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Demians - Building an Empire
Ecrit par Shinji, 03-05-2008 13:42


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Demians - Building an Empire

Il est assez impressionnant de découvrir que derrière l'écriture, tous les instruments et la production de cet album ne se tient qu'un seul et même homme, le français Nicolas Chapel. La musique a des petits airs prog comme on peut en retrouver chez Porcupine Tree, mais cela tient surtout dans le fait que les huit chansons de "Building an Empire" prennent leur temps pour aller crescendo, et partagent aussi un mélange des genres oscillant entre pop-rock et métal. La comparaison s'arrête là, car même si Steven Wilson n'a pas été avare en éloges vis-à-vis de Demians - ce qui, vous l'accorderez, n'est déjà pas rien en soi -, chacun possède son propre univers et sa façon de nous le présenter.

Dans le cas de Demians, rares sont les premiers albums à afficher d'emblée une telle conviction et surtout une réelle maîtrise. Le morceau qui fait ici office d'ouverture à "Building an Empire", intitulé "The perfect Symmetry", est la parfaite illustration de ce qui attend l'auditeur : des sensations liées à des mélodies, toutes aussi nombreuses les unes que les autres. La voix peut quant à elle surprendre par son calme relatif tout au long de l'album, la musique exprimant somme toute davantage de changements "d'humeur". Mais cette douceur vocale en apparence n'en laisse pas moins place parfois à une certaine nervosité, jusqu'à faire preuve d'agressivité surtout lors de la dernière étape du voyage, quand commence le long final épique que constitue "Sand".

Même si le fort potentiel créatif au sein de Demians est perceptible dès la première écoute, "Building an Empire" est de ces albums dont il est nécessaire de s'imprégner plusieurs fois pour en découvrir et en apprécier la substantifique moëlle. Et d'ampleur il sera encore question lors des concerts, maintenant que l'oeuvre s'exprime sous la forme d'un groupe constitué et paré pour la scène.

 
Interview

22 avril 2008, 11h30 ; j'ai rendez-vous dans un hôtel parisien près de République pour interviewer Nicolas Chapel. Celui-ci est en pleine promotion de "Building an Empire", premier album de Demians, groupe que l'on pourrait situer comme un cousin français de Porcupine Tree. Cela tombe bien, Steven Wilson le soutient depuis qu'il a découvert les chansons du French guy. Mais ce soir, c'est le baptême du feu pour Nicolas et les compagnons qu'il a récemment regroupés pour l'accompagner sur scène, en première partie d'Oceansize.

Quelles sont les origines de Demians, dont tu es l'instigateur ?
L'origine de Demians est assez difficile à exprimer pour moi, parce que ça reviendrait à parler de mes origines personnelles. C'est vraiment moi que je mets en musique, c'est-à-dire mes émotions, ma façon de voir les choses, les questions que je me pose. Cela m'a toujours été naturel de m'exprimer plus en musique que par des mots, donc c'est venu tout seul. J'ai commencé la guitare très tôt, tout comme à écouter Peter Gabriel ; j'ai toujours baigné dedans. Et il y a des moments dans la vie où tu n'aimes pas ton boulot, ce que tu fais, tu ne te reconnais plus, et tu te poses des questions sur tes rêves de gosse, sur ce que tu avais alors envie de faire, et où tout ça est passé. Demians est né de ça, de la nécessité de se parler, de se retrouver.

Tout a démarré il me semble vers octobre 2001 ; cela a donc été une longue gestation...
Oui, les premières compositions datent de cette époque ; cela correspond à une période de ma vie très noire dont je sortais. Je n'ai pas forcément envie d'en parler... c'était une période de ras-le-bol dans laquelle je ne me reconnaissais pas. J'ai alors radicalement changé de style de vie, je me suis pris en main, je me suis installé dans une ville où personne ne me connaissait. J'ai toujours été très introverti, en retrait, à ne pas remettre les choses en question, et un jour je me suis repris tout ça dans la tronche. Dès les premières fois où je me suis assis avec ma guitare, ça a commencé à sortir, et toutes mes chansons sont venues comme de l'écriture automatique. J'ai commencé à composer, mais personne n'a écouté cette musique pendant 3 ou 4 ans. J'étais chez moi, je me racontais des choses qui me plaisaient ou pas, je me faisais parfois violence, j'allais dans toutes les directions. J'avais vraiment besoin de me raconter ces choses-là, d'arrêter de me voiler la face. J'ai tout enregistré, et ce n'est qu'au bout d'un moment que j'ai eu envie de le partager. Ce n'est qu'arrivé en 2005 que j'ai commencé à parler de carrière, de faire un album. La quasi totalité des chansons de l'album datent de 2002 ou 2003, mais je pensais qu'elles étaient toujours pertinentes.

Quel a été ton parcours musical avant cela ?
J'ai joué dans des groupes, surtout un en particulier. Mais j'étais seulement guitariste, je ne composais pas. Je n'ai jamais eu l'envie de devenir musicien professionnel, d'en faire un métier. J'ai pris une fois un cours de guitare, et cela m'a donné de bonnes raisons de continuer tout seul. Cela consistait à écouter un gars me dire ce que je n'avais pas le droit de faire ; je suis rentré chez moi, et j'ai fait l'inverse de ce qu'il m'avait dit...

En ce qui concerne l'album, c'est toi qui te trouve derrière chaque instrument, mais aussi la production... Etait-ce par désir de tout contrôler, ou y a-t-il eu une autre raison à cela ?
Il y énormément de raisons à cela, lesquelles convergent toujours vers le même point. Je vois ça comme un peintre qui utilise des couleurs, et différents peintres ne vont pas se partager des couleurs pour avoir une vision globale de la peinture. J'avais une idée tellement précise de ce que je voulais... J'avais en fait l'impression au début d'être un imposteur quand on parlait de moi en tant que compositeur ou auteur, parce que je ne suis pas quelqu'un qui s'assit et qui compose des chansons. Je peux marcher dans la rue et me prendre une chanson dans la figure ; je rentre alors chez moi, et je fais juste un travail de retranscription de ce qu'ai dans la tête. Je me concentre sur mes émotions et comment je vais les retranscrire. C'était plus naturel pour moi de me mettre derrière une batterie que je ne connaissais pas et de jouer des parties plutôt que de passer à temps à essayer d'expliquer à quelqu'un d'autre. Par exemple, cela aurait une insulte pour Mike [Mickaël Roponus], qui est un batteur extraordinaire et qui a un gros potentiel, de lui dire ce qu'il devait jouer précisément, alors que là il le fait dans l'optique de jouer en live. C'est quelqu'un, quand on s'est rencontré et qu'il a écouté les chansons, avec qui j'ai parlé de musique et pas d'instruments. Ce sont de gens comme ça dont j'avais besoin, tout comme de faire l'album avant pour pouvoir être convaincant, rencontrer des personnes et savoir pourquoi elles seraient là. J'ai déjà participé à des groupes, et il y a énormément de barrières dans la création, des critères qu'il faut prendre en compte, et je ne voulais pas de ça. Je n'avais ni musiciens, ni maison de disques, ni attente ; je ne voulais aucun parasite entre l'idée d'origine et sa concrétisation.

L'équilibre du personnage sur cette pochette, le titre de l'album : est-ce l'expression de la difficulté à construire quelque chose, à concrétiser une idée personnelle ?
C'est à la fois la difficulté de construire et de concrétiser quelque chose, mais aussi et surtout le fait de le faire. L'important n'est pas pour moi de réussir ; je préfère quelqu'un qui n'y arrive pas plutôt que quelqu'un qui n'essaye pas. Le titre de l'album - "construire un empire" - peut être pris comme quelque chose de prétentieux, mais pour moi cela signifie reconstruire même si on pense avoir tout perdu. Si les seules armes que j'ai, ce sont trois petites chaises comme sur la pochette, je vais aller le plus haut possible avec, et si je me casse la figure je recommencerai. C'est ce que ça décrit pour moi, mais cela a été avant tout inspiré par la réaction de ceux qui ont écouté l'album. A chaque fois que je le faisais écouter à une personne, celle-ci me parlait de ce qu'elle y voyait, mais aussi d'elle, de sa vie et de ses envies. Construire un empire, finalement ça peut-être vu comme aller trouver ces gens-là.

Je suppose que le nom de ton projet a un rapport avec le livre d'Hermann Hesse intitulé Demian...
Cela vient surtout du personnage principal de ce livre. Je l'ai lu quand j'étais petit, et il m'a marqué à ce moment-là. L'écriture très classique, très froide, me parlait beaucoup, et je m'identifiais aussi pas mal. Je n'ai pas eu du tout la même éducation, avec les notions de Bien en provenance de la religion, de l'école, et de Mal venant de l'extérieur, mais j'ai eu une personnalité similaire en ne remettant rien en question.

Le nom Demian est proche du mot grec "daïmon" signifiant le démon, la voix intérieure. La musique a-t-elle été pour toi un moyen de te "révolter" (au sens large) pour te trouver, comme c'est le cas dans les romans de Hesse ?
C'est bien la raison pour le choix de ce nom. Je ne voulais pas utiliser mon nom, parce que cela ne tourne pas autour de ma personne. Mes chansons m'ont parlé comme ce qu'entend le personnage du roman ; cela le travaille, et le pousse à remettre les choses en question. Une voix intérieure, peut-être, mais j'ai surtout l'impression avec mes chansons qu'il s'agit de vieux potes.

Musicalement et en ce qui concerne ton chant, l'album laisse place à des mélodies de grandes et belles ampleurs. Il y a aussi des moments plus agressifs, mais on sent comme une certaine retenue...
Je n'arrive pas à quantifier cela, parce que je chante comme ça vient. En réécoutant l'album avec du recul, c'est vrai que je ressens de la retenue, une certaine timidité parfois à dire les choses, ce qui correspond bien au moment où j'ai fait tout ça. On est dans les contrastes, dans l'emphase. L'album me semble cohérent dans son ensemble, mais chaque chanson possède son monde, son développement et son thème propres. Je rapproche cela d'événements de ma vie qui comme ça n'ont pas de lien entre eux, mais ont composé la personne que je suis aujourd'hui. J'aime le fait qu'il s'agisse d'un album qui parle de laisser partir, pas forcément d'oublier les choses, mais de se lâcher. Au niveau du chant, ce n'était pas réfléchi, cela ne provient pas d'une volonté d'être doux et de ne pas froisser les gens, mais d'une envie de jouer sur les contrastes.

Une fois prêt à partager ton œuvre, est-ce toi qui as contacté InsideOut ?
Cela s'est fait comme tout autour de l'album, c'est-à-dire spontanément, sincèrement et très naturellement. Le patron du label a entendu un titre sur Internet ; il s'agissait d'une démo de "Saphirre". J'étais encore en train de travailler sur l'album quand j'ai été contacté. J'avais encore besoin d'un peu de temps, puis j'ai envoyé le résultat. Quand nous nous sommes finalement rencontrés, nous avons passé la journée à parler musique ; ce n'est que lors de la dernière demi-heure que nous avons parlé business, promotion... Je leur ai dit à ce moment-là que j'étais content de l'album, mais qu'il ne me représentait plus totalement. Il avait été enregistré avec très peu de moyens, et après la rencontre avec le label, je leur ai dit que je pouvais encore aller de l'avant. J'ai pris du temps pour moi, j'ai composé "Sand" qui est la dernière des chansons. J'ai alors été complètement satisfait de l'album, j'en étais fier. On peut toujours faire sonner mieux, mettre plus de moyens, mais c'était cela que j'avais envie de présenter, je voulais tourner, me lancer et progresser.

L'avis enthousiaste de Steven Wilson vis-à-vis de Demians est un sacré coup de pouce, non ? Comment a-t-il découvert l'album ?
J'avais parlé à mon manager que Steven Wilson apprécie beaucoup Gojira dont il est aussi manager. Comme les deux groupes se sont retrouvés au même endroit, il en a profité pour lui donner l'album de Demians. Après le concert, il est allé dans le bus, et tout le monde était en train de l'écouter. Steven Wilson était emballé ! Cela fait plus de 10 ans que j'écoute Porcupine Tree et ses autres projets ; je le respecte beaucoup, même si je ne suis pas le fan ultime. Il m'inspire plus dans sa façon de faire : il fait ce qu'il veut, il mène sa carrière comme bon lui semble, avec les gens de son choix... Je le mettrais d'égal à égal avec des personnes comme Peter Gabriel ou Tool, qui ne doivent rien à personne. Rien n'est forcément réfléchi, mais tout est spontané, ou plutôt sincère. C'est en tout cas ce que je ressens dans leur démarche. Ils m'ont donné envie de faire comme eux, pas au niveau musical mais de faire ce que je voulais.

Les quelques chroniques de l'album que j'ai pu lire sont bonnes ; satisfait ?
Ce n'est pas que je n'y accorde pas une grande importance, mais en fait pas une grande attention. Pour moi, c'est important de se sentir soutenu par la presse, dans le fait que cela va aider le groupe dans sa manière de tourner, ça ouvre des portes. Mais ce qui m'intéresse vraiment, c'est l'opinion de ceux qui vont l'approcher et que je vais voir après lors de concerts.

Ce soir au Trabendo, est-ce le tout premier concert de Demians ?
Oui, et nous sommes super nerveux.

Les musiciens qui te convenaient pour t'accompagner sur scène ont-ils été difficiles à trouver ?
Cela a été une des périodes les plus difficiles de ma vie. Le doute est vraiment venu au moment où j'ai dû apprendre à déléguer, à trouver les bonnes personnes. Je me suis heurté au manque de motivation des gens. Quand on voit des mecs qui veulent soit-disant faire de la musique leur vie, et qui sont en retard de deux heures aux répétitions parce qu'ils étaient encore en train de dormir... Il y a eu énormément d'essais et j'ai fait énormément d'efforts, moi qui ne suis pas du tout expansif. Je partais du principe que les parties étaient enregistrées, et qu'ils pouvaient prendre leur temps pour se les approprier. Je me suis alors heurté à la morale : "Non, tu ne peux pas faire ça comme ça..." J'ai eu le même problème avec des ingénieurs du son, qui me disaient que telle ou telle chose n'était pas réalisable, comme par exemple d'enregistrer une session de cordes tout seul. Puis une grosse période de doute est venue après l'album, quand je l'ai senti s'éloigner. J'aurais dû passer à autre chose depuis longtemps, mais depuis que j'ai rencontré ceux qui font partie du groupe maintenant, cela m'a apporté de nouvelles perspectives.

Je suppose que d'autres concerts sont prévus pour bientôt ?
Oui, tout reste encore à faire. Nous allons tourner énormément, et dans un an le concert du Trabendo sera oublié. Nous avons vraiment envie de mûrir comme groupe.




Tags : Demians
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