| Ecrit par Shinji, 04-01-2008 03:22 |
Tang Interview Après un premier album en juin 2003, "This Quietness booms on the Walls like Birds in Panic" (chapeauté par Stéphane Buriez de Loudblast), et depuis la sortie de "Another thousand Days, out of this World" deux ans plus tard (cette fois sous la houlette du batteur de Cult of Luna, Magnus Lindberg !), ce groupe qui nous vient du Nord de la France continue tranquillement sa route, de passage dans des petites salles de l'Hexagone. Alors qu'un nouvel album se prépare sans précipitation, c'est le bon moment pour faire le point avec Bastien, batteur et l'un des chanteurs de Tang, sur ce quatuor qui mérite à être davantage connu, après un très bon accueil de la part de la presse spécialisée. Je vous invite donc, si ce n'est encore fait, à découvrir les savants mélanges concoctés par Tang à base de noise et de mélodies. Comment est né Tang, et où en est le groupe actuellement après toutes ces années ? Au départ, nous nous sommes connus au lycée. On a ensuite rejoint Lille pour faire nos études. C'était en 1995, on a monté un groupe qui s'appelait Tangerine. En 1997, lorsque l'un de nos guitaristes a quitté le groupe, on a fait le choix d'écourter ce nom et de s'appeler Tang. Ca sonnait mieux comme ça. On a connu une évolution assez longue au départ, le temps d'apprendre progressivement à jouer ensemble et à créer notre univers musical. On a fait une paire de démos, mais ce n'est qu'à partir de 2001 qu'on a commencé à faire connaître notre musique, notamment en distribuant gratuitement un 3 titres. Tout s'est ensuite enchaîné avec les concerts et les rencontres. On a eu la chance de rencontrer Aurélien et Emolution Records, qui a pu sortir notre premier album en 2003, le second en 2006, et qui nous a énormément aidé en prenant en charge tout ce qui est extra-musical. Depuis la sortie de "Another thousand Days, out of this World" il y a un peu plus d'un an, on a fait une cinquantaine de dates un peu partout en France et aussi en Belgique. On s'est vraiment concentré sur le live. Actuellement, on veut avancer, et on se concentre sur la composition d'un troisième album. Que s'est-il passé pendant les trois années séparant vos deux albums longs ? Durant ces trois années, le groupe a vécu pas mal de changements. Notre guitariste Ismaël a quitté le groupe après la série de concerts du premier album, puis on est resté à trois quelques mois avant que Sébastien nous rejoigne. On a alors pu retrouver une alchimie ensemble et composer ce deuxième album, l'enregistrer et aller là-haut pour le mixer. Le laps de temps entre les deux albums peut paraître long, mais on a juste respecté l'évolution des choses. Toujours aussi dur pour un groupe français de pouvoir chanter en anglais ? C?est vrai qu'on pourrait nous reprocher de chanter dans une langue qui n'est pas la nôtre, mais pourtant la question de chanter en français ne s'est jamais posée pour nous. Tout simplement parce que les groupes qui nous on fait prendre les instruments et monter ce groupe chantaient en anglais. Pour nous, la texture de l'anglais se mêle mieux à notre musique. Nous avons aussi la chance de travailler avec Gaël, ami et parolier du groupe, qui vit à Londres et qui maîtrise ce qu'il écrit. Reste à soigner notre accent nordiste quand on chante ! Comment fait-on quand on est un jeune groupe pour avoir la participation de Mush [auteur d'artworks entre autres pour les Queens of the Stone Age] et surtout de Magnus Lindberg sur son album ? La participation de Mush à notre album s'est fait suite à un appel à projet. En fait, on a demandé à quelques graphistes de faire des propositions pour le visuel de l'album à partir d'une illustration qu'on aimait. Aurélien a proposé à Mush qu'il connaissait, et on a tout de suite su qu'on voulait bosser avec lui, même si ce qu'il nous avait proposé au départ n'avait rien à voir avec ce qu'on voulait vraiment. On s'est rencontré un soir de concert, on a discuté, et puis le reste est venu... Quant à Magnus Lindberg, nous l'avons tout simplement contacté par mail. Pour cet album, nous avons été accompagnés et aidés financièrement par Domaines Musiques (une structure qui accompagne les groupes du Nord-Pas de Calais en leur filant des conseils et des bourses). De ce fait, on avait un budget qui nous permettait de choisir là où on voulait mixer l'album. Ensuite, Magnus a adhéré à notre projet, et on a pris l'avion pour la Suède quelques mois plus tard. Que vous a apporté le fait de travailler avec de tels artistes ? Grâce à eux, on a pu proposer un album cohérent. Mush a su lui donner une identité visuelle forte, et Magnus a su mettre en valeur nos morceaux. Ce sont des personnes créatives, qui ont beaucoup apporté à l'esthétique globale de l'album. Leur talent, c'est d'avoir su s'imprégner de l'univers musical, et de nous supporter aussi. Si je vous dis que "Another thousand Days, out of this World" me fait quelque peu penser à une rencontre entre Fugazi et le post-hardcore tel que l'a démocratisé Isis, ça vous va ? Pourquoi pas. Ce sont deux groupes qu'on aime beaucoup, mais c'est toujours un peu hasardeux de comparer ; on laisse l'auditeur se faire une idée, et trouver les points d'accroches qui lui correspondent. Disons que dans cet album, il y a un côté brut, urgent et assez rock, mais effectivement aussi un côté envoûtant, poétique et qui fait voyager. On sent de nombreuses variations dans vos compositions ; quelles sont vos influences, même autres que musicales ? Tang, c'est d'abord un espace de liberté dans lequel on peut s'exprimer et se lâcher. C'est un moyen de se déconnecter. Il y a une grande part de feeling et d'inconscient dans nos compositions. Musicalement, il y a des groupes qui nous ont influencés au départ, comme Envy et Reiziger. On aime beaucoup Lack aussi, parce qu'on retrouve chez tous ces groupes une musique sincère et intense. On essaie aussi de rester ouvert et d'être curieux des différentes pratiques artistiques. Les textes eux s'influencent parfois de films ("Alphaville" de Godard), ou de bouquins ou de travaux d'artistes (Bruce Nauman). Le voyage est une source d'inspiration vraiment importante aussi. Beaucoup de choses donc peuvent devenir une influence : une photo, un détail de la vie quotidienne. Ce qui est intéressant, c'est de faire le lien entre les différentes influences, et de créer un univers et une esthétique. Au niveau des textes, il se dégage un sentiment d'arrêt sur soi et de découvertes. Quel genre de sentiments cherchiez-vous à communiquer à travers eux ? Effectivement, les textes ne délivrent pas de messages, et proposent plutôt de provoquer différents sentiments : la rage contenue puis libérée, la quête de sérénité, la nostalgie et le souvenir, l'envie d'aller plus loin, de sortir de là. Les textes sont comme des instantanés. Les mots sont choisis pour leur force d'évocation. Après, tout ça reste libre et ouvert. On n'y ressentira peut-être pas tous la même chose. Quelles sont les perspectives proches (voire moins proches) ? Après de bons concerts pendant lesquels nous avons partagé la scène avec Microfilm en septembre, puis Envy en novembre, on a envie de se concentrer sur le troisième album. Merci, et bonne continuation. Merci à Eclipshead pour cette interview.
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