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Gainsbourg - Vie héroique Dans Ray de Taylor Hackford, on voyait d'emblée un drame (la perte d'un frère), traumatisme qui fera écho tout au long du film au gré des tubes, avec l'héroïne en filigrane pour oublier les blessures de la vie. Dans La Môme de Dahan, le biopic était axé sur les mêmes schémas: enfance de merde, succès, démon intérieur - cette fois-ci la picole. Malgré ces défauts, ou du moins faiblesses, ces deux films me viennent en tête immédiatement au moment d'évoquer un film sur un autre grand poète musical. Dans le genre, ils sont quand même en haut du panier. Joann Sfar a du les voir ces films ou du moins en subir l'aura. Faire un film sur Gainsbourg si peu de temps après la Môme, forcément, on ne peut pas éviter les comparaisons, les pressions des investisseurs pour faire aussi bien en terme d'entrées et de prix, etc. Le grave problème qui va se poser pour les esprits étroits, pour ceux qui aiment bien savoir où ils mettent les pieds et ceux qui aiment bien, inlassablement, voir et revoir les mêmes films, c'est que Sfar, en plus d'être un artiste, se paye le luxe d'être un créatif à tendance boulimique. Du coup, son film, c'est un coup de tête. Un vrai parti pris artistique, un défi. On aime ou on aime pas. C'est pas du biopic documentaire, de la reconstitution année par année, de la biographie officielle. On flotte, on vole, on zigzague. Comme la fumée d'une Gitane. Pour sûr que ça va s'engueuler dans les chaumières. Sfar fait au genre ce que Kounen avait fait au western avec son mal-perçu Blueberry, film qui restera à jamais maudit car incompris et mal vendu au moment de sa sortie. J'ai peur qu'il arrive la même chose à ce formidable Gainsbourg - (Vie héroique), même s'il est quand même largement plus abordable que les délires chamanes du chevelu Jan. Sfar aborde la vie Gainsbourg de façon onirique sans chercher la reconstitution historique. Il s'agit d'un conte, celui d'un beau parleur et donc forcément, quelque part, celui d'un mythomane. D'un homme qui racontait à celui qui voulait bien l'entendre qu'il avait été le premier à aller chercher son étoile de David sous l'occupation nazie et qui se vantait d'avoir tringler la Terre entière. Il y a du vrai et sans doute du faux mais tout cela nourrit la personnalité de l'homme et contribue à en faire ce qu'il est aujourd'hui. Un putain de mythe. Sfar vient de la BD et réalise une prouesse pas si évidente et pas si fréquente, à savoir faire co-exister les deux genres à l'écran. Trois si on y ajoute la musique. C'est assez fort et la figure de la Gueule, sorte de Gemini Cricket balèze à tendance croque-mitaine, est une formidable réussite. Un peu de Terry Gilliam dans le fond du cendrier. Ou du Gondry selon les affinités. Côté casting, grand huit vertigineux pour ce genre de film, autant le dire tout de suite, Eric Elmosnino m'a littéralement cassé le cul. C'est simple, j'ai réécouté du Gainsbourg depuis ou fredonner des airs en sortant de la salle et au moment, inconscient, où l'on cherche à donner un visage à cet air entêtant, c'est le visage d'Elmosnino qui me vient et non pas celui de Serge. Il s'approprie de façon incroyable, et notamment jusqu'à la période BB, la gestuelle, les mimiques de dandy galant derrière son piano. Du très grand art.
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