Johnny Cash est mort. Les oppressés de l'Amérique sont livrés à eux mêmes. Bob Dylan est trop fatigué pour continuer à défendre des Hurricane Carter. Ben Harper n'en a pas la carrure. Il n'y a plu de contest songs, de grandes luttes. Tout est récupéré, karcherisé. Et pourtant, il existe une poignée de derniers mohicans dans notre panorama musicale. Baillonné, trahi, doublé mais toujours là... Coupez leur la tête et elle repousse. Ils sont toujours là. A l'heure où vous lirez ces lignes, les Rage seront quelque part à répèter leurs gammes, quelques semaines après avoir rayé de la carte le Coachella Festival dans une déferlante trop longtemps contenue. La lutte continue, mes amis parce que la connerie humaine battera toujours tous les records. En signant son premier album solo sous le pseudo Nightwatchman, Tom Morello ex-RATM, ex-Audioslave, new-RATM, se pose au dernier rang d'une filiation quasi centenaire de contestataire, de chanteurs engagés, de mecs qui prennent leur bite et leur couteau et qui y vont franco (je prends une petite pause pour essuyer le coca que je viens d'expulser avec mes nasaux à la lecture de cette expréssion oh combien jouissive...interlude musical...). Morello, comme le Ben Harper du début, tire de sa guitare une sève mélodieuse qui fait frissonner: on ferme les yeux et l'on voit des millions d'africains crevés comme des chiens, terrassés pas le SIDA, on voit la forèt amazonienne rasée, les afghans dans les champs de stup'... The Nightwatchman est un album qui s'écoute le poing en l'air. Après le dernier NIN, et si le rock redevenait un peu plus politique comme dans les années 60 et 70? On a besoin de gens à la voix qui porte, parmi le peuple des fourmis (Bernard, si tu nous lis, l'ensemble de la rédac te pisse à la raie). Fight for your right, mouillez-vous, faites des choix: il faut sortir du néant intellectuel et des politiques incontrolées car, non, Bayrou n'est pas le Che du nouveau millénaire. Morello mérite que cet album soit écouté, en silence dans le noir, dans un monde où tous préfèrent crier. Last man standing.