| Ecrit par Shinji, 04-11-2007 18:16 |
Battle Royale de Koushun Takami Battle Royale, c'est un film japonais qui a fait forte impression quand il a débarqué en 2000 sur les écrans, surtout pour son sujet trash qu'on peut vite résumer par un jeu de massacres entres adolescents : une classe est envoyée sur une île, et un seul repartira de là vivant, chacun étant libre d'utiliser pour cela tous les moyens mis à disposition, armes (du canif au pistolet mitrailleur) et stratagèmes (il est fortement conseillé de ne pas se laisser aller à des faiblesses telles que les "bons" sentiments) ; pour pimenter un peu plus le tout, chacun est muni d'un collier explosif façon New York 1997. Vu le succès au box-office, il y a eu une suite, ratée, et deux séries manga qui se prolongent interminablement, desservies par un graphisme laid et des dérives racoleuses. Mais avant tout cela, il y a eu un roman sorti en 1999 et qui a mis 7 ans pour être édité en français. L'auteur, Koushun Takami, était journaliste, et se consacre à l'écriture depuis sa satire vite devenue un best-seller. Pas étonnant qu’on en ait hâtivement tiré un film, car tout est presque déjà là. Le récit nerveux est presque à reprendre tel quel avec son action à foison, au point qu'on imagine facilement l’auteur friand de cinéma qui pète dans tous les sens : la boucle est bouclée. Le roman est tout aussi violent, sinon plus par la représentation dans l'imaginaire de chacune des horreurs qui se succèdent, mais il a aussi l'avantage de bénéficier du background de chacun des élèves et de leurs réflexions intérieures. De quoi faire également une adaptation en manga dans les règles, deuxième influence de l'écrivain, avec son lot de personnages quelque peu stéréotypés (le héros à la belle gueule, le dur à cuire au grand cœur, le psychopathe invincible, la femme fatale, le bidouilleur de service...), ses romances même au coeur de l'horreur, et ses combats chorégraphiés. Le réalisateur de l'adaptation cinématographique a quand même eu la bonne idée d'avoir ajouté le thème du conflit de générations, même s'il a en échange sacrifié le présent alternatif de l'histoire, avec l'empire totalitaire de la Grande République d’Asie. Dans le roman, le programme "Battle Royale" derrière son intention de collecter des statistiques militaires cache son véritable but : instaurer un climat de méfiance afin de dissuader toute idée de regroupement contestataire. Mais dans les deux cas, il aurait pu y avoir en plus des caméras, pour un jeu de télé-réalité à peine futuriste ; à quoi bon en effet ce jeu destroy loin de tous ? C'est que l'histoire préfère se concentrer sur sa représentation extrême de la compétition qui va se jouer entre les lycéens quand ils vont quitter leur classe s'ils veulent "réussir" : c'est dorénavant le chacun pour soi pour être le meilleur. C'est qu'il faut être prêt à renoncer à toute attache personnelle ou morale afin de mériter sa place dans une société telle que le Japon moderne. Cela limite malheureusement un peu l'histoire à une étude sociologique spéciale : 42 élèves aux caractéristiques variées réagissent chacun à sa manière quand il est question de survie face à d'anciens camarades devenus autant de menaces potentielles. Certains élèves jouent le jeu du chacun pour soi radical, d'autres se cachent ou tentent encore de s’allier. Mais devant le chamboulement des repères, ce qui prime est avant tout une belle opportunité pour tous ces jeunes de régler leurs comptes en toute impunité. L'adolescence, âge ingrat, est renvoyée à son aspect le plus repoussant, à ses petites frustrations qui peuvent tourner au cauchemar. Certains s'obstinent malgré tout à ne pas succomber tout en conservant des valeurs, même si cela nécessite le combat de toute une vie.
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