| Ecrit par Seth Gecko, 29-01-2008 00:53 |
Les Phalanges de l'Ordre Noir Par Enki Bilal et Pierre ChristinOn veut que les ados sortent du collège en ayant lu ou entendu la lettre de Guy Môquet, victime de la répression nazie. Je comprends. Mais il ne faut pas arrêter cette tentative de culture, de civisme, d'humanisme à cela. Il y a bien d'autres livres à lire pour comprendre les cancers du passé. De Lévi à Frank, il existe toute une littérature de la mémoire, du souvenir, du recueillement. Les Phalanges de l'Ordre Noir appartient à ce genre de littérature. Bilal et Christin ont signé il y a près de trente ans, la BD historique ultime, une oeuvre taillée dans le granit de l'Histoire, une oeuvre qui sent le souffre, les pêchés de jeunesse et d'orgueil, une oeuvre dont on sent le poids tout au long de sa lecture. En plein hiver, un petit village d’Aragon, en Espagne, est entièrement détruit et ses habitants massacrés. La tuerie est revendiquée par les Phalanges de l’Ordre Noir au nom des « valeurs de l’Occident chrétien ». Pritchard, journaliste au Daily Telegraph de Londres et ancien de la XVe Brigade internationale reconnaît parmi les membres du commando les ennemis qu’il a combattus pendant la guerre d'Espagne. Le journaliste contacte ses anciens camarades pour venger les villageois et finir le travail commencé des décennies plus tôt. Les Phalanges de l'Ordre Noir m'ont évoqué le livre Vengeance, qui a inspiré le Munich de Spielberg, pour les thèmes abordés: la vengeance donc, et tout son mécanisme, ses conséquences, le cercle infernal qu'elle engendre et les dommages collatéraux. Les Phalanges de l'Ordre Noir est un livre sur les idéaux perdus, sur les géants au pied d'argile, sur les actes manqués. Un dernier baroud d'honneur contre les injustices, les extrêmes et les cons. Bilal dessine et peint comme d'autres, jadis, ont fait des cathédrales. Ce dessin là est un dessin fait de souffrances, de réflexions, d'intensité. Cette galerie de visages cassés par le temps, burinés ou taillés à la serpe, est tout simplement sublime. Un peu comme les mains d'Harvey Keitel (:-)). On a l'impression d'avoir sous nos yeux des petits êtres découpés dans le bois: les visages sont anguleux, rugueux, austères, durs, sévères, marqués. Bilal fait preuve d'un talent génial pour brosser ce groupe d'ex-brigades internationales qui reprend du poil de la bête pour aller chatier ceux qui se sont crus, pendant trop longtemps, les vainqueurs d'une foutue sale guerre. Les Phalanges de l'Ordre Noir est une oeuvre contre l'oubli car il y a toujours là, quelque part, de sombres idéaux qui guettent, tapis dans l'ombre et qui sont prêts à ressurgir n'importe quand, n'importe où.
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