| Ecrit par Milady Renoir, 10-11-2007 17:47 |
Mono Impressions STEREO Décembre 2006 (ou après…) "Ils sont jeunes, bruns, talentueux et nippons." Non, non… merde… Enfin, si, mais pas que… en définitive… Une chronique journalistique sur un groupe inclassable (selon moi), ça commence comme ? Essayons… Je me rappelle, ce soir là, nous étions 4’z’amis coulant dans une enfance factice. On voulait jouer, à « écoute les vibrations », « regarde les musiciens », « prends ça dans ta gueule », « trop fort ces japonais » comme pour jouer avec nos tamagoshis en plein concert. (Pour les arides volontaires, un rappel du principe du tamagoshi: on les achète, on les nourrit, on les caresse et ils vivent.) Les Tamagoshis, là, c’était nous. Devant MONO, on est comme un tamagoshi qui doit être amené à l’âge de la sagesse. Comme à notre création, l’âge et le degré de sagesse d’un Tamagoshi est égal à zéro. Nous disposons d’un niveau d’énergie vitale nécessaire à notre survie. A chaque pas de vieillissement, notre âge augmente pendant que l’énergie diminue. En aucun cas il ne faut que notre énergie arrive à zéro ou en dessous de zéro, auquel cas nous mourrons. Pour reprendre de l’énergie, nous, les Tamagoshi devons nous nourrir. MONO est de cette nourriture essentielle qu’on avale sans ouvrir la bouche. Pourtant, entre deux séquences douces piano ou guitare ou autre chant de baleines dans les Açores (était-ce bien les Açores ?), façon bande originale d’un dernier film éthéré de Kurosawa (dans ses évidences cosmogoniques), on finit TOUT DE MÊME par se faire aplatir par une turbine de Boeing A340. On a beau vouloir devenir une grande entité, un personnage chatoyant, en se forgeant une confortable assurance sur des variations sur un même thème, l’arborescence des sons est telle, que du langoureux élastique sonore, en passant par une envolée lyrique métallique, on se retrouve coincé dans un tsunami perpétuel allegro fortissimo. Oui, les tamagoshis souffrent et adorent ça… Et si j’illustrais… CRESCENDO FORTE DOLOROSO BASSO OSTINATO ALLEGRO ANDANTE AFFANNATO SFORZANDO STACCATISSIMO MAESTOSO DRAMMATICO A PIACERE… NON ! Voyez un film d’anticipation, de science-fiction dévoilant des métaphores politiques à l’aide de vortex infinis (la page d’accueil de leur site), de ceux qui vous entraînent dans des dédales intellectuels, en roulant sur notre perception du vide et du trop plein ? Vous visualisez là ? Vous venez peut-être alors d’intégrer le principe primitif de MONO, soit une volute étriquée, pourtant exponentielle, toute recouverte de cheveux évanescents et fumants. Revenons au soir. Les filles et les garçons de MONO sont proches de nous. F., R. et M., mes compagnons de route, sont des garçons « branchés » (façon électrique), ils aiment des ‘bands’ obscurs, des formations radicales et autres délices de performance intuitive… Pendant ce temps, à Vera Cruz… non pardon, à Paris, capitale de chez nous… Après l’immense claque reçue la veille au Zénith, il semblait bien téméraire de se déplacer au Nouveau Casino pour assister au concert de la formation nippone, considérée à juste titre comme un des groupes phares de la mouvance « post-rock historique » (comprendre en filiation directe avec des groupes tels que Mogwai ou Godspeed You ! Black Emperor). Pourtant, dans l’impressionnante file d’attente qui occupe le trottoir de la rue Oberkampf, on comprend vite qu’une bonne partie du public de ce soir était déjà présent à la grand messe de la veille. En ce lundi soir, la salle n’est pas loin d’afficher complet, et c’est à Goodbye Diana qu’incombe la tâche d’ouvrir le bal. Les montpelliérains (avé l’accent) sont 4 : deux guitares, une basse et une batterie, et développent une musique instrumentale énergique à peine agrémentée des cris primals non sonorisés des musiciens. Le groupe officie dans ce qu’on peut considérer comme un math-rock progressif et plutôt agressif, mâtiné de riffs tantôt métal (m/ yeah m/) tantôt plus stoner… le nom de Don Caballero vient tout naturellement à l’esprit, mais la musique du quatuor évoque tout autant une certaine scène noise / post-hardcore qui compte en ses rangs des groupes tels que Keelhaul, Craw ou Spickle. Goodbye Diana nous expédie donc un set tout en énergie : les gaziers sont heureux d’être là et ça se voit. Ils quitteront finalement la scène après une bonne quarantaine de minutes sous les applaudissements nourris d’un public qui aura su apprécier la qualité de leur prestation. … mais ils (les amis belges de Milady) sont comme moi, saisis par l’influence lancinante de l’effet MONO. Nous sommes enfermés dans un rite initiatique avec des murs du son violets, contingents. Je me sens perforée par les baguettes de ce batteur aérien, fouettée par les crinières et pourtant presque triste, affligée d’être seulement une spectatrice. Et si j’étais en eux, et si je pouvais entrer dans leur cerveau, dans leurs doigts, m’enrouler de leur transe extasiée… rouler le long des cordes, goûter la mélancolie noire de leurs veines. (…) Au dire des personnes déjà présentes lors de leurs derniers passages parisiens, Mono aurait adouci son propos… ce qui est certain, c’est que leur discographie traduit cette évolution. Le concert de ce soir s’avère sans surprise aucune pour l’amateur que je suis : les morceaux se développent tous (ou presque) selon le sacro-saint schéma « longue intro mélo-ambiante / montée en puissance / déchainement-explosion finale ». On pourrait reprocher au post-rock de Mono un certain manque d’originalité, mais force est de constater que le groupe sait parfaitement faire monter sa sauce, et leur prestation est impressionnante, tant sur le plan visuel que sonore. Légère déception tout de même : les arrangements présents dans les enregistrements, dans lesquelles cordes et pianos sont souvent intégrés, sont abandonnés au profit d’une exécution « rock » (la formation étant composée -encore une fois- de deux guitares, d’une basse et d’une batterie). Le groupe achèvera son set (sans rappel, la bassiste se retrouvant instantanément à la table de merchandising à l’étage) sous les bravos d’un public ravi, exception faite des trublions quelque peu avinés qui auront passé la soirée à discuter et rire au fond de la salle sans se soucier une seconde de ce qui se passait sur scène. J’étais pourtant de si mauvaise humeur ce matin, encore ce midi, je n’avais pas envie de sortir. MONO, oui, l’événement, mais bon, ma mauvaise humeur… (…) « APRES », nous sommes allés boire un verre, un soft, pas trop de sucre, ni d’alcool, enfin quelque chose qui ne rentre pas dans la tête. Nos coudes appuyés sur la table rectangulaire sont nos alliés. Epuisés, nous ne parlons pas beaucoup. Petits Tamagoshis éventrés, nous n’avons pas à ce moment là, une grande excuse pour survivre mais il va falloir. Chacun est rentré chez lui, sans comprendre si la nuit avait quelque chose à voir avec l’obscurité. Mentions spéciales au(x) sonorisateur(s) de la soirée, pour le son des deux groupes, à Goodbye Diana pour leur prestation toute en énergie et en bonne humeur (qu’on devine toute sudiste), et aux guitaristes de Mono, pour avoir passé leur set à se contorsionner sur leurs chaises qu’ils n’ont quasiment pas quittées (Godspeed anyone ?). Extrait d’un article adéquat : “If Walking Cloud was a nuclear winter, then You Are There is the post-war rebirth; steeped in an ominous creation-via-destruction atmosphere not heard since Neurosis' landmark Enemy of the Sun defined the sound more than a decade ago. You Are There disproves the myth that an increased focus on intricate song structures and string arrangements comes at the expense of youthful energy and inspired aggression. With You Are There, MONO's representation of tragedy comes with an inherent joy, delivered with the hope that in all dark there is equal parts light. They're not heavy like Black Sabbath - they're heavy like Beethoven.” De Jeremy deVine /Temporary Residence Limited Evidemment, la prose du boss de l’extraordinaire (et je pèse mes mots) label qui sort depuis quelques années les œuvres de MONO outre-atlantique, peut paraître biaisée, mais force est de constater que ses mots sont lourds (comme Mono justement) de sens pour quiconque s’intéresse à la discographie du groupe ou les a déjà vus lors de l’une de leurs performances… (Milady Renoir & Ocinatas)
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