux chaises. Sur un mur, ce qu'il reconnaît être une glace sans teint. On le fait asseoir, on lui enlève les menottes, les deux hommes repartent. C'est seulement à ce moment qu'il se rend compte qu'il n'est pas seul. Face à lui un homme est assis. Une carrure de rugbyman, un visage carré, des traits fins, le regard perdu dans le vide. L'homme sort un paquet de cigarettes, un briquet rose et s'allume une clope. Il fume paisiblement sans tenir compte d'un Marilon de plus en plus interloqué. Il sursaute quand un nouvel homme entre dans la pièce, celui-ci dépose un épais dossier sur la table puis ressort sans un mot. Marilon regarde le dossier, puis l'homme qui fume, ce dernier n'a pas jeté un regard du côté de l'homme au dossier, n'a pas regardé le dossier. Il se contente de fumer paisiblement dans son coin en déposant des cendres un peu partout. L'homme finit sa cigarette, cherche du regard un cendrier avant d'écraser le mégot au sol. Il fixe alors longuement Marilon, lequel se sent ratatiné sur sa chaise tout en se demandant ce que l'autre va faire maintenant. - Vous m'emmerdez Marilon La voix est grave et rauque, teintée de mépris. - Quand il pleut comme ce soir, j'aime m'asseoir dans mon fauteuil, boire du whisky, fumer des clopes, penser en regardant les gouttes frappées les vitres avant de lentement couler. J'aime me laisser aller à des spleens ouatés et ténébreux dans lesquels je m'enfonce sans fin. Et à la place de ce programme qui me convenait parfaitement je dois m'occuper de votre triste cas. Marilon veut parler, mais il n'en a pas le temps. - Vous n'êtes, Marilon, qu'un triste jojo qui s'est fourvoyé dans le crime pour de puérils raisons. Je ne devrais pas me plaindre de votre absence évidente de talent, après tout c'est grâce à des gus comme vous que je gagne ma vie. Mais la triste et pathétique réalité Marilon, c'est que vous avez été aussi mauvais dans le crime que dans le reste de votre petite vie. Si vous n'aviez pas gâché ma soirée je rirais, c'est un fait, je rirais. Marilon est rouge de colère, sa lèvre inférieure tremble, il serre les poings. D'une voix qui monte dans les aigus sous le coup de la colère, il crie son indignation d'être traité ainsi. L'homme, lui, s'allume une nouvelle cigarette sans prêter attention à Marilon, et alors que ce dernier reprend sa respiration le flic reprend la parole. - Ne vous énervez pas, c'est mauvais pour la santé. Notre dossier sur vous nous est suffisant pour vous envoyez en prison pour les dix prochaines années. Et croyez moi, la prison n'est pas faite pour les jojos comme vous. Trop tendre, trop bourgeois, trop frêle, trop émotif. Vous perdrez votre famille, votre statut, vos amis, votre réputation et votre virginité anale. Marilon recule sur sa chaise en état de choc avant de se lever et de se mettre à hurler. Il veut des preuves, il veut voir des preuves ! Le flic soupire tout en déposant ses cendres un peu partout sur le sol. - Vous êtes né à Orsay dans l'Essonne le 18 janvier 1957. Vous vivez une enfance difficile, vos parents ont peu de moyen et vous ne côtoyez que des gosses de riches. Vous n'êtes ni drôle ni beau ni doué en sport, vous devenez donc la mascotte de votre classe si l'on peut dire. Vous êtes traité comme un paria, brimé, jamais respecté, on se moque de vous et vous ne pouvez rien faire. Vous vous en sortez en travaillant, beaucoup. Après l'école vous parvenez à rejoindre Polytechnique. Mais comme à l'école, vous êtes traité en inférieur, en moins que rien. Une fois votre diplôme en poche vous rejoignez l'entreprise B.S.E, entreprise qui possède des contrats étatiques. Parallèlement, vous vous marriez avec Lucile Chaumont, la seule femme qui est jamais voulue de vous. Elle n'est ni belle ni intelligente, mais elle vous vénère comme un demi-dieu, et c'est déjà cela. Vous avez eu deux enfants, Romain et Antoine qui vous méprise ouvertement. Il y a un peu plus de six mois, la promotion que vous attendiez est donné à un autre homme, un de ces fils de riches qui vous ont tant fait souffrir. C'est là que tout bascule. Peu de temps après vous êtes contacté pour vendre des informations et vous voyez là le moyen de vous venger. Vous êtes un espion sans talent Marilon, un vulgaire traître de pacotille. Le flic ouvre l'épais dossier, étale des photos sur la table, des retranscriptions de conversation téléphoniques. L'homme explique chaque photo, montre toutes les preuves. Marilon pâlit, il n'écoute plus, il a compris. Il se met à trembler. Le flic enfin s'arrête et regarde Marilon dans les yeux. - Je vous avais prévenu. Nous savons tout de vous et de votre misérable et puérile tentative de vengeance. Mais dans votre malchance vous avez de la chance, je me moque des gus comme vous. Travaillez avec moi à coincer celui par qui vous vous êtes fourvoyé et personne ne saura jamais rien de votre regrettable écart. Vous conserverez votre vie, votre femme, votre travail et tout ce qui va avec. Réfléchissez, je reviens dans une heure. Le policier se relève lentement, regarde longuement Marilon avant de se détourner et de sortir. |
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Écrit par yln
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31-01-2009
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Passé, présent et futur Doucement, le crépitement du feu s'éveille et monte. Les flammes gourmandes se mettent à manger le bois avec volupté, des craquements se font bientôt entendre. On s'écarte un peu, on regarde, on écoute, on profite de la chaleur qui se diffuse dans la pièce. On sourit légèrement, on ne parle pas, pas encore, pour l'instant on profite du feu qui brûle dans l'âtre. Le temps des mots, de la parole viendra, mais plus tard, pas tout de suite. Ils ont atteint la cinquantaine et se connaissant depuis près de quarante ans. Ils ont été amis dans leur jeunesse, colocataires pendant leurs études, ont fait les quatre-cent coups ensemble, été témoins des mariages de l'autre, participé à des des centaines de beuveries, été collègues, concurrents. Ils ont partagé leurs rêves d'enfance, en ont vécu certains, en ont oublié d'autres. Ils sont fidèles en amitié, doués dans leur travail, craint et respecté, considérés comme loufoques par certains. Mais, ils s'amusent autant qu'à l'âge de vingt ans et cela n'a pas de prix. Enfin, l'un des deux décide de briser le silence. Il se remémore à haute voix le serment d'adolescent qu'ils avaient fait et qui avec le recul semble quelque peu puérile, même s'ils l'ont bel et bien respecté. L'autre sourit, acquiesce silencieusement. Et chacun replonge dans ce temps lointain où la vie n'était encore constituée que de promesses. Ils rient en se rappelant ce qu'ils souhaitaient à l'époque. Pourtant, après avoir ri, ils doivent convenir que finalement ils n'avaient pas tort en ce temps éloigné. Ils ont tout connu: les femmes, l'argent, le pouvoir,mais également la déchéance, l'oubli, les divorces et les enfants récalcitrants. Mais ils se sont si bien amusés qu'ils ne regrettent rien. Désormais la conversation est nourrie, intense. Ils se rappellent le passé ancien et récent, le présent. Chacun parle de son travail, de politique, d'économie et de sport. Inévitablement les femmes font partie de la discussion à un moment donné. Celles avec lesquelles ils se sont mariés, toutes les autres aussi. Ils évoquent le cursus des enfants, leurs espoirs, leurs envies, leurs futurs. Ils sourient en parlant de l'innocence de la jeunesse, si visible et en même temps si touchante. Leurs enfants ont le monde à leurs pieds, même si dans la réalité, ce sont bien leurs pères qui le font tourner à leur modeste niveau. Ils ne considèrent d'ailleurs pas leur contribution aussi modestement que cela. Mais ce qui pourrait ressembler à de l'arrogance, de la suffisance, ne l'est pas tant que cela, ils ont compté, ils comptent toujours. Les heures passent, et comme chaque fois qu'ils se voient dans ce cadre, ce sont dans les dernières heures, quand la nuit est bien avancée, que les conversations s'envolent. Ils parlent philosophie, nature humaine, espoir et paix, guerre et destruction. Ils se demandent si leur monde est meilleur ou pire que le précédent, si l'avenir a encore un sens. Ils s'accordent sur le fait que le passé ne vaut pas d'être regretté, mais de là à espérer un meilleur futur, il y a un pas qu'ils ne sont pas prêts à franchir. Et comme chaque fois qu'ils se font une soirée comme celle-ci, cela se clôt par la question rituelle. Regrettes-tu quelque chose? Alors l'autre sourit, rigole doucement et lâche un non sonore. Les regrets, ils les laissent aux autres, ils ont fait du bon boulot, acquis tout ce qu'ils voulaient, sont considérés à ce qu'ils estiment être leur juste valeur. Le reste importe peu, ils sont ce qu'ils souhaitent, et cela, personne ne pourra le leur enlever. |
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Écrit par yln
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06-01-2009
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Le trajet Mettre les sacs, le thermos de café dans la voiture, vérifier que j'ai pris les cigarettes, la musique, que tout est en ordre, que je suis prêt à partir. Le soleil est en train de se coucher quand je peux enfin me mettre en route: à moi les vacances et le repos! Mais avant d'embrayer, je commence par choisir la musique qui m'accompagnera pour la sortie de Paris. Je glisse le disque dans le lecteur, règle le volume, apprécie cet instant, m'attache et passe la première. Les premières minutes, la première demie-heure, passe lentement, trop lentement. Le monde de la nuit n'a pas encore pris le pouvoir, il y a trop de gens sur la route, je suis en plein dans l'entre deux, je hais ce moment, c'est irrationnel, je n'y peux rien. Je m'engage sur la nationale, les voitures se font plus rares, je commence à respirer, à sentir la nuit autour de moi. Une cigarette pour fêter cela, accompagnée d'un changement de musique, de Audioslave, je passe à Red Sparowes, du stoner rock au post-rock, de la musique des villes à celle des champs. Encore une heure et le plaisir est maintenant complet; je roule sur des routes de campagne, plus vite que ce qu'il faudrait, mais peu m'importe. La fenêtre est entrouverte, le vent me chatouille le visage. Je fume en chantonnant du Johnny Cash, heureux, libre. Je finis par ralentir pour me mettre à rouler doucement, j'avais besoin de mettre de la distance entre moi et Paris. Mais maintenant que cela est fait, je n'aspire qu'à rouler doucement, à prendre mon temps en profitant du paysage nocturne. Et puis, je ne suis pas pressé, j'ai toute la nuit devant moi pour rejoindre la Rochelle. La nuit, je suis un homme différent dans un monde différent. L'atmosphère nocturne m'a toujours plu, fasciné et ensorcelé; je n'ai jamais eu peur du noir, de l'inconnu tapi à quelques mètres seulement, bien au contraire. La nuit, les aspérités disparaissent, mes questions, mes doutes, mes imperfections aussi. Il m'arrive, exceptionnellement, de connaître des spleens nocturnes, ils se révèlent toujours d'une rare violence. Comme si cette sensation de calme et de bienfait qui m'étreint en temps normal devait alors se retourner contre moi et me laisser sans défense. Mais la plupart du temps, je me sens dans mon élément. Tout est plus calme, posé, délicat même, une poésie émerge dans des lieux, des choses, qui en sont habituellement dépossédées. Conduire de nuit demande plus d'attention, mais se révèle bien plus jouissif. Les étoiles dans le ciel, la lune, comme ce soir, ronde et belle. Les nuages, immenses ombres se mouvant dans l'immensité de la voie lactée. Les arbres, les talus, les buissons et les collines ne sont que des masses informes avant que les phares ne révèlent leur vraie nature. Le bruit du moteur, de la musique, du chauffage qui fonctionne, tout cela participe à la magie de l'instant; une magie qui se passe de mots, qui se contente d'un silence et d'un sourire, inutile d'en faire plus, la nuit est aux mouvements feutrés, aux paroles échangées à voix basses pour ne pas contredire l'ordre des choses. Quand je m'arrête pour la première fois, il est près de trois-heures du matin. Je me sens en pleine forme, j'ai simplement envie de me dégourdir les jambes. Une jolie brise souffle dehors, elle me caresse et m'enveloppe, sans parvenir à me refroidir malgré son piquant. Je marche dans une herbe mouillée, sur un sol que je sens meuble, gorgé d'eau. Je n'ai pas croisé de pluie, j'ai de la chance, je la suis sans la rencontrer sur mon chemin. J'écoute le bruit du vent dans les arbres, le silence de la nuit. Bientôt, un autre son parvient à mes oreilles, un son que je reconnais entre mille: celui, cristallin, de l'eau qui coule. Encore quelques mètres et j'y suis, un petit cours d'eau, un gros ruisseau. Je m'arrête à sa lisière, contemplant l'eau claire et limpide, les cailloux qui tapissent le fonds, sorte de gros galets qui semblent d'une couleur blanchâtre sous l'éclairage de la lune, les grandes herbes qui bordent le ruisseau. Je reste là un moment, à admirer l'eau avancée à son rythme. Mais j'ai encore de la route à faire pour rejoindre la Rochelle, alors à contrecœur je finis par repartir vers ma voiture. Dix minutes plus tard, je suis de nouveau la trace des lignes blanches, tel un petit poucet des temps modernes. |
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Écrit par yln
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22-12-2008
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Mise en bouche Saint-Vincent lâche des volutes de fumée, cigare en bouche, en admirant la ville sous son manteau nocturne. Sous sa fenêtre, un arbre se dodeline gracieusement sous les effets du vent. Puis vient la Seine, étendue noire et sombre en constant mouvement qu'il trouve reposante; dans un étrange et féérique ballet, les milles lumières de la ville s'y reflètent et s'y déforment. Sur la rive opposée, un arbre avachi évoquant un vieillard fatigué lui fait face. Préambule à la majestueuse cathédrale Notre-Dame qui se dresse non loin derrière. Bénéficiant d'une vue parfaite sur sa façade Est, il peut, et il ne s'en lasse pas, admirer l'incroyable édifice. Ses grands-arcs boutants avec leurs pinacles rappelant les pattes d'une immense araignée; ses amples vitraux, sa flèche de quatre-vingt seize mètres se profilant au second plan, les tours de la face Ouest se découpant magnifiquement. Cette structure sur trois plans: le chevet et son toit en « v » renversé, la flèche et les deux tours; figure dans le panthéon des panoramas ayant sa faveur. Il aime beaucoup regarder Notre Dame de nuit, il lui trouve alors une poésie inaccessible de jour. Sans compter qu'elle se trouve débarrassée des hordes de touristes qui y passent au rythme du soleil. D'un geste paresseux, Saint-Vincent regarde sa montre et constate qu'il est bientôt vingt-et-une heures trente. Il tire une nouvelle bouffée sur son cigare avant de se diriger vers le meuble à alcool. Avec des gestes mesurés, posés, il se sert deux doigts d'un whisky de trente ans d'âge. Il s'assoit avec nonchalance dans l'un des fauteuils et sort de sa poche une boîte d'allumette. Il en craque une, contemple quelques instants la flamme se mouvoir, le bois brûler. Finalement, et comme avec regret, il rallume son cigare, éteint l'allumette d'un court et ample mouvement avant de déposer le bout de bois calciné dans un cendrier de verre. Il avale une courte gorgée de whisky, repose son verre. Se calant confortablement dans son fauteuil, il se laisse alors aller à rêvasser en regardant dehors. Il savoure son whisky et tire tranquillement sur son cigare. De temps en temps, un léger sourire ironique apparaît sur son visage, son regard prenant une teinte brillante. On le dirait en train de penser à une bonne blague qu'il prépare à quelqu'un. A vingt-trois heures, il se lève, se prépare avec minutie avant de quitter son appartement. Il prend l'ascenseur et alors que les étage défilent, son esprit est déjà focalisé sur on travail. Il rejoint sa voiture, se glisse au volant, pose sa serviette, démarre et enclenche la première. Il traverse bientôt le pont de la Tournelle avant de prendre la rue du cardinal Lemoine. Si tout se déroule comme il le souhaite et il n'en doute pas, il sera à destination dans une bonne vingtaine de minutes. Tout en roulant, et en écoutant Henryk Gorecki qu'il a glissé dans le lecteur cd, il tapote gentiment sur son volant. Cette nuit, il doit travailler et cette seule pensée suffit à le réjouir. |
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Écrit par yln
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19-12-2008
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Au gré de la nuit Confortablement installé sur mon balcon, avant-bras posés sur le rebord, je contemple la rue en contrebas qui vit et évolue au rythme de la soirée. J'oscille entre l'envie de sourire, de me mêler à la foule où celle de rester ici, d'observer de haut toute cette agitation dans un simple rôle de spectateur. Mais je ne peux rester indécis éternellement, je dois faire mon choix. Il est vingt-trois heures, la nuit est fraîche sans non plus être désagréable, tout cela peut se révéler intéressant, à moi d'en profiter. Ma décision est arrêtée, je prends mes cigarettes, enfile un léger manteau et quitte mon appartement le sourire aux lèvres. Je pourrais rejoindre un bar que je connais et que j'apprécie, mais pour le moment, ce qui m'intéresse et m'intrigue, ce sont les gens. Alors, je déambule sans but, me laissant doucement porter par le hasard. Je me mets à suivre docilement un groupe de touristes papillonnant à droite et à gauche. Puis un clochard au pas hésitant, si irréel dans ce monde festif et frivole. Une odeur alléchante me parvient et je me lance à la recherche de sa source. Bientôt, c'est une musique que je perçois au loin derrière laquelle je coure. Finalement, après avoir marché une bonne trentaine de minutes, je réalise que je suis à deux pas de mon bar préféré. Ce fait me décide à abandonner mon vagabondage joyeux dans les rues et ruelles pour le confort d'une chaise et le plaisir d'une bière. Je rejoins rapidement le bar, constate avec plaisir qu'une table est encore disponible en terrasse. Je m'y jette en faisant fi des convenances, rentrer à l'intérieur maintenant me serait insupportable. La place est qui plus est parfaite, j'ai une bonne vue sur l'intérieur du bar et sur la rue. Plutôt qu'une bière, c'est finalement un 42nd Street que je commande: whisky, triple sec et martini. En attendant ma boisson, je m'allume une cigarette et me replonge dans l'observation en dilettante du troupeau de fêtards qui a pris possession de la rue. J'aime leur diversité, voir ces gens de tous les âges, de tous les genres, composer une foule hétérogène et cohabitant sans souci. Chacun oublie la différence de l'autre pour une envie commune de s'amuser. J'aime me dire que c'est dans ces lieux que l'on voit la mixité sociale à l'œuvre. Même si, je le reconnais volontiers, c'est une mixité très édulcoré, mais tout de même, elle est là. Il suffit de respecter quelques règles simples pour intégrer cette communauté aussi inconsciente de son existence qu'elle n'est forte, vivante, agréable et souriante. L'arrivée de mon cocktail me fait revenir sur terre et j'en avale avec délectation une courte gorgée. Saisit d'une envie soudaine, je sors d'une poche mon carnet et un stylo. Je me mets à dessiner, à gribouiller quelques mots, capturant des attitudes, des visages, des expressions, de multiples anecdotes de la vie. Un groupe de rasta à l'air pétillant aux yeux rouges et brillants. Une grand-mère emmitouflée dans son manteau à l'expression étonnée et crispée. Un videur au rire bruyant et soudain qui surprend ceux qui passent près de lui à cet instant. Des hommes et des femmes bien habillés discutant gaiement au milieu de la rue, inconscients du reste du monde. Un couple qui marche main dans la main avec cette attitude si propre aux couples récents, à l'amour encore frais et auquel ils ne sont pas encore habitués. Je m'allume une nouvelle cigarette après avoir rangé mon carnet. Mon verre est désormais vide et je laisse mon regard parcourir l'intérieur du bar. Je croise un regard légèrement appuyé, devine qu'il est pour moi, alors que déjà de longs cils me dissimulent la vue de la paire d'yeux en question. Je m'attarde un peu sur son visage, agréable au regard avec ce je-ne-sais-quoi de captivant. J'écrase la cigarette dans le cendrier, pose un billet, me lève et part vers l'intérieur, vers ce regard agréable. Il est temps que l'observateur laisse sa place à l'acteur dans cette nuit si charmante. |
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