Afin d’obtenir de la CIA l’accès à Echelon, le directeur des opérations du SIS (ou MI6, agence des opérations extérieures au territoire britannique) accepte de leur rendre un service : assassiner un marchand d’arme russe qui opère au Kosovo. L’agent Tara Chace est dépêché sur le terrain et accompli sa mission. Mais son évacuation se ne passe pas comme prévu. Blessée, elle est reconnue et l’opération, illégale et secrète, s’ébruite. Les choses s’emballent quand les commanditaires russes décident de mettre à prix la tête de l’agent Chace et organisent une riposte à la roquette sur les locaux londoniens du SIS.
Oubliez 007, Alias et tous leurs agents secrets de pacotille. Queen&Country va vous immerger au plus profonds des eaux troubles du contre-espionnage. La série s’inspire directement de The Sandbaggers, série anglaise culte des années 1978-1982 consacrée au MI6 et serait même une sorte de suite selon les dires de l’auteurs. A mille lieux des gadgets high-tech, Greg Rucka opère ici dans son style favori : un récit d’espionnage mâtinée de politique fiction du meilleur acabit tendant au plus de réalisme possible (on parle tout de même d’espions, pas évident d’avoir des infos de fonctionnement interne totalement fiable). L’histoire se centre sur les agents de terrains, Tara Chace, Tom Wallace et Edward Kittering alias les Minders (traduits par Gorilles en VF) et leur directeur Paul Crocker. Ce dernier est de loin le plus intéressant. Sa logique et sa froideur font que les notions manichéennes disparaissent très vite du récit : l’intrigue démarre par l’assassinat d’un russe (un méchant) par des anglais (des gentils) pour le compte d’américains (des super-méga-gentils), c’est dire. Dans la lutte pour défendre la Reine et la Patrie a fait le choix d’appliquer une politique radicale ce qui entraîne pas mal de frictions avec sa hiérarchie et les autres services dont le MI5 (défense du territoire) et de sacrées conséquences pour les agents de terrain. Le style graphique (Steve Rolston pour le premier arc, qui a depuis travaillé avec Warren Ellis sur Mek et Brian Hurtt sur le deuxième arc) a une petite tendance cartoonesque qui peut surprendre pour le genre mais qui remplit finalement très bien son office. L’ensemble s’avère très agréable à la lecture sans être exceptionnel.
La série est composée de 60 numéros en vo, parus chez Oni Press, le label indépendant de Kevin Smith. Les septs premiers (les arc Operation Boken Ground et Operations Morning Star) ont été traduits en vf sous forme d’un volume paru chez Semic en 2004 et l’édition française est reprise à partir du 03 janvier 2008 par les éditions Akiléos (qui ont déjà publié Whiteout et sa suite du même Greg Rucka) à partir du numéro 8, l’arc Cristal Balls. Comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, une adaptation en film serait sur les rails (ce qui est un juste retour pour un comic inspiré par une série télé) et Greg Rucka a annoncé un second volume à la série dont la parution us est prévue pour 2009.