House Of Secrets Par Steven T.Seagle et Teddy Kristiansen
Aussi cynique et désabusée que son prénom est doux, Ondée arrive à Seattle comme à un terminal de la dépression. Seattle mi-90's: café, temps de chien, rock'n'roll et suicide. Eternelle habituée des plans galères, Ondée voit son horizon s'éclaircir au moins temporairement. Rapidement, elle devient parolière d'un minable groupe de grunge et une groupie lui propose un squat. Ondée n'hésite pas longtemps. Elle fuit depuis trop longtemps et cette étrange maison coloniale en bordure de la ville est certes curieuse mais en état et inhabitée. Si Ondée (Rain Harper en vo) s'est trouvée une utilité et des amis le jour, la maison va lui en fournir pour la nuit. Car la nuit, la maison devient le siège de la Cour des Secrets, tribunal spectral qui instruit à charge, juge et condamne les détenteurs de lourds secrets qui, en les taisant, ont altéré la vie d'autrui. Procureur, juge, greffier semblent tous sortis des siècles précédents et pratiquent une justice expéditive. Le verdict est toujours le même : souffrir en enfer pour détention de secrets inavouables. Ondée est désigné Témoin, lien du tribunal avec le monde matériel et les mortels qu'il punit et doit énoncer la sentence, impuissante. Impuissante ? Voire. Bien vite, Ondée se lasse de cette parodie de justice et tente de comprendre et d'enrayer la machine. Mais la Maison des Secrets n'est pas à cours de moyens et Ondée et son entourage ne sont pas en reste de secrets familiaux, dramatiques et pathétiques. Et quand ses univers journaliers et nocturnes se percutent, le pire arrive.
Dans une ambiance de misère urbaine et de psychose paranoïaque que le Last Days de Gust Van Sant ne renierais pas, Steven Seagle et Teddy Kristiansen renouvellent un grand classique de chez DC. Cette House of Secrets est la troisième série du nom. Les deux premières furent des séries anthologiques de grand renom qui publièrent à partir de 1958 de courts récits d'horreurs de quelques pages à la chute souvent brutale et inattendue. La seconde série est particulièrement connue car de futurs grands noms y firent leurs premières armes (Neal Adams, Berni Wrightson pour les plus célèbres.) et le personnage de Swamp Thing y fit sa première apparition). Surtout, les histoires y étaient présentées par deux frères, Abel et Cain, qui sévissent aujourd'hui dans la série Sandman. Cette troisième mouture est donc fort différente mais teintée d'une forte ambiance amenée par le cadre post-grunge miséreux de Seattle. Le graphisme torturé de Teddy Kristiansen, dessinateur rare que l'on a aussi vu sur Grendel, fait beaucoup pour cette ambiance dépressive. De bien belles choses à paraître chez lui avec Neil Gaiman (plus de détails sur son blog ). Quand au scénariste Steven Seagle, House of Secrets est le titre qui lui a apporté la notoriété et lui a valu de se voir confier quelques grosses pointures de l'écurie Marvel. Dommage qu'il n'y fut pas aussi inspiré que lors de ses travaux pour Vertigo. La série malgré d'indéniables qualités et une ambiance prenante n'a hélas pas obtenu un grand succès et fut interrompue au numéro 25 aux USA (1996-1998). Deux albums sont parus en France, contenant les 6 premiers numéros US aux défuntes éditions Le Téméraire.