Le petit prince Nosfell est de retour. Toujours aussi spécial, voire spacial, il a encore décollé vers sa planète préférée : Klokochazia. Au fil des 13 morceaux qu'il nous conte, en français, en anglais et en Klokobetz, il nous fait visiter son univers. Etrange, sombre et étonnant, ce nouvel album (appelé "Kälin Bla Lemsnit Dünfel Labyanit") est une suite de fables surréalistes. On sent la malice de Nosfell, ses félures, ses tortures et son imagination fertile. Ses récits pourraient être illustrés de vieilles gravures d'Alice au pays des Merveilles, comme de tableaux de Schiele, entre douceur enfantine et tension nerveuse malsaine. La voix de Nosfell oscille entre celle de Tom Waits et celle de Buckley. Elle est accompagnée de sa guitare, du violoncelle endiablé de Mr Le Bourgeois et d'ajouts de cuivres et de batterie, savamment dosés, avec des passages free jazz non sans rappeler les envolées de Badalamenti dans Lost Highway de David Lynch. La cohérence de cet opus est enchanteresse. On saute d'une chanson enjouée à une ambiance plus angoissante, puis on poursuit sur une piste plus nostalgique. Les changements de langue ne sont pas un problème, au contraire, ils participent à l'originalité et à la richesse de l'art de Nosfell. Cet extra-terrestre sort tout droit de l'argile des Terres du Milieu de Tolkien et de la côte de Maldoror. Métissage inattendu, virtuosité évidente, Nosfell nous invite à s'enfoncer plus avant dans cette contrée vierge et curieuse. Mentions spéciales pour le single "Your elegant Hat", hypnotique et dense, et les morceaux en français où l'on pourra apprécier la plume fine et absurde de l'artiste. Le travail graphique effectué autour de ce second album est beau et inquiétant. En tout cas, l'objet vaut le coup d'être salué et acheté. Notamment en version collector, qui offre le livret, l'album, une frise absolument superbe, et un second CD contenant une séquence vidéo prise durant l'enregistrement. Si Nosfell passe du côté de chez vous dans les semaines à venir, n'hésitez pas à aller le voir. C'est comme aller voir un conteur un peu barré qui a marché des années durant et qui nous rapporte oralement ses merveilles exotiques. Son jeu de scène est unique. Cet ensorceleur là est un phénomène à ne rater sous aucun prétexte.